Hot 2

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Hot 2

Message  lemon a le Jeu 29 Sep 2016 - 22:37

Bonjour voici un texte à épisode déjà posté il y a un moment et dont je reposte une version retravaillée. Merci pour les commentaires bons ou mauvais.

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- 09



10 - 1
Lentar Dior
Vendredi minuit, Montpellier

Je suis né avec un super pouvoir. Exactement comme dans les films ou dans les jeux vidéo. On peut s'imaginer facilement : quand je me trouve dans un certain état d'esprit, j'ai la faculté de projeter des flammes. Il me suffit d'ouvrir la bouche et je crache de longs jets de feu. Je dis longs parce que je les projette à une douzaine de mètres devant moi. Et je dits jets de feu parce quand ça sort de ma gorge, ça consume tout sur son passage. Rien à voir avec la flamme d'une gazinière. Quand on se prends mon super pouvoir dans la gueule, la peau fond, les yeux fondent, les lèvres fondent, les poils grillent instantanément et toutes les chairs se carbonisent et se transforment en un tas glaireux noir et fumant. Mon pouvoir en pleine face, c'est une expérimentation concrète de l'apocalypse pour celui qui le reçoit. En quelque sorte, je suis un homme-dragon.

La plupart des gens pensent que les agents du gouvernement m'ont repéré dès la naissance ou quand j'étais chiard pour m'enfermer dans un endroit confidentiel, pour faire leurs observations tranquille, ou alors pour m’envoyer sur des missions spéciales à l'autre bout du monde. Les gens imaginent toujours des tas de complots à tout bout de champ. Ils imaginent que les traînées derrière les avions dans le ciel sont des produits chimiques pour nous rendre barjots, ils imaginent des tas et tas de trucs qui arrangent ceux qui tirent les ficelles, les vrais maîtres du monde qui manipulent aussi les pantins du gouvernement, cette mystérieuse force obscure surveille nos moindre faits et gestes en permanence, déplace les pièces de l'échiquier et bluffent les foules comme un pro du poker. Les gens ont tendance à imaginer des plans parfaitement calculés alors dans mon cas ils verraient bien un genre de confrérie de super héros, une société secrète, quelque chose d'extraordinaire, de high-tech, une organisation top niveau, mais qui m'interdirait de tomber amoureux par exemple, qui m'empêcherait de vivre peinard avec ma dulcinée, sur un bout de terre, au calme.

Un type qui crache du feu on voit ça dans les Marvel. Les mecs traversent un nuage radioactif par accident, développent des facultés hors du commun, enfilent un costume plus ou moins cool, s'en prennent à des super méchants, détruisent des bagnoles par dizaines, coulent des bateaux et rattrapent des avions en plein vols, puis ils concluent avec des meufs vraiment canons qui sont sous le charme puis qui qui réfléchissent et qui les jettent mais ils se rabibochent en un clin d'oeil. A la rigueur ils sont un peu torturés les super héros de Marvel, ils s'isolent sur le toit d'un building, il cafardent sur leur problème existentiel avec les jambes qui se balancent dans le vide, ils ruminent au dessus de la ville, ils ont leur toiles d'araignée dans la tête comme tout à chacun mais ils dominent quand même le commun des mortels. Voilà, c'est du cinéma, c'est la projection d'une bande animée sur un écran et la réalité de ma vie n'a rien à voir avec ça. Elle est loin du cinéma cette réalité, loin comme la Californie du Centrafrique, bien à l'ouest. Les gens ont tendance à supposer le quotidien des autres par médias interposés, ils bouffent les images et les informations qui défilent avec elles à l'emporte-pièce, comme s'il avalaient des chips bourrées de saloperies chimiques et quand ils sont bien gros et bien remplis, que le cerveau-estomac a bien digéré, ils défèquent toute cette merde sur leur façon de penser et savent mieux que quiconque ce que je devrais faire de mes journées. Oui, bien sûr, ma réalité est tout à fait différente de la façon de pensée chiasseuse des gens. Ma vraie vie n'a rien de high tech ou de planifié. Ma vrai vie c'est qu'on ne sait pas quoi faire de moi et qu'on préfère m'oublier dans un coin désert et bien éloigné de tout se qui bouge sur deux pattes. La vraie vie, pour moi, c'est traverser un océan à la nage. Dans la vraie vie je crois qu'on préférerait que je n'existe pas.

Pour dire avec exactitude : dans la vrai vie mon cas n'est recensé nulle part. Je suis différent donc je n'existe pas. Logique de la civilisation. Quand j'arrive a joindre quelqu'un d'humain à l'administration, quatre vingt dix neuf pour cent du temps il botte en touche. L'administration ne refuse pas les allocations et les aides demandées, Allocation d’Education de l’Enfant Handicapé (AEEH), Allocation Personnalisée à l'Autonomie (APA), Allocation Adulte Handicapée (AAH), … , et elle ne les accorde pas non plus. Elle laisse pisser, elle est comme une balle de jokari : on a beau taper dedans dans toutes les directions, elle reviens toujours au même point. Les employés se planquent derrière leur chefs et les chefs se réfugient derrière les règlements. On m’a toujours baladé de partout, de guichet en guichet, de formulaire en formulaire, de pièces complémentaires en pièces complémentaires. On m'a coupé du monde. On me dit parfois que c'est comme ça en France. Je ne sais pas comment ça se passerait ailleurs. Je suis unique en mon genre, je suis exceptionnel, je suis dangereux. A l'école je représentais déjà un risque, comme si j'allais tout péter, brûler les salles de classes, les bureaux en agglomérés et leurs carton de papiers. Alors j'ai suivi des cours par correspondance, sur internet. On me disait qu'à l'avenir il y aurait des solutions, mais les années sont passées les unes après les autres et j'ai fini par comprendre qu'on me racontait toujours la même histoire. Ni pire, ni meilleure, simplement aujourd'hui comme demain je suis une complication pour tout à chacun, ma famille, les voisins, les responsables, les employés et tous ceux qui croisent mon chemin. Quant à la dulcinée, quelle fille accepterait de rouler une pelle à un type comme moi, de fourrer sa langue dans la bouche d'un lance-flamme ? Une sacrée disjonctée, hein ! Une nana complètement vrillée de la tête !

***

Minuit sonné. Mes yeux commencent à papilloter, ils ne se verrouillent plus qu'à grand peine sur la résolution de l'écran. Je pense Quick à cause du Long Bacon et de sa sauce épaisse, grasse, chimique, avec un retour en bouche que je ne sais pas décrire avec des mots mais dont la sensation me plaît. Le Quick du coin ferme à vingt trois heures. Je rate le coche une fois sur deux et ce soir est un mauvais soir. Exit le Quick alors je me transporte sur le Mac Do, celui du rond point du Conseil Général, nord-ouest de Montpellier, ouvert 24h/24 du vendredi au dimanche. Le Mac Donald ou le Quick c'est presque pareil de toutes les façons. Les mêmes cultures, les mêmes élevages et les mêmes batteries nutritionnelles fournissent la même camelote au même goût modifié. Le même marketing, les mêmes méthodes de recrutement, le même management et les mêmes objectifs financiers accouchent des mêmes sandwiches conditionnés dans les mêmes emballages, à consommer à emporter ou sur place dans le même espace de restauration. En fait, les différences entre les enseignes sont imperceptibles. Elles tiennent à un mélange d'additifs, une combinaisons de textures artificielles dans les préparations, une surcharge de lipides ou à un autre détail mathématique indétectable pour les gourmets de la vieille école.

Cette nuit comme plein d'autres nuits j'ai cette envie de cette bouffe en carton-pâte. J'ai été élevé avec comme la plupart des gosses de ma génération, la première sans avenir, mon sang réclame de la lumière blanche, les néons des périphéries urbaines, les lotissements, les centres commerciaux, les salles polyvalentes, cubiques et sans âmes, ces points de fixation, mes racines germées dans une cité dortoir. Pourtant je ne quitterais pas mon antre si Mac Do livrait à domicile. Des clowns sillonneraient les villes sur des cyclomoteurs jaunes et rouges en emportant des Big macs. Je l'ai vu sur internet, ça existe ailleurs mais ça n'existe pas en France. Ici il faut se déplacer et donc je décolle de l'ordi. Je remonte la rue du Cannau jusqu'à la place de la Préfecture pour récupérer ma voiture dans le parking souterrain. Les rues sont désertes, parfois l'air du dehors est doux.

***

Je passe une partie significative de mon temps sur Second Life. Mon nom, Lentar Dior, vient de là. Le vrai -celui inscrit sur le registre de naissance- je préfère l’oublier. Lentar Dior donc, est apparu avec mon avatar principal, un grand type musclé qui se balade torse nu simplement vêtu d’un pantalon noir et d’espadrilles à travers les décors en 3D du programme virtuel. Là au moins, je possède tout ce qu'un homme ordinaire rêve de posséder : des amis, du fric plein les poches, des entrées gratuites partout et une vie sexuelle débridée.

***

Le compte est bon au niveau des sandwiches. Toujours vérifier sur place : il n'y a rien de plus frustrant que de se rendre compte qu'on s'est fait baiser une fois rentré à la maison. Ma commande est bien calée sur le siège du mort parce qu'il faut faire gaffe que le coca ne se renverse pas sur un à-coup de la route. J'appuie sur l'interrupteur jusqu'à ce que la vitre soit entièrement remontée. J'enclenche la première pour quitter le drive-in et la portière s'ouvre côté passager. C'est comme un coup de vent, comme une fléchette tirée d'un tuba. Je reste con et une personne s'engouffre en vitesse.

La fille s'assoit directement sur ma commande, le paquet de burgers et le coca.

« On dégage d'ici », elle dit simplement.

Sa voix me parvient naturellement comme si nous étions en train de jouer une scène qui était écrite depuis toujours dans l’histoire de l'humanité. Je la regarde furtivement et c'est une employée du restaurant, j'ai remarqué l'uniforme. Nous quittons le parking pour rejoindre le rond point du Conseil Général, les feux de ma voiture balaient la chaussée remplie d'emballages. Je sens à plein nez que je suis en train de me téléporter dans un pays mystérieux, je passe une porte comme Alice au pays des merveilles. Dans l'ombre de l'habitacle, la fille se tortille pour retirer le sac écrasé sous ses fesses.

« Je m'appelle Hot et toi ? » demande-t-elle.

« Lentar Dior » je réponds, « je m'appelle Lentar Dior ».
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Re: Hot 2

Message  Polixène le Sam 22 Oct 2016 - 17:35

Après l'avoir lu en désordre, je l'ai relu de bout en bout, et voilà, maintenant: où est la suite?
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