Comment Dieu vint au monde

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Comment Dieu vint au monde

Message  HELLION le Jeu 26 Oct 2017 - 20:11

Comment Dieu vint au monde


Çafaisait un bail, une paye, bref, un certain temps... On aurait aimé formuler les choses ainsi s'il y avait eu le temps. Mais justement, c'était le problème, de temps, il n'y en avait pas, pas la moindre seconde, pas la moindre miette. Rien. Ni avant, ni pendant, ni après. Va-t-en exister, toi, dans ces conditions ! Quand tu existes, à chaque instant, tu te succèdes à toi-même, C'est ça qui est bien. Mais il faut du temps, juste un petit peu; Tu vois la difficulté ? Eh bien, Dieu, lui, rien à cirer, il existait quand même, comme ça...  Attention, ce n'était pas forcément facile pour lui, mais bon, il s'en tirait très bien tout seul. En fait, il n'avait pas trop le choix vu qu'il n'y avait personne pour l'aider. Même chose pour l'espace, il n'y en avait pas, même en cherchant bien, pas un petit coin perdu pour fumer une clope sans que ta femme te voie ou tout autre chose intime.
Donc à cette époque, Dieu était con, puisqu'il n'évoluait pas, faute de temps. Il y en a qui disent qu'il n'avait pas besoin d'évoluer puisqu'il était parfait. La belle affaire ! n'importe quel pape te confessera que la perfection est la version religieuse de la connerie. Tu es parfait dit le photographe à Dieu, ne bouge surtout pas  ! Flûte  ! pense Dieu, j'allais justement faire un petit truc, genre création du monde, mais bon, si faut pas bouger...
Au cas où tu deviendrais parfait, sache bien qu'après c'est foutu. Ne bouge même pas le petit doigt,  n’envisage pas de penser. La pensée est le début de la chute. Dieu qui était parfait et con à la fois ne pensait donc pas. Il dormait et quand il ouvrait ses yeux divin, il ne voyait que lui et aussitôt se rendormait. Il faut comprendre que l'espace n'existant pas, Dieu n'était nulle part, qu'en lui-même, c'est-à-dire partout puisqu'en dehors de lui, il n'y avait rien. Le pauvre, il n'aurait pas pu faire un pas sans se rencontrer et, c'est bien navrant à reconnaître, sans se marcher dessus. Mais Dieu ne marchait ni ne bougeait, ne pensait à rien.
  Un jour, si l'on peut dire, il cligna des yeux, mais à l'envers puisqu'il dormait tout le temps, et, l'instant d'un éclair qui fut peut-être une éternité, se dit qu'il était parfaitement inutile. Cette idée le bouleversa, mais craignant d'affronter cette terrible réalité, il retomba dans l'inconscience, fermement décidé à ne plus s'exposer à l'épreuve de son inanité. On s'interrogerait vainement sur la durée de cette sieste. Le fait est qu'arriva un autre clignement d’œil. Le choc fut rude de cette nouvelle confrontation avec lui-même, un peu comme si le néant tout entier était entré en lui.
Et Dieu qui était tout se sentit devenir rien. La sensation était nouvelle puisque pour la première fois, il  devenait. On ne saurait dire évidemment s'il en tira satisfaction, mais ce qui est certain c'est que sa perfection en prit un coup  : Incapable de se rendormir, il était là à se tourner, se retourner en lui-même. Une question simple le taraudait  : Que faire  ? Jusqu'alors, l'ennui ne l'avait jamais saisi ni même taquiné. Une autosuffisance somnolente l'en avait préservé, mais l'insomnie modifia tout jusqu'à lui instiller un semblant de culpabilité peu compatible avec son état divin. C'est alors qu'il s'avisa d'un nouveau phénomène. Il se dédoublait. Son totalitarisme habituel l'avait  jusqu'ici confiné dans une subjectivité sans égale, un égotisme rare et bien naturel, puisque à part lui, il n'y avait aucun objet à la ronde. Qui lui en aurait fait grief  ? Sauf que cette fois, tout au fond de lui s'élevait une petite voix qui se faisait harcelante  :

 — Pauvre nul, tu ne vois pas que tu sers à rien  ?

  Ce dialogue intérieur qui au début l’avait agacé finit pas l’amuser, non pas tant par la familiarité du propos que par la perspective étrange qu'il en déduisait. Non seulement, il n'était plus seul, mais de cet accompagnement germait la possibilité d'un échange. Il se surprit à attendre les réponses qu'à lui-même il se donnait, ce qui, soit dit en passant constituait non seulement  une première ébauche du temps mais aussi de la schizophrénie. Impossible d'évaluer combien dura cet épisode, le mouvement des planètes n'existant pas, faute de planètes. Le seul cycle envisageable était celui d'un aller retour de la pensée divine et nous serions bien ridicules à vouloir en donner l'équivalent à l'aune de notre chronologie. Ce qui paraît acquis aux théographes, c'est que l'intéressé y éprouva plus que du plaisir, de la jubilation. Il se dit même secrètement dans certains milieux autorisés que le bruit de fond de l'univers capté par les instruments de mesure les plus sophistiqués ne serait autre que les éclats de rire de Dieu  conversant avec lui-même.

  Cela faisait donc un certain temps que Dieu, débonnaire, s'entendait railler par cette partie dissidente de sa personne qui lui délivrait en permanence des théories fumeuses sur l'existence en soi, l'existence contingente et autres démonstrations inutiles. Mais vint un moment où Dieu dont la patience était pourtant sans limite, commença par s'irriter. Même lorsqu'il s'obligeait à ne pas répliquer, histoire de calmer le jeu, l'autre revenait à la charge avec un arsenal de questions sur la liberté du style :
  — Tu te prétends libre, mais un être qui ne vit que pour soi, en soi, et par soi n'a qu'une illusion de liberté!
Ou bien encore
  —  Il n'est de liberté sans relation duelle entre l'objet et le sujet, or toi, tu es les deux à la fois  . C'est du grand n'importe quoi !

  Avoue sincèrement que tu aurais perdu patience  ! Eh bien Dieu, non. Il lui en fallait plus. Pour être précis, il éclata la fois où il fut mis au défi par cet autre lui-même de prouver qu'il existait. La réponse fut immédiate:
     —  Oust, du balai, y en a marre  ! comme ça, marmonna-t-il, tu vas vérifier que j'existe.  
  Ce fut une sorte d'accouchement furieux, une éjection sauvage de sa partie contestataire directement dans le néant. Cette colère devait se payer d'une terrible souffrance. Tout guerrier un peu sérieux te dira que s'amputer d'une partie de soi-même est une épreuve redoutable que l'on soit Dieu ou pas. Aussi poussa-t-il un cri déchirant de rage et de douleur. Certains initiés disent qu'il retentit encore dans l'univers et qu'à l'inverse de ce que prétendent des gens mal informés, loin d’être son rire c'est ce hurlement qui constitue le bruit de fond de l'univers

  —  Non de moi, qu'ai-je fait,   pensa-t-il ?

  Ayant quitté sa torpeur originelle pour un turbulent colloque avec lui-même, il n'était plus question pour lui de s’y replonger  : trop risqué, avec ce morceau de lui qui se baladait quelque part dans le néant. Et puis, faut-il te le confier, il avait finalement pris goût à la présence de quelqu'un, et du même coup n'ayons pas peur du mots, à la contradiction. En fait, maintenant, s'il y avait bien quelque chose pour lui ficher la pétoche par dessus tout, c'était l'ennui.
Lui vint alors une sacrée idée. S'il avait pu par un phénomène spontané de scissiparité se débarrasser de cette partie de lui qui le gonflait, en si prenant bien il allait pouvoir rejouer le même tour. Mais bon, cette fois, un peu de maîtrise ne serait pas superflu au lieu de cette colère convulsive qui lui avait valu une migraine de compétition. Cette perspective lui redonna la pêche le faisant sourire de béatitude. N'ayant guère de modèle et se méfiant cette fois de l'improvisation, Dieu qui avait acquis une grande capacité d'abstraction, échafauda toute une série de suites logiques d'une rare complexité où l'énergie s'organisait et se démultipliait selon des règles très compliquées qu'évidemment, il n'est pas possible d'expliquer, faute de temps...  Parfois, ce qu'il croyait percevoir faisait son bonheur, d'autres fois les hypothèses qu'il engendrait le faisaient flipper au point de lui ôter tout envie de progéniture. Mais tu sais ce qu'est le goût du jeu.. Dieu avait envie de jouer. En se repassant des extraits des discussions interminables à l'origine de sa rupture intérieure, il finit par se convaincre que l'autre avait raison. Ça ne vaut vraiment pas le coup d'exister si l'on ne sert à rien. Un seul mot d'ordre s'imposa  : Ne pas rester les deux pieds dans le même sabot. Place à l'action  !

  Pris d'une frénésie créatrice, il s'arrachait des lambeaux de lui qu'il soumettait à des équations à mille inconnues et qu'il propulsait droit devant. Hélas, il lui fallut se rendre à l'évidence  : toutes ses tentatives échouaient. Ah c'est sûr, dès qu'il les balançait dans le néant, ça brillait autant qu'une fusée de feux d'artifice dans un ciel de quatorze juillet, mais après plus rien, elles s’étiolaient sans raison, sans même  le bruit d'un pétard. Un flop total  ! C'était contrariant, presque humiliant. On ne comptera pas la quantité d'univers avortés qui sont sortis ainsi du ventre de Dieu. Le nombre d'étoiles dans le ciel multiplié par celui des grains de sable sur la terre ne t'en donnerait qu'une faible idée. A l'évidence quelque chose clochait et Dieu, d'un naturel plutôt optimiste s'en désolait et tandis qu'il s'apprêtait à sombrer dans un nouveau marasme dépressif, comme pour lui remettre un coup au moral il entendit l'écho insupportable d'un rire moqueur. Quelque part dans la nuit, quelqu'un se réjouissait  de son échec.
       —  Je te l'avais bien dit, espèce de nul  !
  Dieu qui avait de la fierté ignora les sarcasmes. Il n'avait qu'un souci, comprendre, comprendre surtout pourquoi tous ses prototypes s'évanouissaient dès leur naissance. La réponse ne se fit pas attendre. Au bout d'une demi-éternité environ, elle lui parvint sous la forme d'un nouvel éclat de rire qui lui aurait écorché les oreilles s'il en avait eues  :
  —  Et ce sera toujours comme ça, ajouta l'autre.
C'était donc là l'explication, cette partie tombée de lui s'ingéniait à tout briser de ce qu'il entreprenait.
    —  Mais pourquoi fais-tu ça  ?
    —  Réfléchis un peu, bourrique  ! Tu sais bien que je suis une partie de toi
    — Et  alors  ?
  — Alors  ? Mais t'es un vrai crétin, toi  ! Peux-tu imaginer un seul instant qu'il y ait place pour   deux bidules comme toi  ? L' Absolu, c'est bien ton programme, idiot tout puissant  ?
Dieu qui commençait à s'habituer à la vulgarité de son interlocuteur, préféra ne pas relever.
   — Comment veux-tu qu'il en soit autrement  ?  c'est mon destin.
  — Eh le mien, c'est quoi  ? Hein, je fais quoi, moi pour exister  ? Deux absolus ensemble, tu vois le travail, pauvre tache  ?
      —  Je te le concède, c'est pas compatible  !
— Eh bien voilà, t'as tout compris, fallait bien que je me distingue. Du coup forcément, je suis le contraire de toi. T'avais qu'à pas te diviser, abruti  !
 — J'avais pas le choix, tu le sais bien. C'était ça ou rien.
 — Peut-être, j'dis pas non, mais maintenant, faut assumer. Allez, salut, connard  !

 Dieu resta songeur. C'était donc lui qui faisait tout péter. Quel que soit le plan, la formule, il lui glisserait toujours un grain de sable qui mettrait tout par terre comme un château de cartes. C'est si difficile de construire et si facile de détruire. Aussi allait-il se résigner lorsque lui vint une autre sacrée idée. Soudain, tout lui sembla clair. Ses créations étaient vulnérables pour une simple raison  : Il ne les défendait pas de l'intérieur. Parfaitement conçues certes, il leur manquait quelque chose, peut-être même l'essentiel. C'était encore une question d'énergie. Il les lançait et la mécanique s’enclenchait bien, mais une fois qu'elles avaient épuisé toute leur énergie cinétique, pfuit, plus rien  ! En réalité l'autre n'avait pratiquement aucun effort à faire pour tout foutre en l'air. Il leur fallait une sorte de carburant interne, un truc qui brûle en permanence et ne cesse de se renouveler. Et c'est là qu'il l'eut son idée de génie. Le carburant ce serait... lui, lui avec cette volonté infini d’être, d'être plus et plus encore, plus intensément, plus profondément. Oui, bien sûr, il y avait l'autre, en embuscade, mais s'il habitait sa création, intimement, chaque fois que ce salopard ferait un accroc, une brèche, une blessure, il serait là présent, au secret des structures les plus intimes pour recoudre, réparer, consolider, toujours et toujours. A chaque fois il aurait la parade.

  Alors Dieu prit une grande inspiration, comme un plongeur avant de se laisser aller dans le grand bleu, il se remplit de milliard d'équation pleines d'inconnues, se rétracta tout au fond de lui-même pour n'être plus qu'un minuscule point condensé d'énergie infinie où il n'y avait rien d'autre qu'une colossale volonté d'être et d'amour, puis il se laissa aller, explosant dans toutes les directions, harmonieusement.

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Re: Comment Dieu vint au monde

Message  HELLION le Sam 4 Nov 2017 - 11:38

Ainsi que l'exprimer fort élégamment un condisciple, dans la rubrique « Prose », sur un site concurrent :

« Et la prose, elle pue du cul ?… »

Bien que je ne fasse pas mienne cette formulation, je me demande si, sur le fondement, pardon, sur le fond, il n'y a pas un peu devrait

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Re: Comment Dieu vint au monde

Message  So-Back le Sam 4 Nov 2017 - 17:36

la prose , la poésie, les exercices ect

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Re: Comment Dieu vint au monde

Message  HELLION le Sam 4 Nov 2017 - 17:44

Ah non Monsieur ! La poésie pue des pieds !

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Re: Comment Dieu vint au monde

Message  So-Back le Dim 5 Nov 2017 - 9:47

oui mes des pieds de cochon

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