Les discours du silence

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Les discours du silence

Message  Jand le Sam 19 Mai 2018 - 17:20

Vous avez commencé votre réponse en faisant remarquer que je commençais mes phrases par « je ». Il fallait donc que dans votre discours se trouve ce penchant si particulier, propre aux gens de votre nature et qui consiste à faire voler le fond du débat pour s’attarder sur la forme. Je dois dire que l’espace de réflexion est ainsi bel et bien freiné, par cela, et par vos probables manques de concentration en petite section maternelle, à l’école primaire, maintenus au collège et jusqu’à l’année du BAC (dont je ne doute pas que vous l’ayez obtenu avec la même lumière que celle qui vous empêche aujourd’hui de conjuguer vos verbes). Je peux reconnaître enfin que vous avez eu le talent ou l’impardonnable lâcheté de prendre notre auditoire en otage, avec sous la tempe, son besoin de rire. Alors voici, plutôt que les convaincre, vous leur demandez s’ils sont convaincus. Plutôt que de faire vivre en eux les sentiments de la vérité, de la passion, du combat, vous avez préféré leur donner un regard sur moi, et pas une seconde sur ce que je disais.
Cher auditoire, je regrette mais sur moi il n’y a plus rien à dire, je vous invite donc avec une humilité nouvelle à vous pencher sur ce que les gens disent. Sinon vous pourriez aussi vous laisser aller à des comportements ergophobiques qui caractérisent en la circonstance, je vous l’accorde, plutôt mon interlocuteur.
Vous deviez, à l’écouter parler, dire en groupe combien j’ai tort, et combien il a raison, c’est la demande qui vous a été faite. C’est pourtant à chacun d’entre vous que je veux parler, dans son intimité et sa solitude. Moi je distingue la foule du peuple. La foule ricane, le peuple pense. Si c’est la foule qui m’entend, je me tairai, si c’est le peuple qui écoute, je me rendrai à son jugement. Et il aura sûrement l’efficacité de remettre à son juste niveau les bravacheries de Maître Filo, qui n’a pas trouvé mieux à l’aube de sa vie professionnelle d’obscurcir les visions équilibrées de mes camarades, de tenter tout et de ne rien dire. Alors vous pouvez sur mon style comme sur mon « look » trouver à ricaner, je vais ici et pour les quelques lignes suivantes entrer dans les excès de la parole lancée. Vos talents de clown seront lourds : j’aurai posé sur moi les habits du rire.
Votre moi placé avant le bien commun, votre intelligence placée avant le moins malin, sont ici des reculs de la poésie, ils interrogent le sens de votre présence dans un âge aussi avancé que le vôtre. Le monde nous dit cette chance de mener des combats, vous riez sur des sujets sérieux, et je crois que toutes les probabilités visent que mon contradicteur aura l’immense vacuité de répondre à cela par un courageux « on peut rire de tout » / « ça ne sert à rien de se prendre tout le temps la tête ». Et je regrette qu’en cette occasion bénie dont l’occurrence est si rare, et dont vous aviez, Maître, assemblé toutes les modalités, occasion de débattre sur des sujets sérieux, vous ayez remplacé le sens par la volupté de vos lèvres et de votre voix, quand elle aurait pu nous donner la preuve que nous sommes une génération qui a un avenir. Pardon mais je m’en vais lui donner une chance à cet avenir. Je vais renoncer au feu de Bengale, je vais vivre la sagesse de la cendre.

Jand

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