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Message  gypoete le Lun 20 Aoû 2018 - 21:38

Des femmes par millions hantent mes nuits profondes
J’en ai déjà compté plus de cent millions cent
Elles cheminent nues toutes les vingt secondes
Sur l’indécent sentier d’un monde incandescent

Peau blanche ou teint bronzé, des brunes et des blondes
D’autres aux cheveux noirs ou roux iridescent
M’escortent dans un bouge occulte qui descend
Terrible et rouge où rient d’interminables rondes

Des canapés de cuir recouverts de coussins
Défient un défilé de filles aux faux seins
Qui parlent aisément des gros mots plein la bouche

Et quand ma femme sent que je bouge en dormant
Qu’elle ose et qu’elle pose une main qui fait mouche
Mon rêve me transforme en formidable amant.

20 août 2018

gypoete

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Message  teverino le Mar 21 Aoû 2018 - 0:06

Si le tableau ressemble plus à l'enfer du décor qu'au paradis de jadis, je souscris en revanche au formidablement...
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Message  gypoete le Mar 21 Aoû 2018 - 20:59

"L'enfer du décor" : incroyable expression qui représente si bien ce que j'ai ressenti en écrivant ce cri. Est-elle de toi ? Est-elle protégée par un copyright ? Je crois que je vais l'utiliser dans mon prochain poème.

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Message  teverino le Jeu 23 Aoû 2018 - 16:58

Le jeu de mot m'est venu naturellement. On se croit toujours inventeur mais on s'aperçoit généralement qu'on a été devancé. Et c'est bien comme ça, ça tempère les egos et nos artistes actuels ferait bien de méditer ce point. En l'occurrence une consultation de google confirme des antécédences, quoique limitées : un article de 2015 sur le rugby, un ou deux romans de série B, un livre en 2005 de Morandini l'horocerebroccupator qui reprend un titre d'un bouquin de 1998 sur Clo-clo (on est dans la haute culture), un film sur Allociné (mais la fiche est vide), un restaurant aussi je crois.
Je regrette donc ne n'être l'auteur d'aussi belle (mais facile) trouvaille ...mais je n'y suis pour rien.
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Message  gypoete le Jeu 23 Aoû 2018 - 18:43

Tant mieux. J'avais peur de te devoir de l'argent.

Je rigole bien sûr ...

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Message  jfmoods le Jeu 25 Oct 2018 - 7:02

Ce sonnet en alexandrins est à rimes croisées, embrassées et suivies, suffisantes et riches, majoritairement masculines et vocaliques.

I) Ma collection particulière

1) La quantité

Dans le sommeil ("hantent mes nuits profondes"), l'imaginaire érotique masculin se déploie largement, sans mesure ("Des femmes par millions", "J’en ai déjà compté plus de cent millions cent", "nues", "un défilé de filles aux faux seins"), immense entreprise renouvelant sans cesse son stock ("toutes les vingt secondes").

2) La diversité

Cette fantasmatique prend l'aspect d'un véritable catalogue déclinant une palette large, obsédante, non exhaustive, de profils. Elle s'efforce de répertorier, par le menu, chaque type de femme fantasmée, désirée ("Peau blanche ou teint bronzé, des brunes et des blondes / D’autres aux cheveux noirs ou roux iridescent").

II) Une bacchanale endiablée

1) La taverne

Le lieu qui sert de cadre au rêve n'est absolument pas anodin : il figure le désir comme visite des cercles de l'enfer ("dans un bouge occulte qui descend / Terrible et rouge"). Il autorise le dérèglement, levant tous les interdits, les injonctions de la morale, les barrières de la censure ("des gros mots plein la bouche").

2) Toutes pour une

Sur cette sarabande de femmes débridées ("Elles cheminent [...] / Sur l’indécent sentier d’un monde incandescent", "M’escortent", "rient d’interminables rondes") se réinvestit alors la mystérieuse unité du couple ("ma femme sent que je bouge", "pose une main qui fait mouche", "me transforme en formidable amant").

Merci pour ce partage !
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Message  gypoete le Mar 30 Oct 2018 - 15:46

Wouahou ! Ça c'est une analyse circonstanciée. Je suis presque gêné que tu aies passé autant de temps sur mon texte. En tout cas, merci de cette analyse fort juste qui me touche beaucoup.

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Message  isa le Mer 31 Oct 2018 - 14:14

Difficile pour moi de commenter (de manière constructive) les textes en section poésie tant il s'agit dans ce domaine pour moi de ressenti: sur ce texte, je trouve que la maîtrise de la forme permet de se laisser porter jusqu'au bout dans une douce musicalité qui amène la fin de manière subtile.
En bref, j'ai bien aimé!
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Message  gypoete le Ven 2 Nov 2018 - 12:57

C'est difficile pour toi de commenter de manière constructive mais malgré la difficulté, tu y arrives fort bien. Bravo. Et surtout ... merci !

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Message  jfmoods le Sam 3 Nov 2018 - 19:34

Isa a écrit...

"je trouve que la maîtrise de la forme permet de se laisser porter jusqu'au bout dans une douce musicalité qui amène la fin de manière subtile."

Voici une très belle manière de synthétiser ce sonnet.

1) La maîtrise de la forme

Malgré l'absence presque totale de ponctuation, le lecteur retrouve aisément ses marques, refixant mécaniquement les jalons manquants. Les phrases s'allongent jusqu'à la fin du second quatrain, à l'image de cette obsession qui grandit. Le tourbillon du désir est rendu par les enjambements des vers 6 à 8 et 9 à 11 alors que les demi-pauses obligées à la fin des vers 12 et 13 signalent les étapes du réinvestissement sensuel du couple.

2) Une douce musicalité qui amène la fin de manière subtile

Des allitérations (m, d/t, s/z) et des assonances (an, é/è) enchantent l'oreille, compensant une certaine rugosité des r (particulièrement sensible sur les 5 occurrences du vers 8). Le vers 4 présente un bel exemple d'euphonie. Pendant 11 vers, le poète s'applique à nous perdre dans le vertige délirant de ses fantasmes avant de réaliser, contre toute attente, dans le tercet final, la mystérieuse concorde amoureuse.
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Message  Polixène le Ven 23 Nov 2018 - 18:33

Bien joué, la barque est bien menée et ça fonctionne!
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