Boulot dodo

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Boulot dodo

Message  HELLION le Mar 21 Nov 2017 - 23:36

De


Boulot dodo.


Sur la scène,un banc au pied d'un réverbère. On devine autour un vague  jardin public. Arrive du côté cour un personnage, cartable au bout du bras, comme se promenant. Il passe devant le banc sans y faire attention , puis l'ayant dépassé d'un mètre ou deux, il s'arrête, se retourne et revient . Il en fait le tour, le regarde longuement et s'assit à son extrémité, comme pour l'essayer. Il se relève, insatisfait et ce livre à la même manœuvre à l'autre bout. Il se lève à , nouveau et s'assied au milieu. Finalement, le trouvant à son goût, il ouvre avec précaution sa serviette et en sort un oreiller.. Il s'allonge, posant sa tête sur l’oreiller et laisse échapper un long soupir qui préfigure une bonne sieste.. Alors qu'il s'apprête à trouver le sommeil, venant du côté jardin,  en courant, un autre personnage, Rascasse, traverse la scène. Perruque sur son banc, relève la tête. Rascasse a disparu côté cour. Perruque tente de se rendormir . Mal lui en prend car, comme s'il avait fait le tour du jardin public, Rascasse surgit du même endroit que précédemment, toujours en courant et traverse à nouveau la scène. Perruque se met sur son séant et interpelle le coureur.


Perruque – Monsieur ! ( L'autre ne s'arrête pas et disparaît à nouveau).
(Perruque reprend la position allongée, se calant à nouveau la tête sur le coussin lorsque Rascasse réapparaît. Perruque se lève, manifestement excédé)
Perruq[/i]ue – c'est pas bientôt fini ?
Rascasse (s'arrêtant) – je vous demande pardon ?
Perruque (imitant grossièrement le coureur en trépignant sur place) – c'est pas bientôt fini, la, votre gigotation ? Il y en a qui bossent, ici !
Rascasse – vous avez vu l'heure ?
Perruque – alors ça, c'est la meilleure ! Par ce qu'il y a une heure pour le boulot, peut-être ?
Rascasse – je n'en sais rien, mais il y en a une pour courir et tout de suite c'est la mienne. Et pour votre information, ce n'est pas de la gigotation, c'est du footing, du Running, … du jogging, si vous préférez. C'est bon pour la santé, si vous voyez ce que je veux dire.
Perruque – et vous faites ça souvent ?
Rascasse – tous les jours !
Perruque – tous les jours ? Et… ça gagne bien ?
Rascasse – c'est-à-dire ?
Perruque – au point de vue argent, ça gagne bien ?
Rascasse – mais je ne fais pas ça pour de l'argent, Monsieur.
Perruque – alors, vous faites ça pour quoi ?
Rascasse – eh bien, je vous l'ai dit, pour ma santé et puis, un peu pour mon plaisir.
Perruque – pour votre plaisir !  Eh oh,vous vous foutez pas un peu de ma gueule, là ?
Rascasse – je ne vous permets pas.
Perruque – vous n'avez pas vu votre tronche, vous êtes rouge, tout rouge. Vous transpirez comme une citrouille en chaleur.
Rascasse – une citrouille en chaleur, vous êtes sûrs ?
Perruque – Allez, soyez sympas, dites le moi…
Rascasse – vous dire quoi ?
Perruque – combien vous gagnez.
Rascasse – mais rien ! Je ne gagne rien. Vous m'entendez, rien de chez rien.
Perruque – Monsieur, je ne vous crois pas.
Rascasse – mais puisque je vous dis… Bon, réfléchissez. Vous, vous dormez souvent ?
Perruque – tous les jours je fais la sieste tous les jours.
Rascasse – et vous gagnez bien ?
Perruque – pas mal. Ça dépend des jours et aussi des saisons. Tiens, par exemple, l'hiver, je gagne mieux.
Rascasse – vous gagnez de l'argent en dormant ?
Perruque – Ben oui c'est mon métier. Je suis dormeur professionnel. Je viens d'avoir mon diplôme et je viens juste de commencer. Alors, vous comprenez, j'aimerais bien pouvoir bosser tranquille. Si ça ne vous dérange pas.
Rascasse – non, mais là, c'est vous qui vous foutez de ma gueule.
Perruque – alors ça Monsieur,, je ne me le permettrais pas. J'ai sur moi ma carte de siesteur professionnel, catégorie deux, premier échelon. (Il fouille dans sa poche et tend une carte). Si vous voulez vérifier.
(Rascasse prend la carte de l'autre et vérifie).
Rascasse – exact ! Monsieur Duval. Ernest Duval Profession : dormeur. Ah OK, c'est vous le dormeur Duval…
Perruque – vous avez entendu parler de moi ?
Rascasse – un peu, oui. Mais alors, racontez-moi, voudes ne souffrez pas trop de la concurrence ?
Perruque– énormément, Monsieur, énormément. De nos jours, tout le monde croit que c'est facile et tout le monde veut dormir. La profession n'en peut plus. Mais attention, il y a beaucoup de contrefaçon, il y a ceux qui font semblant de dormir, ce qui ne dorment que d’un œil.. Il y en a même qui font du black, et qui  ne dorment  qu'au noir !. Moi, Monsieur je peux dormir sur commande, de jour, comme de nuit. Le temps que vous voudrez. Une sieste de trois heures ne me fait pas peur. Tenez, demandez-moi et vous en aurez pour votre argent. Trois heures, Monsieur ! Pas une seconde de moins, pas une de plus …et sans réveil !, Comme ça, à main levée.
Rascasse – quoi ! Vous voudriez que je vous paye pour dormir ?
Perruque – il faut que tout le monde gagne sa vie, Monsieur.
Rascasse – mais qu'est-ce que vous voulez que ça me donne que vous dormiez. J'en ai rien à foutre moi.
Perruque – et voilà, j'en étais sûr ! Mon cher, pardonnez-moi de vous le dire, mais vous êtes un fossoyeur de l’économie durable. Avec des gens comme vous, le monde va à sa perte vous ne vous rendez pas compte. Alors comme ça, vous courez gratuitement  . Mais quel gaspillage ! Monsieur,le monde est plein de gens qui voudraient courir et qui ne le peuvent pas. Vous imaginez ? Vous devriez leur proposer de courir pour eux. Vous feriez des heureux, vous savez.
Rascasse – pardonnez-moi, Monsieur, mais j’ai peur de ne pas vous suivre, là.
Perruque – tenez, moi qui suis un dormeur de haut niveau… mais attention, j’ai fait des études… et bien, j’ai toute une clientèle d’insomniaques, des hommes, des femmes, des pauvres gens qui ont un sommeil complètement pourri. Certains, même, n’en ont pas du tout. Eh bien moi, je dors pour eux. Je leur vends mon sommeil et comme j’ai un sommeil de première classe, je peux me permettre de leur vendre un bon prix.
Rascasse – je vois… je vois et vous n’avez pas l’impression de…
Perruque – de quoi ?
Rascasse – eh bien, disons… de leur vendre du vent… de les arnaquer ?
Perruque – ah, je m'y attendais à celle-là. Mais pas du tout, pas du tout. Je vous défends de penser ça. Prenons un exemple ! Tenez, les footballeurs, ils gagnent , beaucoup d’argent, n’est-ce pas ?  
Rascasse – oui, bien sûr, mais ce n’est pas pareil.
Perruque – comment ça, pas pareil.. ? Allez-y, dites-moi s’ils vendent quelque chose ! Allez-y, allez-y, je vous écoute.
Rascasse – eh bien, je ne sais pas,, moi… ils vendent… ils vendent un spectacle…
Perruque – non, Monsieur. Ils jouent. Ils vendent le fait de jouer pour les autres. Avec leurs petites jambes et le petit ballon, ils jouent à la place des gens, voilà, c’est tout eh bien moi, Monsieur, je suis beaucoup plus utile que les footballeurs. Je dors à la place des gens qui ne peuvent pas dormir. Par ce que jouer au ballon, ça tout le monde peut le faire. Mais dormir, c’est pas pareil. Il y en a qui ne peuvent pas et puis, il y a un autre truc.
Rascasse – quoi donc ?
Perruque – le rêve, Monsieur, le rêve !
Rascasse – vous n’allez quand même pas me dire que…
Perruque – que je vends du rêve ? Et bien si. Je vends du rêve. Je vends mes rêves, et je peux dire que là aussi, c'est pas du toc! C'est du bon, du très bon.
Rascasse – alors là, c’est vraiment du n’importe quoi.
Perruque –   comment ça, ? Quand vous ne dormez pas, vous ne rêvez pas. On est d’accord ?
Rascasse – d’accord, d’accord !
Perruque – alors, vous imaginez, tous ces rêves perdus, tout ce gâchis. Monsieur, le marché du rêve est en déficit à notre époque. Plus personne ne produit de rêve, ou alors, du rêve à Bon Marché, du rêve de Chine, du rêve éveillé, genre château en Espagne et compagnie. Moi, Monsieur, je leur vends la totale :, « sommeil + rêves » et croyez-moi, j'en fais des gâtés !
Rascasse –  Vous dormez pour les gens et vous rêvez pour eux, si ce n’est pas de l’arnaque, c’est du grand art… ou bien les deux
Perruque – rien de tout cela, Monsieur ! C'est justement boulot. De la  GRA.
Rascasse   – c’est-à-dire ?
Perruque – gestation du rêve pour autrui. Le soir je suis crevé, mort, lessivé, mortibus.
Rascasse –Allez, allez, une bonne nuit de sommeil et ça repart.
Perruque – vous n'allez pas me croire ! Je ne peux pas fermer l’œil de la nuit.
Rascasse – mais , il y a cinq minutes, vous me disiez que vous dormiez sur commande.
Perruque – pour les autres, oui. Mais pour moi, c’est une autre affaire.  
Rascasse – je comprends, je comprends. Donc, vous êtes insomniaque..Vous êtes un dormeur insomniaque. C’est embêtant !
Perruque – très embêtant, vous ne pouvez pas savoir. Je vais finir par me faire arrêter.
Rascasse – pour escroquerie ?
Perruque – non, Monsieur, pour maladie professionnelle.
Rascasse – dites-moi si je me trompe, mais vous ne pouvez pas demander à un dormeur professionnel comme vous, de dormir à votre place ?
Perruque – j’aurais l’air malin.
Rascasse – c’est pas faux. Eh bien, je ne sais pas, moi, faites-vous prescrire une cure de sommeil.  
Perruque – alors là, vraiment, vous voulez me ridiculiser.
Rascasse – pas du tout, j’essaie juste de vous aider.  Ah si ; tenez, faites du sport !, Faites comme moi, Courez ! Ça, c’est la solution.
Perruque – j’y ai bien pensé, mais je ne peux pas.
Rascasse – et pourquoi ça ?
Perruque – trop fatigué, Monsieur trop fatigué.. J’ai déjà essayé, mais au bout de 50 m, je n’avance plus.
Rascasse – je vois, je vois. Et si…
perruque – si quoi ?
Rascasse – non, comme ça… je pensais un truc.
Perruque –  dites-moi, s'il vous plaît, dites-moi. Je sens que c’est important.
Rascasse – et si je courais pour vous…
Perruque – vrai, vous feriez ça ?
Rascasse – allez, je vous fais un prix d’amis.
Perruque – un prix d’amis ?
Rascasse – ben oui, enfin, je ne vous prendrais pas trop cher.
Perruque – c’est que… en ce moment, je suis un peu juste.
Rascasse – ah OK, OK
Perruque –  c’est pas rigolo…
Rascasse – non, c’est pas rigolo, c'est pas rigolo… je vous proposerai bien un truc…
Perruque – allez-y !
Rascasse – je ne devrais pas vous le dire, mais moi-même, j’ai des problèmes de sommeil.
Perruque – ah oui, vous aussi. Mais alors…
rascasse – alors, on pourrait peut-être faire affaire, tous les deux..
Perruque – genre, vous courez pour moi et je dors pour vous ?
Rascasse – exactement. Faut bien s’entraider dans la vie.
Perruque – alors ça, c’est drôlement sympa. Marché conclu !
Rascasse – Bon alors, j’y vais. Vous en prenez pour combien de kilomètres ?
Perruque – vous courez à quelle vitesse ?
Rascasse – 12 km/h.
Perruque – bon, ben, j’en prendrai bien pour 12 km alors. Moi, je dormirai une heure pour vous.
Rascasse – marché conclu !
Perruque – marché conclu ! ! (Il retourne s’allonger sur le banc. L’autre repart en trottinant) … et merci pour tout, collègues..

FIN

HELLION

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Re: Boulot dodo

Message  teverino le Mar 21 Nov 2017 - 23:56

Hilarant ! J'imagine des gamins en train de jouer ça au club théâtre de leur bahut. Faut-y pas avoir rien à faire qu'à imaginer des imagineries toute la journée pour vous pondre des trucs pareils... Va savoir d'où il tire tout cet univers Ubu.
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Re: Boulot dodo

Message  So-Back le Mer 22 Nov 2017 - 10:05

c'est à dormir debout
je postule pour un rôle de banc public, je me sentirais utile les jours où rascasse sera au menu, je mettrais une perruque histoire de noyer le poisson


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