Sur la route de Porquerolles...

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Sur la route de Porquerolles...

Message  Marchevêque le Jeu 25 Aoû 2016 - 9:30

Bonjour à tous...
De retour après une longue absence, je vous propose cette petite histoire sans prétention, à lire, à commenter ...



Sur la route de Porquerolles....





Sylviane arrêta la voiture devant la maison. Rien n’avait changé depuis leur dernière visite. C'était elle qui avait conduit pendant les derniers kilomètres. Henri s'endormait au volant. Les enfants sortirent en silence, fatigués par le voyage. Il avait fait très chaud sur la route et les embouteillages avaient allongé le trajet d'une bonne heure supplémentaire.
    Amandine avait récupéré les clés et après avoir ouvert la porte, elle se dirigea tout droit vers la chambre du premier. Sylviane ne put s'empêcher de sourire. Il y a peu encore, les gosses se chamaillaient bien avant d'arriver afin de savoir qui aurait la fameuse chambre du haut, celle qui donne sur la mer et l'île du Grand Ribaud. Aujourd'hui, son grand garçon s'en fichait. La pièce du fond lui convenait, plus spacieuse.
  Une valise dans chaque main, Henri pénétra à son tour dans la petite maison. Sylviane n'était pas pressée, Tout ce petit monde se débrouillerait très bien sans elle alors elle sorti une cigarette d'un petit étui en argent, l’alluma et aspira goulument la fumée.
— Tu viens ?
Henri venait d'ouvrir les volets du rez-de-chaussée et l'appelait depuis la cuisine. Elle ne lui répondit pas, se contenta de sourire en lui montrant la cigarette. Il repartit à l'intérieur, en grommelant. Puis il sortit de la maison, se dirigea vers la voiture et en ressortit tout son matériel de peinture.
—Tu pourrais aider quand même...
Elle sourit à nouveau et lui tira la langue, gentiment...
Il faisait encore chaud malgré l'heure tardive mais un souffle d'air frais venu du large lui balaya le visage, se jouant d'une mèche rebelle. De la main qui tenait la cigarette, elle repoussa ses cheveux. Un filet de fumée lui piqua les yeux. Et puis cette larme, qu'elle ne sut retenir, glissant le long de sa joue, si douce...Dans l'autre main, elle tenait encore le petit étui d'argent, cadeau de celui qui était en train de bousculer sa vie...
— Je l’ai trouvé à la bibliothèque, par terre sous une étagère….
Elle avait menti…Pourquoi, elle ne le savait pas.
La soirée ne s’éternisa pas, tout le monde voulait aller dormir. En fouillant les placards, Sylviane trouva  un paquet de spaghettis qu’elle cuisina pour Henri et les enfants, morts de faim. Les gosses rejoignirent leur chambre sitôt les pâtes avalées.
—Tu viens te coucher, on débarrassera demain…
Sans attendre la réponse, Henri se leva pour rejoindre la salle de bain. Sylviane n’avait pas sommeil malgré la fatigue du voyage et elle sortit dans le petit jardin, derrière la maison, ses cigarettes à la main. La nuit était maintenant bien avancée et l’ile du Grand Ribaud n’était visible que par la lumière de son phare qui déchirait l’obscurité de ses flashs réguliers. Elle prit place sur le petit banc de bois qui donnait face à la mer et alluma une cigarette.
Sylviane était bien. Elle ne voulait penser à rien, être là, tout simplement. Se fondre dans la nuit, seule face à elle-même, bercée par le bruit des vagues infatigables. Elle ferma les yeux. L’image de l’autre se forma dans son esprit et Sylviane ressentit un long frisson dont la fraîcheur de la nuit n’était pas la seule responsable. L’autre…Pourquoi ce trouble à sa seule pensée ? Elle se leva brusquement,  jeta le mégot de sa cigarette et l’écrasa du talon. Henri ne serait pas content, il détestait trouver ces fins de cigarettes un peu partout autour de la maison. Elle se promit de le retrouver demain matin et le faire disparaître. Tout comme l’autre…qu’il disparaisse lui aussi.
—Ma pauvre Sylviane, le désires-tu vraiment ?
Elle avait prononcé cette phrase tout haut et le son de sa propre voix la surprit. Elle eut peur d’avoir été entendue. Mais non, la maison dormait…elle était seule. Comme trop souvent ces derniers temps…
Un souffle de vent, plus fort et Sylviane laissa le phare à la nuit, les vagues à la mer. Elle réprima un frisson, un vrai de froid granuleux et rentra à l’intérieur. Silencieuse, elle débarrassa la table, elle détestait faire ça le matin, puis partit se coucher à son tour. Henri dormait déjà. Un bref passage à la salle de bain, une petite chemise de nuit, légère, mais son homme la verrait-il ?
Le sommeil fut long à venir. L’autre…dans sa tête se mélangeait son rire au sien, leur dernière rencontre à parler, encore et encore, en accord. Et ses yeux, malicieux et rieurs. De bleus, sa couleur …Henri s’agita dans un rêve qui n’était pas le sien, elle le savait. Doucement, elle posa sa main sur l’épaule de son mari et lui murmura les mots absurdes, mots de nuit, mots d’enfant…
Le matin l’a trouva seule dans la petite chambre grillagée de soleil fureteur. Une odeur de café, de pain grillé et les cigales, déjà…
Tout le monde déjeunait dans la petite cuisine et le spectacle de sa famille unie lui fit chaud au cœur. Christophe discutait avec son père et la conversation tournait encore sur le dernier tableau commencé par Henri. Le jeune garçon adorait la peinture de son père mais ne dédaignait pas lui donner ses conseils qu’il pensait judicieux. Amandine avait fait le vide sur la table devant elle et pianotait sur le clavier de son nouvel ordinateur.
—Bonjour tout le monde….
Les garçons, absorbés par leur discussion, ne prirent pas la peine de lui répondre et c’est à peine si elle entendit le ‘’Jour M’man…’’ de sa fille, le nez collé sur l’écran. Bah, qu’importe…Dehors le soleil brillait, et la mer continuait son travail, inlassable. Sylviane se servit une tasse de café brûlant et, son étui d’argent à la main, elle sortit dans le jardin.
Elle alluma sa première cigarette après le café ...sublime moment d'intimité avec elle-même. Elle était (presque) en communion avec le monde ...elle pensait et cette totale liberté de pensée la rendait (presque) invulnérable...personne ne l'écoutait, personne ne l'entendait et cette solitude-là était luxueuse. Elle était à la fois fragile et intouchable, elle avait juste envie que le soleil lui renvoie le rire de l'autre ...ce que fit le soleil ce matin-là .....
La journée venait de commencer, mais le savait-elle vraiment ?
Non, elle n'avait aucune conscience du début de cette journée.... elle voulait se laisser aller à ce qu'elle nommait :"sa tête à l'envers", celle qui ne voit pas les murs et les fenêtres fermées ...elle voulait juste savourer dans les volutes de sa fumée, ce paysage incroyablement beau …Et qu'importait alors qu'Amandine cherche son monoï et sa vanille ou son patchouli pour enrober de senteurs son corps de princesse esseulée. Et qu'importait que Christophe soit à la recherche de sa boîte de pinceaux numéro 12 pour éterniser sur son carnet de croquis les premières cigales du matin. Et qu'importait encore qu'Henri soit à la recherche du fameux piment d’Espelette qu'il adorait et qui allait manquer pour les préparations culinaires de midi !!!!
Elle n'entendait rien, n'écoutait rien ...susurrait en dehors d'elle un vague : " j'arrive, oui, je sais où est le Monoï, et oui, on a oublié les pinceaux et le piment d’Espelette est sur la table, bêtement sur la vieille table en bois ! "....
Dans sa tête à l'envers, des mots de rien dansaient ....le souffle léger du vent qui se levait allait les emporter jusqu'à l'autre ...c'était sûr, ça, elle le savait !
Ce qu'elle lui disait, mon Dieu, ce n'était que des mots faciles et légers. Les aimerait-il ? Elle en avait envie alors, elle les lui glissa comme ça en soufflant sur le bout de ses doigts ..... " Un jour, un jour comme ça, un jour pas fidèle, couleur de mer, un jour où les cigales chanteront plus fort, elle posera son âme sur les lignes à peine visibles d'un conte qu'il aura écrit...
Pour bien des éternités ...
Elle aurait voulu lui écrire encore longtemps dans sa tête mais les éternités ont leurs limites et sa pause prit fin. En fait, la journée venait de commencer ....et Sting chantait dans la maison. Une maison sans fleurs, sans musique et sans livres, ça ne peut exister ! Elle sourit à cette pensée-là qui pour elle était devenue depuis bien longtemps une évidence ! Elle serra son étui en argent et alla chercher le monoï pour sa princesse ...
—C'est cher, un prince charmant ? lui demanda cette dernière avec un sérieux déraisonnable
—Trouve d'abord une grenouille ! lui répondit-elle. Et elles éclatèrent de rires à leurs éternelles bêtises de filles !
Oui, la journée avait vraiment commencé ...
Les cigales s'en donnaient à cœur joie, et Christophe, malgré l'absence de pinceaux numéro 12, en avait croqué plus d'une d'un trait de crayon quasi magique comme il savait si bien le faire. Amandine sentait délicieusement bon l'été, recouverte de ses parfums de vacances. Elle continuait de tapoter sur son ordinateur mais le réseau était, disons-le, nul et ça la faisait râler. Henri venait de faire mariner des poivrons et inondait quelques avocats trop mûrs du fameux piment d’Espelette retrouvé ; il allait et venait, ronchonnant presque gentiment après Christophe qui n'avait pas encore fermé le robinet d'eau froide de la salle de bains. Puis, il sortit son matériel de peinture, les couleurs du matin ne demandaient qu'à être volées sur une toile blanche. Elle savait alors qu'il s'enfermerait dans cet univers à lui depuis toujours...Le chat qu'on avait presque oublié tellement il dormait, vint réclamer sa nourriture. Elle la lui donna non sans avoir caressé ce vieux compagnon de tous les moments....lui, il savait tout...c'était un chat-porte-secrets en plus d'être la tendresse éternelle.
— Quelqu'un vient avec moi à la petite calanque, je vais faire des photos ?
Un silence familial quasi complice traîna dans le jardin.
—T’as pas mieux, maman, on pourrait faire un tour au port et....
—…et acheter des chaussures, suggéra, moqueur son petit grand frère, (Amandine adorait les chaussures et en avait des paires pour des décennies...Cendrillon avait bien changé !)Amandine bouda joliment.
— On ira demain mon cœur, promis, on fera un tour, mais aujourd’hui, ça me dit rien, la journée est trop belle ...
— Pas grave, maman, je suis connectée, c'est bon, je vais aller voir le prix des Princes Charmants ....
Elle lui sourit et se tourna vers Henri:
— Papa, tu vas avec maman ?
Henri frotta sa barbe et secoua la tête :
— Plus tard, dit-il, plus tard ...
— Ça ne fait rien, vous serez tous jaloux de mes photos et vous regretterez ce moment-là, leur lança-t-elle en riant.
—Regarde où tu mets les pieds, maman, ne tombe pas ! Intervint Christophe, toujours prévenant avec sa mère
Le chat la suivit des yeux un moment et puis retourna dormir, cette chaleur l'accablait.
Elle glissa le long de l'ombre des arbres et prit le petit sentier qu'elle aimait tant. Elle y vola quelques fleurs que la nature lui avait laissées, là, pour elle...c'était un mensonge mais les fleurs étaient si belles ...et elle descendit jusqu'à la petite calanque. Il n'y avait personne, trop tôt et tant mieux ! Elle prit des clichés de tout, de rien, d’une vague, d'un grain de sable, d’une algue inconnue, d’un nuage égaré dans l’azur...
Puis elle s'assit sur un rocher et regarda. C’était divinement beau ! Elle sortit son petit étui en argent et en tira une de ses cigarettes mentholées qu'elle aimait fumer avec lenteur. Elle pensa à l'autre ...elle ne voulait pas, mais ça se faisait tout seul. Elle caressa l'étui et sourit à sa chance de l'avoir rencontré. . Une rencontre rare comme un cadeau, comme s'ils s'étaient toujours connus ou étaient faits, à un moment donné, pour se rencontrer.
Où était-il, que faisait-il, qu'écrivait-il ? Elle aimait tellement ses mots. C’était une fusion d'âme à âme quand ils échangeaient leurs textes, quelque chose d'incroyablement délicieux qui coulait dans le corps jusqu'à donner les larmes aux yeux, un émoi impensable à ressentir et à expliquer. Elle essaya de l'imaginer sur ses sommets, c'était loin, c'était haut ...tout comme le soleil qui lui disait qu'il fallait rentrer. Elle glissa ses pensées et le petit étui en argent dans sa robe bleue puis marcha pieds nus jusqu'à la maison ....
Au loin, on entendait un clocher de village sonner. Les eucalyptus sentaient divinement bons et elle se rendit compte qu'elle avait oublié ses chaussures sur la plage ! Cela la fit rire...
Rien n'était grave, surtout pas ça. Elle sut une fois de plus que certains moments de la vie étaient tout simplement magnifiques, parce qu'ils étaient drôles, rares, simples, ou émouvants.
Et elle pensa à lui ....
.... elle pensa à lui ....comme à une survie, oui, c'était ça, une survie dans son espace dentelé et c'était tellement évident qu'elle lui envoya un sourire, un sourire léger comme un baiser-lavande, si léger que ce serait à peine tactile, un bruit d'aile ...et plus rien...juste une sensation de bonheur tendre et jolie.
— Maman, où sont tes chaussures ?
— Oh, je les ai oubliées sur la calanque !
— Mais c'étaient tes préférées !
— Pas grave, hein ?!
— Mais si Maman, c'étaient tes espadrilles à fleurs, ton cadeau de la fête des Mères !
— Oh ! Zut ...désolée mes z'amours, je file les chercher ....
— Ben non, pas la peine de repartir !
L'étendue de la déception se voyait dans les yeux de Christophe et d'Amandine, ils l'avaient tellement cherchée cette paire d'espadrilles pas comme les autres ...et elle, elle était trop bête parfois ...elle repartit très vite jusqu'à la calanque.
Henri cria
— Viens voir !
...mais elle était déjà loin. Elle récupéra ses espadrilles fleuries, clin d'œil de ses deux enfants qu'elle couvrirait de câlins pour se faire un peu pardonner. Elle remonta lentement le chemin et découvrit entre deux pins un jardin qu'elle n'avait encore jamais vu....
Des hibiscus et des bougainvilliers débordaient de chaque mur. C'était beau, si beau qu'aucune photo n'aurait pu rendre cela éternel. Elle avait presque envie de pleurer et elle sut que sa journée serait heureuse .Voir ça, comme ça, c’était juste incroyable. C’était attraper un rien de tout avec les yeux et le cœur ...un délice !
Forte de ce tableau en elle, elle repartit vers les siens :
— Ah, tu les as ? dit Christophe
— Oui, je suis navrée, stupide, idiote ...quelle drôle de mère je fais là, hein ?!
— Mais tu les as ! cria Amandine, le reste on s'en fout !
Terrible Amandine qui synthétisait tout et avait parfois raison de le faire.
— Alors, tu viens ?, demanda Henri
— J'arrive ...
Et là, il lui montra sa nouvelle toile, éclatée de soleil et de lignes irréelles qu'il se plaisait à fondre dans ses couleurs.  C'était lumineux, débordant de chaleur comme si l'été avait été capturé là, insaisissable et pourtant présent.
— Tu aimes ?
— Oui, lui dit-elle, oui, j'aime ...on te reconnaît partout ...
— Et tes photos ?
Elle les lui montra, il apprécia et sourit. Il aimait ce qu'elle faisait mais souvent ne savait pas le lui dire. Un silence pudique et maladroit investissait alors ces petits moments-là et empêchait les mots de grandir ....
—On prend un verre ? C'est l'heure, non ?
Il était midi passé et les cigales chantaient encore plus fort. Elle prépara l'apéritif et apporta à son petit monde le plateau incontournable de chaque vacancier....c'était, il faut le dire, d'une banalité délicieuse et elle goûtait de ce moment à quatre, avec ses belles espadrilles au pied !
Inévitablement, elle sentit le petit étui en argent dans la poche de sa robe bleue. Elle en sortit une cigarette et se dit que l'étui, elle ne l'aurait sûrement pas oublié sur la plage.
Le hasard était là, elle y croyait ....et elle sourit au fond d'elle-même.
— A quoi tu penses ? demanda Henri
— A rien....à rien ...je ne pense à rien ....
Mais elle mentait encore une fois !
Mentir...c'était tisser une histoire, la calfeutrer dans une autre....pour enrober les réalités, les déformer ou tout protéger....oui, protéger, le verbe allait bien. Sans savoir pourquoi, elle demanda :
— Est-ce que je suis une extra-terrestre ?
— Quelle question, répondit Christophe, bien sûr t'en es une ! Quand tu écris, t'es sur ta planète ...
— C'est toi qui dis ça, rétorqua Amandine en riant, toi qui t'éloignes de nous à la vitesse du vent quand tu dessines, quand tu as tes écouteurs sur la tête, quand tu cherches des bestioles sur le moindre bout de feuille ou derrière le plus petit rocher et papa, c'est idem, quand il nous écoute sans nous écouter, ou quand il a des pinceaux dans la main. Je vous le dis, ma chère famille, on est des Martiens !
Henri sourit, la princesse aux mille chaussures illumina la table de son éclat de rire.
— Les Martiens mentent-ils ? demanda alors Sylviane…
—Evidemment ! affirma Amandine, tout le monde ment ...ça nous arrange grave !
Sylviane sourit, ce petit bout de femme avait raison. La vie ne pouvait être que réalité. Elle avait besoin de maquillage pour que le quotidien devienne un éclat, une couleur, un soupir délicat, un regard à tenir ...
Il fallait quelquefois que ce soit mieux !
— On redescend sur terre, dit Henri
Alors, ils trinquèrent à la vie qui passait là, en ce moment présent et qui était bien jolie puisqu'ils vivaient !
— J'ai faim, dit Christophe.
Le repas fut drôle, agité, Henri écorcha quelques mots - ça lui arrivait- il rendit le dialogue familial surréaliste ce qui les fit rire davantage et confirma l'opinion d’Amandine :
— On est bien des Martiens !
— Et quel est le Martien qui va faire la vaisselle ?
Silence absolu. Silence gênant. Corvée terrestre peu gratifiante mais nécessaire ....ici, il n'y avait pas tout le confort auquel chacun était habitué mais c'était bien suffisant. Henri fit la vaisselle et tout fut rangé rapidement. Chacun vaqua alors à ses occupations. Amandine retrouva son ordinateur avant de glisser dans ses lectures. Christophe mit ses écouteurs et oublia la terre; sur ses feuilles se dessinaient déjà de drôles de créatures, mi-hommes, mi-bêtes, tout droit sorties d'un univers de comics. Henri prit un livre et elle, elle prit son étui en argent, alluma sa cigarette, et regarda la mer ....
Elle sut alors que oui, elle mentait ....L'autre...celui qui habillait si bien ses mots était sur sa planète à elle, son bout de terre-lune que personne ne voyait vraiment et cela lui plût. Elle s'entendait lui dire :
— Et si on écrivait notre histoire ?....
Il lui répondrait peut-être :
— "Fouchtra", tu crois qu'on fait quoi depuis quelque temps ?
— Tu dis quelque chose, maman ? demanda Amandine
— Non, rien !
— Là maman, tu mens !
—Grave ! répondit Sylviane….

— Je dois rentrer à Lyon...
Le silence qui suivit fit peur à Sylviane.
— Pourquoi, on est en vacances...?
Amandine ne comprenait pas.
— Que se passe-t-il, c'est le boulot ?
Henri cherchait son épouse du regard et elle lui répondit, droit dans les yeux.
—C'est Michelle, notre nouvelle directrice, elle veut nous réunir pour mettre au point le nouveau règlement. Je lui ai dit que j'étais en vacances mais elle m'a fait comprendre que c'était important.
Mentir était facile, elle s'étonna elle-même de son aisance.
— Maman, ne te laisse pas faire...
Christophe le rebelle...
— Ce ne sera pas long, je dois avoir un train vers huit heures demain matin et je serai rentrée pour le dîner...si tout se passe bien.
Mentir, encore. Elle n'en ressentait aucune gêne, aucun remord, peut-être même un malin plaisir.
— Bon, et bien...va.
Henri venait de trancher. Il validait son départ par ce petit ''va''.
— Écoutez, vous n'aurez qu'à aller à Hyères demain comme prévu. De toute façon, je ne serais pas venue avec vous.
Faire un tour aux puces de Hyères était un incontournable mais Sylviane ne voulait plus y retourner. "C'est toujours la même chose et je n'y trouve jamais rien d’intéressant."
L'argument avait fait mouche et l'on ne parla plus de ce départ anticipé.
Mentir...


L'autre relut plusieurs fois le message qui venait de tomber dans sa boite mail.
''Demain 12h30, place du café bruyant..."
L'autre était heureux, il allait enfin la revoir...
Leur dernière rencontre datait d'au moins trois semaines mais il lui semblait que cela faisait une éternité. Elle était en vacances..., cette pensée l'effleura un instant mais il ne chercha pas à comprendre ce retour anticipé. Il allait la revoir et cela seul comptait.
"Place du café bruyant"
Il sourit à l'évocation du lieu de rendez-vous. Deux heures qui n'avaient duré que 5 minutes tant ils étaient connectés. Il se remémora son sourire et la bonté de son regard, sa façon de raconter sa vie, ses joies et ses espoirs...
L'autre était heureux, il allait la revoir…


Alors, comme tout avait été dit en quelques mots, elle alla préparer ses affaires, sa petite robe bleue, légère, un peu la même qu’elle avait porté à ce concert de Bob Dylan. Rencontre magique qui l’avait transportée, ébouriffée, projetée dans un ailleurs tellement irréel. Elle voulait ressentir cela encore une fois et cette robe azur l’y aiderait sûrement. De plus, elle était vraiment sexy, un rien provocante et c’est ce qu’elle voulait, provoquer l’autre, allumer des incendies dans le bleu de ses yeux, lui plaire, tout simplement.

La nuit avala les pensées de chacun et c'était mieux comme ça. Le lendemain, elle s’en alla prendre le train à Toulon sans rien dire de plus ou de moins.
Mentir, oui, mentir, Sylviane  en avait pleinement conscience mais n'avait aucune envie de se raisonner. Elle prenait le train pour Lyon alors que ce coin du Sud était son paradis, son exil du bout du monde qui lui faisait tout atténuer de son quotidien.
12h30 place du café bruyant...
Une heure, un nom, et des instants qu'elle avait envie de revivre ....c'était bon, juste délicatement bon, merveilleusement bon, et, tout à coup,  le mensonge avait l'air d'être un argument décisif pour valoriser les clins d'œil du destin.
Une fois installée dans le train, bien à sa place, elle mit ses écouteurs et prit le livre de l'Autre, celui qu'il lui avait donné sur la place sans silence, la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. Sans savoir, sans sentir mais en sachant et en sentant ...un instinct peut-être...elle l'avait lu et relu....et elle tourna les pages à nouveau....instants lumineux où les mots de l'Autre étaient une évidence.
Elle relisait ses textes et voyageait avec ses ‘’Emma’’, ses personnages féminins, graves, sensuelles, vivantes sur un instant futile ou sur une profonde éternité...les mots qu'il avait donnés ici vibraient. Ils étaient de chair et de cœur...presque de sang parfois. Et cela la touchait au plus fort d'elle-même...cela décrochait ses incertitudes,  la rendait audacieuse et fébrile, heureuse ...
12h30.place du café bruyant ....
Le train n'allait pas assez vite pour elle !  Elle toucha le petit étui en argent et sourit.
Il était 12h et le temps arrivait jusqu'à lui...


Il reste encore une dizaine de minutes avant l’arrivée à Lyon mais Sylviane quitte sa place pour se diriger vers la sortie. Elle regarde le paysage défiler à travers la porte vitrée, pense à l’autre et aux heures qui vont suivre. Qu’il est long ce train, direction bonheur…Durant le trajet, elle a vécu la rencontre, mille fois : il serait là, assis à la terrasse du café sur la place sans silence. Il lui tournerait le dos mais elle sait qu’il y aurait un cappuccino sur la table. Sans sucre. Et peut-être cette histoire qu’il lui avait promise. Celle de Molly Flanaghan de Leenane et du Connemara sauvage. Elle arriverait en silence et lui poserait les mains sur les yeux, masquant son regard. Peut-être qu’elle osera alors ce murmure si près de son visage : « Je sais que tu sais… » …et ce baiser, léger, tendre mais si plein de retenue. L’autre lui prendrait la main, dégageant ses paupières et la garderait dans la sienne.
– Sylviane, mais…
Elle posera son index sur ses lèvres, lui intimant le silence. L’autre aurait cette mimique, mi étonnée, mi amusée. Il ne comprendrait pas, ou ferait semblant. Alors, toujours sans rien dire, elle l’entraînerait là où c’est bien, là où c’est fou. Là où les corps s’emmêlent et se séparent, et reviennent, encore, à l’unisson. Là où les mains découvrent, se cherchent et se trouvent, se donnent sans relâche.
Le train s’arrête enfin. Les portes s’ouvrent et le quai bondé l’accueille. La sortie, où est la sortie ? Pourquoi tout ce monde ? Elle court, bouscule, s’excuse et rit. Le métro ? Non, elle aura plus vite fait à pieds, c’est à deux pas. Le coin de la rue, la place sans silence, inondée de soleil, le café, la terrasse…
L’autre est déjà là, il est toujours à l’heure…
Il est de dos, assis à la même table que la dernière fois…
Elle court…
Hésite…
S’arrête…
Que se passe-t-il Sylviane ?
Pourquoi ton cœur cogne si fort à l’intérieur, comme s’il voulait quitter cette cage devenue soudain trop petite ?
Elle reste là, figée sur  place, à quelques mètres à peine de celui qu’elle aimerait tant aimer…


– Alors, cette réunion ?
– Ah…c’est vous, je ne vous avais pas entendu…
Assise sur le petit banc derrière la maison, une cigarette à la main, Sylviane voit débarquer Henri et les gosses, les bras chargés de paquets.
– Regarde ce qu’on a trouvé.
C’est Noël au mois d’août. Christophe déballe des tas de trucs bizarres et jolis, vieux et inutiles tandis qu’Amandine exhibe fièrement une robe en dentelle qui doit dater de Napoléon…
– Tu es rentrée quand ? Ça s’est bien passé ?
Henri porte un vieux chevalet boiteux auquel il manque un pied, tente de le poser contre le mur, y renonce quand celui-ci  manque de tomber par terre.
– Qu’est-ce que c’est que cette horreur ?
– Tu sais, je peux le réparer, il suffit de trouver …mais, tu pleures ?
– Oh, ce n’est rien, un peu de fumée dans les yeux. Ou peut-être un peu de poussière, soulevée par le vent…
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?

Message  Marchevêque le Mar 30 Aoû 2016 - 8:30

Bonjour à tous...
20 lectures, pas une seule remarque....
Lâchez vous, je suis prêt à tout entendre...même un "C'est d'la m....e" façon J-P Coffe!!!

Bonne lecture..
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Trouver l'os

Message  obi le Ven 23 Sep 2016 - 16:05

C'est pas de la m....e. Alors voilà: je crois que la situation est juste, les sentiments sont justes mais la forme est bavarde, convenue, le discours enrobé. J'ai eu l'impression de lire un roman photo façon Nous Deux. C'est dommage. Pour moi, il faudrait couper, éplucher, trouver l'os. Parce qu'il y est!

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Re: Sur la route de Porquerolles...

Message  lemon a le Jeu 29 Sep 2016 - 23:20

Pas lu jusqu'au bout. J'ai lâcher au premier tiers je pense. Il faut quelque-chose pour tenir en haleine le lecteur, que ce soit dans le style ou dans l'histoire.
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Re: Sur la route de Porquerolles...

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