Thé à la mante

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Thé à la mante

Message  midnightrambler le Sam 5 Mai 2018 - 22:52


Anne-Louise montait l'escalier comme chaque matin, à grandes enjambées souples, dans le rythme. Soudain elle s'était arrêtée comme si la baguette impérieuse d'un chef d'orchestre lui en avait intimé l'ordre.
Quelqu'un la suivait, elle en était sûre.
Ce n'était plus les marches de la bouche de la station de métro Odéon qu'elle venait de quitter quelques minutes plus tôt, sur lesquelles n'importe qui aurait pu se trouver à quelques mètres derrière elle et où le seul risque aurait été un petit coup d'œil salace sous la petite jupe qu'elle venait de ressortir de sa garde-robe d'été pour la porter enfin après tous ces mois d'hiver. Elle aimait bien que des lycéens solitaires ou des étudiants barbus de la Sorbonne, accompagnés de leur compagne du moment, la voient sous cet angle. Elle se retournait même souvent pour faire rougir les plus jeunes, parfois des collégiens, que des dizaines d'heures de films pornographiques sur leur portable sous la couette, n'avaient pas encore suffisamment endurcis. Elle se délectait aussi du regard courroucé que leur petite amie qui n'avaient rien perdu du spectacle lançait aux plus âgés en leur plantant leurs ongles dans la paume de la main :
- Non mais, allo ... tu la kiffes pas cette meuf qu'a pas de culotte !
Non, c'était la vaste cage d'escalier de l'immeuble haussmannien où se trouvaient les bureaux de l'Agence d'Information et de Documentation où elle travaillait depuis cinq ans. Une officine ! Elle adorait ce mot ! Une officine du Ministère des Affaires Etrangères qui était venue les débaucher rue Saint-Guillaume, au milieu de la troisième année. Quatre sergents-recruteurs : une femme et trois hommes. La quarantaine forcément. Dans quatre petit bureaux que leur avait prêtés la direction de l'école à l'étage du département Droit et Législation.
Speed dating, avait précisé le mail que toute la promotion avait reçu. Ils avaient été une bonne vingtaine à venir attendre leur tour dans le couloir, surtout des hommes. Elle s'était franchement marrée en s'imaginant certains d'entre eux en 007 hyper-testostéronés.
Elle avait passé la tête et les épaules par-dessus l'impressionnante rampe en fer forgé mais n'avait rien vu. Elle était pourtant certaine d'avoir entendu de légers frottements et même des raclements discrets comme si quelqu'un montait lentement en se plaquant le plus possible sur le mur pour ne pas être aperçu.
Anne-Louise avait choisi l'interlocuteur le plus passe-muraille. La femme s'était déguisée en djeune. Les deux autres hommes, un sosie de Dominique Galouzeau de Villepin et une gravure de mode très efféminée, l'avaient toisée sans scrupule et sans retenue, du haut en bas. Le complet trois pièces, certes bien coupé dans un tissu de qualité, mais désespérément gris, l'avait priée d'entrer dans le bureau tapissé de codes Dalloz. La cravate dans une teinte de bleu ciel que tellement de cadres pressés portaient de nos jours, quand ce n'était pas dans l'une des cinquante nuances de rose à lèvres que proposait la vitrine de la parfumerie Sephora du boulevard Saint-Germain qu'elle détaillait chaque matin, l'avait invitée à s'asseoir dans un petit fauteuil Chesterfield dont le cuir brun avait accueilli ses fesses avec un véritable soupir d'aise. Les bottines noires à languette un peu poussièreures s'étaient confortablement étendues devant l'autre fauteuil et avaient donné au début de cette conversation toute la décontraction nécessaire.
Les seins écrasés sur le métal froid elle se penchait encore plus, sans déceler quoi que ce soit. Elle avait pensé enjamber la rampe pour mieux voir. Elle n'entendait plus rien. Elle pestait contre elle-même, comment avait-elle pu se laisser surprendre ? Les conseils de prudence et les recommandations sur la sécurité prodigués par l'Agence ne manquaient pourtant pas.
Anne-Louise aurait passé des heures avec cet homme charmant qui lui racontait en mode accéléré sa vie dans des ambassades à trois heures de TGV de Paris ou à une journée complète d'avion.
- Vous aimez les adjectifs ? lui avait-il soudain lancé.
- Oui, ... bien sûr ... je les aime beaucoup, ils permettent de ... avait-elle d'abord bredouillé en s'efforçant ensuite d'affermir sa pensée et son élocution.
- Et les adverbes ? l'avait-il coupé en s'excusant d'un petit geste de sa main droite qui portait à l'auriculaire une lourde chevalière en or dont la seule vision faisait tomber d'un seul coup la carapace d'uniformité banale de l'individu qui devenait ipso facto un personnage.
- Les adverbes ... avait-elle répété, complètement déstabilisée.
- Oui, parce que vous allez beaucoup écrire chez nous et les adverbes sont ...
La sonnerie grelottante d'un réveil de grand-mère qui veillait au grain sur une petite table basse entre eux venait d'interrompre l'analyste de 1ère classe du ministère. Vingt minutes, pas plus. Anne-Louise n'avait presque rien dit, mais par-delà l'excellence partagée de son dossier d'étudiante, la sacro-sainte question de la parité était de son côté. Une sacrée raison de ne pas attraper la grosse tête.
Mais pourquoi ici, justement ici dans cet escalier de marbre ?


Anne-Louise montait l'escalier comme chaque jour, à grandes enjambées. Soudain elle s'était arrêtée. Quelqu'un la suivait, elle en était sûre.
Ce n'était pas les marches d'une bouche de métro sur lesquelles n'importe qui aurait pu se trouver à quelques mètres derrière elle et où le seul risque aurait été un petit coup d'œil salace sous la petite jupe qu'elle venait de ressortir de sa garde-robe d'été pour la porter enfin après tous ces mois d'hiver.
Non, c'était la vaste cage d'escalier de l'immeuble haussmannien où se trouvaient les bureaux de l'Agence d'Information et de Documentation où elle travaillait depuis trois ans. Elle avait passé la tête et les épaules par-dessus l'impressionnante rampe en fer forgé mais n'avait rien vu. Elle était pourtant certaine d'avoir entendu de légers frottements et même des raclements discrets comme si quelqu'un montait en se plaquant le plus possible au mur pour ne pas être aperçu. Les seins écrasés sur le métal froid elle se penchait encore plus, sans déceler quoi que ce soit. Elle pestait contre elle-même, comment avait-elle pu se laisser surprendre ? Les conseils de prudence et les recommandations sur la sécurité prodigués par l'Agence ne manquaient pourtant pas.
Mais pourquoi ici, justement ici ?
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Re: Thé à la mante

Message  So-Back le Lun 7 Mai 2018 - 11:38

Anne louise en religieuse so sexy, mante alors

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Re: Thé à la mante

Message  midnightrambler le Lun 7 Mai 2018 - 19:37

Anne-Louise du Tiret de la Majuscule.
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Re: Thé à la mante

Message  So-Back le Mar 8 Mai 2018 - 8:52

ceci dit ton récit nous entraine dans une fable moderne, la vie étant une succession de surprises
"Mais pourquoi ici, justement ici ?"
justement parce que on ne sait jamais à l'avance ce que la vie nous reserve

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Re: Thé à la mante

Message  midnightrambler le Mer 9 Mai 2018 - 21:45

Merci So-Back d'avoir lu et commenté mon petit texte !
Je me permets de répondre ici sans scrupules, en violation flagrante de règles d'un autre temps ... mais ce site étant devenu un véritable désert, il y a peu de chances que je sois sanctionné par la modération !
Une suite ?
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Re: Thé à la mante

Message  Jand le Sam 19 Mai 2018 - 17:29

Cher midnightrambler,


J'ai beaucoup aimé ce joli petit texte, qui m'a donné envie de prendre mon scooter et de faire un tour dans Paris! Avant que le récit ne glace, et avec grand talent, cette légèreté estivale !

Amicalement,

Antoine

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Re: Thé à la mante

Message  midnightrambler le Sam 19 Mai 2018 - 18:08

Merci Antoine,
Ton commentaire me touche beaucoup, c'est même en vérité le simple fait que tu aies lu mon texte et que tu en aies fait un commentaire qui me touche énormément !
Je suis pour l'étalage du plaisir que me procure un commentaire positif ou ... négatif !
Je suis aussi pour, n'en déplaise au Webmaster ou à la modération, ce ping-pong : texte/ commentaire(s)/ réponse(s) au(x) commentaire(s)

Très amicalement
Bertrand
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Re: Thé à la mante

Message  midnightrambler le Mer 6 Juin 2018 - 16:14

ligne 19 : de haut en bas
ligne 35 : pas une de plus
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