Gare à la Mayo !

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Gare à la Mayo !

Message  HELLION le Ven 8 Déc 2017 - 8:01

Gare à la Mayo


Sur scène un bureau et derrière le bureau un personnage, Perruque, En Train De Travailler Sur d'obscurs dossiers. Arrivé, timide, un autre personnage, Rascasse.

Rascasse – c'est bien ici, le philosophe ?
Perruque – ça dépend.
Rascasse – non, parce que l'on m'a dit « après le feu rouge, tu tournes à gauche, tu fais 100 m, une maison aux volets rouges et c'est là.
Perruque – Bon alors, si c'est là, c'est là !  C'est à quel sujet ?
Rascasse – il paraît que vous êtes philosophe ; C'est vrai ?
Perruque – c'est possible, ça dépend.,
Rascasse – non, mais , sauf votre respect, sans déconner, vous êtes philosophe ou vous n'êtes pas philosophe ?
Perruque – ça dépend, je vous Perruqépend des jours.
Rascasse – et aujourd'hui ?
Perruqueue (d'un ton blasé) – qu'est-ce qui vous amène ?
Rascasse – j'ai deux trois petites questions, comme ça.
Perruque – je vois, je vois. Du style « d'où je viens, qui suis-je et quel est le sens de la vie »
Rascasse – voilà, c'est ça. Exactement. Comment vous savez ?
Perruque – et allez ! Mais qu'est-ce que vous avez tous à me faire chier avec vos questions débiles ? Qui suis-je ? Quel sens donner à ma vie ? Demandez-moi un truc sérieux, tenez, comment on fait la mayonnaise, ça je sais.
Rascasse – mais ça n'est pas une question philosophique, ça.
Perruque – et pourquoi ça ne serait pas une question philosophique, Monsieur ?
Rascasse – et bien, par ce que… par ce que…
Perruque (le coupant) – détrompez-vous. La mayonnaise, c'est terriblement philosophique. Rendez-vous compte, un œuf, de la moutarde du sel et de l'huile, et puis… (comme un professeur à son élève) et puis ?
Rascasse – et puis quoi ?
Perruque – et puis, à partir de ces quatre éléments, vous pouvez me dire ce qui se passe ?
Rascasse – ben, on tourne, on tourne et un moment, ça prend.
Perruque – et ça, Monsieur ça, ça ne vous pose pas question ? Ça ne vous interroge pas ? Depuis des siècles… un œuf, de la moutarde, de l'huile… et on a cette extraordinaire masse gélatineuse qui pourrait envahir le monde. Vous trouvez ça normal, vous ? (Il crie) vous trouvez ça normal ?
Rascasse – ben non, maintenant que vous me le dîtes, non.
Perruque – les gens sont en présence d'un des plus grands mystères de la création et ils ne s'en rendent pas compte.
Rascasse – vous n'y allez pas un peu fort là ? Par ce que envahir le monde avec de la mayonnaise, moi, je veux bien, mais il en faudrait beaucoup.
Perruque – juste un problème de dosage Monsieur. Dans son principe, la mayonnaise n'a pas de limite..
Rascasse – si vous le dîtes..
Perruque – c'est le grand mystère des volumes, Monsieur. Réfléchissez. Vous avez un œuf, un malheureux petit oeuf de rien du tout, sorti du  cul d'une poule, vous avez une cuillère de moutarde, un filet d'huile, tout ça dans le fond d'un bol et… et que se passe-t-il ?
Rascasse – ben, ça monte…
perruque – ça enfle, Monsieur, ça gonfle, ça se développe, le bol se remplit et là où vous n'aviez qu'une minable petite sauce de rien du tout, vous avez une montagne d'un jaune d'or brillant et suave et si vous continuez, le bol n'y suffira pas. Bientôt il vous faudra une marmite… et si vous continuez, il vous faudra… il vous faudra (Il est pris d'une quinte de toux  et gesticule et impressionne manifestement Rascasse)
Rascasse – Je Vous Crois, Je Vous Crois !
Perruque (toujours aussi excité) – – et ce que je dis, je le prouve.  Attendez-moi Un instant,, vous allez voir (il esquisse un départ), vous allez voir !
Rascasse – non, non non, ne vous donnez pas cette peine,. Je vous crois sur parole.
Perruque (alors que manifestement il s'apprêtait à se rendre vers une autre pièce, il s'arrête, se retourne brusquement) – alors vous êtes prêts à gober n'importe quoi, vous ! Quelqu'un vous dit que la mayonnaise est le plus grand mystère de la création et hop, vous vous mettez à genoux.
Rascasse – c'est-à-dire… vous êtes philosophe. On m'a dit « va le voir, c'est un grand philosophe ». Alors je suis venu.
Perruque – non, Monsieur je ne suis pas philosophe. Je suis cuisinier.
Rascasse – ah, alors, j'ai dû me tromper d'adresse. Je suis désolé. Combien je vous dois ?
Perruque – et voilà. Monsieur vient voir un philosophe, avec un sac à dos de questions existentielles et par ce qu'il tombe sur un modeste cuisinier, hop,il prend congé. Mais qu'est-ce qu'il a le cuisinier ? Il pue de la gueule ? Qu'est-ce que vous avez contre les cuisiniers ?
Rascasse – mais rien, rien. Je vous assure. J'ai une grande admiration pour les cuisiniers, même. Mais, voilà j'étais venu voir un philosophe…
Perruque – et qui vous dit que ma théorie sur la mayonnaise n'est pas exacte ? Et qui vous dit que je ne suis pas quand même philosophe ?
Rascasse – ben, faudrait savoir. Vous êtes cuisiniers ou vous êtes philosophe.
Perruque – quand vous êtes arrivé, vous m'avez demandé si j'étais philosophe.
Rascasse – oui, et alors ?
Perruque – et alors, qu'est-ce que je vous ai répondu ?
Rascasse – vous m'avez dit « ça dépend »
perruque – je ne vous ai pas menti, d'ailleurs, je ne mens jamais. Un philosophe ne ment pas. !
Rascasse – Monsieur, vous vous moquez de moi. Ce n'est pas bien. Vous ne devriez pas. Philosophe ou cuisinier. En fait, j'ai l'impression que vous n'êtes ni l'un ni l'autre.
Perruque – ça, c'est la meilleure. Mais je ne vous ai rien demandé, moi. J'étais tranquillement chez moi et vous venez me voir avec vos questions à la noix. Est-ce que je vous pose des questions sur la santé de votre belle-mère hein ?
Rascasse – mais, vous pourriez, vous pourriez. Je vous répondrai honnêtement , moi je n'ai rien à cacher
Perruque – d'accord, comment va-t-elle, votre belle-mère ?
Rascasse – très bien, je vous remercie. Dites-moi, c'est vrai ce que vous m'avez raconté sur la mayonnaise ?
Perruque – pour de quoi ?
Rascasse – que la mayonnaise pourrait envahir le monde et tout ça ?
Perruque – entièrement vrai, Monsieur, entièrement.
Rascasse – mais, là, c'est le cuisinier qui parle ou le philosophe ?
Perruque – ni l'un, ni l'autre, cher ami. C'est le militaire.
Rascasse – philosophe, cuisinier, militaire… ça fait pas un peu beaucoup tout ça ?
Perruque – Monsieur n'aime pas les militaires, peut-être…
Rascasse –Ah si, les militaires aussi j'aime beaucoup, beaucoup.
Perruque – de nos jours, Monsieur, il faut être polyvalent. Et vous, jeune homme, c'est quoi, votre  métier ?
Rascasse – ah ben tiens, justement, c'est comme qui dirait un peu pour ça que je voulais vous voir.
Perruque – nous vous écoutons. Auquel d'entre nous Voulez-vous parler ?
Rascasse – c'est-à-dire ?
Perruque – au philosophe, au cuisinier ou au militaire ?
Rascasse – ah, parce que j'ai le choix !
Perruque – oui, je sais, vous vous dîtes « ce type est complètement fou, Il souffre d'un détriplement de la personnalité-dé, et vous pensez en votre for intérieur « me voilà bien »
Rascasse – mais non, mais non, mais pas du tout.
Perruque – allez, soyez honnêtes, vous pensez que je suis complètement siphonné.
Rascasse – c'est-à-dire que… pour être vraiment sincère, un peu, oui
Perruque – et vous auriez raison si je n'étais pas totalement conscient de ma problématique. Et là, Monsieur croyez-moi, c'est le philosophe qui vous parle.
Rascasse – ah, évidemment dans ces conditions, c'est différent. Mon père disait toujours : « un fou qui sait qu'il est fou, c'est pas un fou »
Perruque – alors, comme ça, vous cherchez votre chemin, votre voix, votre identité, votre raison d'être, votre pôle magnétique, votre solution existentielle. Vous cherchez la vérité de votre rapport au monde, vous cherchez votre… votre (il se met à tousser très fort)
Rascasse – attention, vous allez vous étouffer !
Perruque – c'est votre faute aussi. Toutes ces interrogations, ça me donne le tournis…
Rascasse – désolé.
Perruque – attendez, j'ai ce qu'il vous faut. (Il se baisse et ramasse sous son bureau un grand carton qu'il pose dessus). Ah,  ça vous en bouche un coin !
Rascasse – qu'est-ce que c'est que ça ?
Perruque – la solution à votre mal de vivre, mon cher
Rascasse – Oh ben, fallait pas !
(Perruque ouvre le carton, fouille dedans et en sort une casquette)
Rascasse – c'est quoi, ça ?
Perruque – une casquette !
Rascasse – je vois bien. Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'une casquette ?
Perruque – attendez, il y en a d'autres (il replonge dans le carton et sort les casquette les unes après les autres) là, c'est une casquette de facteur. Elle est pas belle ? Là, un képi de général, là, une casquette d'aviateur, là, un képi de gendarme, là, une casquette de garde-chasse…
Rascasse – sacrée collection !
Perruque – non, Monsieur ce n'est pas une collection, c'est le secret de la vie. Tenez (il lui tend le képi de garde-chasse) mettez ça, pour voir.
Rascasse – ça ? Mais pourquoi faire ?
Perruque – mettez ça, que je vous dis !
Rascasse -- si vous y tenez. (Il place le couvre-chef sur sa tête)
Perruque – alors ?
Rascasse – ah ouais.
Perruque – hein, c'est pas pareil.
Rascasse – ah ouais.
Perruque – et ça… (il lui tend le képi de général)
Rascasse – vous croyez que je peux ? Un général, quand même…
Perruque – mettez ça, que je vous dis !
Rascasse – je ne sais pas si j'ai le droit.
Perruque – mettez ça, bon Dieu !
Rascasse – d'accord, d'accord… (il se couvre du képi)
rascasse – Oh putain !
Perruque – ah, vous voyez., Ça vous ferait bander un mort.
Rascasse – une deux, une deux, une deux (il se met aux gardes-à-vous) rompez !
Perruque – bon, ça va ça va, calmez-vous, mon vieux.
Rascasse – vous en avez d'autres ?
Perruque – non, ça suffit pour aujourd'hui. Pas tout le même jour, vous seriez en overdose.
Rascasse – ah, ça fait du bien ! Vous savez, je vais vous faire une confidence : il y a une heure, je me demandais si j'allais pas faire une bêtise… et la, la je me sens, je me sens… différent. Je me sens un autre homme, carrément.
Perruque – le pouvoir de la casquette, cher ami. C'est pas l'homme qui porte la casquette, c'est la casquette qui porte l'homme. Alors, vous me les prenez ?
Rascasse – et comment ! Votre prix sera le mien ! (Il ouvre son portefeuille et en sort deux billets qu'il pose sur le bureau).
Perruque – non, ça Monsieur, c'est juste pour une casquette
Rascasse
– ah quand même ! (Il sort d'autres billets qu'il pose également sur le bureau). Et ça s'appelle comment votre boutique ?
Perruque – l'habit du moine, Monsieur. L'habit du moine.

HELLION

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Re: Gare à la Mayo !

Message  So-Back le Ven 8 Déc 2017 - 11:12

"casquette à pont", lui fit cette confidence
sa mayo s'appelait monnaie sonnante
sauf quand elle trébuchait en cadence
sous l'effet des coups de la soufflante

en philosophie aussi s'apparente, le ressenti de l'écrit
si le récit est l'assise, les mots sont suppléants
l'avocat plaidant l'illusion de la situation
d'un théâtre, où la vie se veut farce, sans alibis


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Re: Gare à la Mayo !

Message  HELLION le Ven 8 Déc 2017 - 12:54

« l'avocat plaidant l'illusion de la situation
d'un théâtre, où la vie se veut farce, sans alibis »

Ce n'est pas faux !

HELLION

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Re: Gare à la Mayo !

Message  So-Back le Sam 9 Déc 2017 - 13:03

ceci étant ces textes un peu absurdes et en même temps tellement juste dans le ressenti que l'on peut avoir, face au sérieux dont on nous abreuve, font, qu'ils servent de soupape dans cette société " où le moindre pet devient suspect"
longue vie à rascasse et perruque

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