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Message  Art. Ri le Sam 9 Avr 2016 - 16:05

Fable II

(partie 1)


il s'oublia, n'écrivait que des bêtises, séduisait, se lassait. il vivait à ses heures perdues en poète imbécile, à quelques alexandrins près (il portait la chemise rêveuse), il avait l'allure bon gendre, se laissait inviter chez unetelle, partait comme un voleur chez autretelle, doux-amer, jamais avare en coup de chapeau. à ce qu'on disait quand même à sa décharge, c'était un type assez doué dans l'amitié. assez doué pour le rire. cynique et candide à souhait, le paradoxe! un chatouilleur né, un gentil flingueur, un professionnel du coup de coude, un complice. à se demander s'il savait bander.

il reçut un soir d'automne une lettre virtuelle. une certaine S. ce n'était pas son vrai nom.

S, cela ne voulait rien dire. qu'un ptit bout de voix. deux syllabes riantes et douces, un babil d'enfant. il était sensible à ces puérilités. un mot fût-il insignifiant était toujours promesse de conte, un pierre fabuleuse qui en appelait d'autres. il pouvait s'y terrer arc-en-ciel, continents lointains, samouraïs et que sais-je, cela formait une arche immense, une cathédrale dansante, à l'assaut des vagues et du vide, pleine de prières, pleine de mythes, l'enfance entière de l'humanité, l'amour! c'était ce que le bougre pensait dans ses élans ultra-lyriques, des sonorités secrètes, de l'humilité de S. il ne l'ouvrit pas tout de suite, cette lettre. le sens du mystère, ça, on pouvait dire qu'il l'avait. son cœur, un vrai tiroir à intrigues! il considéra l'enveloppe irréelle un moment, eut un sourire malgré lui, quelque chose comme un frémissement de lèvres, il ferma la page, l'oubliant une journée dans un coin d'ombre de l'ordi. le sourire, c'était quelque chose qu'il cultivait, en la matière c'était un artiste. il s'ouvrait et effaçait son visage. mais celui-là, que provoquait la pensée de la lettre, était douloureux presque, il partait du buste, de ses entrailles même. dangereux. il aurait pu virer aux larmes.

ce n'était qu'un mot, un vocable insignifiant, un ptit bout de voix...

il lut plus tard. cette lettre n'avait rien de brusque, elle ne lui parut pas étrange non plus. il fut surpris par cet appel parle moi parle moi parle moi, ce souffle dis-moi ce qui te passe par la tête, je suis curieuse de toi, se demanda ce qu'il avait pu commettre comme acte d'héroïsme pour mériter cette fanfare murmurée tes petits mots sont toujours pour moi comme un rayon dans l'automne, cette curiosité qui derrière ce tricot de phrases le happait vers un corps, quelque chose de tiède, quelque chose de violemment bleu et accueillant. nuit si légère, si simple, si bête, nuit de flanelle. mais lui jusque là, il avait fait que jeter sur la toile des choses pesantes, des choses grises, emmerdantes comme du béton armé. il le savait, des êtres plus laids, plus creux, plus veules que lui s'échinaient à le lui balancer à la gueule. il ne se méfia pas assez de ce qu'il venait de lire, cette poignante attention. on se méfie jamais assez de l'affection des autres, des inconnus. même que certains, ils baissent la garde longtemps, abolissent tout: la raison, le monde, la dignité. et ils piétinent la bienséance, et ils bouffent leur songe de plénitude; ils prennent leur temps. ils en crèvent, la plaque d'égout n'est jamais loin qui leur fend le crâne. eh merde! qu'ils se disent les yeux rougis. le ciel leur est tombé sur le pif. hélas et tant mieux qu'on dit ailleurs, plus tard. la réalité, la pure, l'indifférente leur revient comme une marée et les voilà pessimistes, sempiternelle fatigue sans sommeil.

mais elle était "là" à ce qu'elle écrivait, moi je suis là et je t'écoute, timide, courageuse, puérile, séduisante. un geste gratuit. né de presque rien. un poème. il en aurait grimpé sur sa chaise, déchiré les rideaux, couru sur les toits, imité les anges, elle l'écoutait, et lui, du haut de sa vanité, du Très-Haut de son assurance, de sa grandiloquente légèreté, de ses riants badinages à venir, du haut de tout cela comme sur l'Olympe du ridicule, il allait se perdre, le bienheureux. il se perdait déjà: il savait si bien jouir par l'oreille, si bien jouer des doigts. il lui répondit évidemment et fort bien, fort innocemment: il savait y faire. cette S, il en avait apprivoisé la rencontre, il l'avait anticipé, il en avait aimé l'idée, le rêve, l'enfance. c'était un diseur. cela faisait longtemps, peut-être une vie, une vie du moins à l'heure où il y songeait. elle arrivait subitement, il était prêt. oh ce fut foudroyant, ses bêtises prirent un tour divin, sa lassitude trouva une raison, il ne se sentit plus tout à fait laid, plus si infirme, plus tant médiocre. il n'avait lu qu'une lettre ou deux...

ce n'était pourtant qu'une chevelure curieuse, une pauvre chansonnette, une caresse...
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Re: S

Message  Armor le Lun 11 Avr 2016 - 14:17

Chemise rêveuse et chevelure curieuse.
La suite bientôt j'espère.
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Re: S

Message  Art. Ri le Lun 11 Avr 2016 - 18:39

merci Armor, voilà un bout de suite

*


S, elle se savait pas vraiment jolie, elle était jeune, elle se savait pas vraiment tout court. elle avait un corps, ça c'était sûr. elle existait, toute engourdie par... vous sauriez pas quoi dire. les sursauts passionnés, les réserves brutales, la pudeur, l'âme ouverte à toutes les choses qui avaient de l'épaisseur, une peau, une dureté, de la chaleur. ça arrivait. et quelques fois, elle sentait une terreur confuse jusqu'à la mort frissonner dans tout son corps. pas seulement ses membres, c'était en deçà, ça touchait loin. un vertige. l'appel de la fenêtre. la réalité la saisissait et l'anéantissait. alors elle imaginait son corps fondre dans les eaux salées, se dissoudre là-bas, loin de la ville. elle respirait mal, elle pleurait. si elle avait vu plus loin, plus profond, plus noir dans la noyade, peut-être que Dieu elle serait tombée dessus.

des souvenirs elle avait pas la science. pas nostalgique pour un sou. elle oubliait sans oublier. il valait peut-être mieux... sa vie elle pouvait pas dire que c'était pas un rêve. rien de sûr. ça, les événements lui glissaient dedans, miettes éparses de quelque chose. c'était des bribes de durée, des bouts du monde. ça stagnait et ça se désagrégeait. une violence disproportionnée qui enflait à tout moment. ça la ravissait parfois. plus souvent ça lui faisait mal. un mal fou. ils étaient tous un peu absurdes, ces moments. le jour rappelait la nuit, la nuit le vide des choses, l'absence de mouvement. ça lui fichait le bourdon. toute cette brutalité l'alourdissait. et les gens si bêtes... alors elle dormait, elle grignotait des trucs, elle allait, elle lisait, elle observait.


elle n'avait jamais tellement aimé. peut-être un béguin assez flou pour ce long-sur-pattes, tout pompeux, avec ses boucles presque si grandiloquentes que lui, qui faisait de grands discours pour des queues de cerises. un qui se plaisait aux comédies de tréteaux. son sérieux, elle l'aurait giflé. tout ça prêtait bien à rire. mais c'était ça aimer? car enfin, même lui, il roucoulait pour une autre, une Mathilde, une Fanette, une Marquise – qui ne l'aimait plus, le pauvre luron... et ça depuis bien avant leur rencontre. pour cette autre, il avait gros sur le coeur, ce qu'il avait c'était de la passion, de la pure. émouvant ce qu'il avait à donner. blessé comme un caniche à l'abandon. mais cette autre, elle s'était mise à l'ignorer gentiment.

ça l'avait touché, S. elle se disait qu'elle servait de compresse au malheur. elle berçait un supplicié. elle observait tout cela, pas chagrine non. ça lui allait. elle s'accommodait. elle finit par se dire que c'était pas le garçon qu'elle aimait mais l'amour qu'il avait pour l'autre fille, la jolie dame au nom de sainte, qui sentait d'ici le muguet. une fille un peu intimidante. elle s'en fit une fable. elle l'idéalisa, on ignorait pourquoi. le garçon l'avait flairé. il craignait pour sa peau. il pouvait rien y faire. la compresse se décollait. elle tomberait bien dans l'amour pour l'autre, la sotte. mais lui, le sot, il a jamais vu qu'elle était si jolie, S. il l'a jamais vu. trop occupé à galoper ailleurs. trop occupé à rien. il la trouvait peut-être un peu gourde, un peu insignifiante. il savait pas...

parfois, S approchait cette toute-jolie, celle qu'aimait pompeusement le pompeux. elle se mit à l'aimer un peu aussi. pas d'un style si sublime, si cavalier-servant comme l'autre avait le chic, mais c'était mieux comme ça. quand même, on savait pas, y avait dans cette fragilité qu'on lui prêtait souvent à S quelque chose d'immense, un monstre d'ardeur, une vigueur qui trouvait pas à se fixer. c'était sourd. ça se réveillerait peut-être pas. on peut bien mourir enfant.
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Re: S

Message  Polixène le Jeu 21 Avr 2016 - 19:41

Une nouvelle approche, intéressante, plus épurée, plus concrète.
Les personnages ont plus de chair avec cette prose oralisée. Mais on s'attache à ce pompeux et à cette sybilline, qu'adviendra-t-il de leurs peurs?
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Re: S

Message  Armor le Ven 6 Mai 2016 - 10:51

J'aime beaucoup, vraiment.
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Re: S

Message  Art. Ri le Ven 6 Mai 2016 - 17:59

à l'inverse du lourdaud, la Mathilda, la toute-jolie, elle la trouvait très sensée S. elle avait du nez pour ça... c'était même plus que du bon sens qu'elle lui trouvait à S. celle-ci, à peine elle avait soufflé un coucou gêné que la Mathilda, elle lui avait senti une âme forte comme ça, un cœur large, si large! un ciel d'été indien, un feu d'automne. c'était de la beauté. orageuse. très intériorisée. d'une discrétion à faire frémir. mais elle la leurrait pas. elle avait le nez la Mathilda...

elles sympathisèrent, comme on dit. la toute-mignonne lui présenta un coin qu'elle fréquentait, où d'ailleurs elle avait connu le tout-balourd à boucles, celui qu'elle n'aimait plus, qu'elle faisait crever sans vouloir. c'était un salon littéraire new generation, lieu public dématérialisé. ils appellent ça forum. chacun y donne de soi, de son vacarme, de sa tiédeur. ça cherche le bon mot, ça se démarque. ne fais pas trop attention, n'aie pas peur. ça ira. oh ça sans doute qu'ils manquent de génie: ils travaillent, ils se bidonnent, ils lisent peu, ils progressent. on peut bien s'y complaire, oui. c'est innocent. et puis qui suis-je pour dire tout ça, moi aussi je m'y complais dans une certaine mesure. il faut tolérer. on me tolère bien. faire abstraction de tout ça. passer la plupart, saluer si nécessaire. un smiley fleur, c'est pas dur à glisser. le virtuel, ça fait moins de bruit. c'est moins frontal. on est pas forcé de soutenir le regard. viens! ça te plaira. viens pour les quelques jolis gens qui valent le coup. c'est ce qu'elle disait à S, la Mathilda. mais après tout, qu'elle ajouta, elle verrait bien par elle-même.

la Mathilda était si enthousiaste! alors S, elle acquiesca. elle eut pas le coeur à lui dire qu'elle le savait tout ça, qu'elle y était déjà. pas le coeur de causer de son très-valeureux paon, parce que c'était lui qui en avait parlé. c'est même souvent qu'il jasait. fallait l'entendre: qui disait Fanette ou Marquise, disait forum d'écriture. c'était là qu'il s'en était épris, et blablabla. puis il y avait ces affreux jojos, qui le méprisaient. ils étaient insupportables, dont un, un jojo particulièrement exécrable. mais y'était si doué le dragon qu'il lui avait ravi la Mathilda. pour sûr! c'était ça. fallait bien qu'il soit si doué. et elle, ELLE! si méprisable à présent qui l'avait laissé comme ça, un haillon. elle l'avait donc pas aimé lui, elle avait fait que le tolérer. et maintenant... elle fricote avec cet imposteur, cette ordure. elle s'amourache, elle se pâme, elle oublie... et blablabla. et ça lui reprenait, les grands discours. il l'aimait, le pauvre luron, ça crevait les yeux. alors, S, plutôt que s'en scandaliser, elle observait ses grosses boucles s'agiter. elle les entendait presque tinter, ses cloches. toute façon, il finissait toujours par se taire, par se fatiguer. alors, elle lui piquait son compte, son mot de passe, elle s'y connectait. elle observait. c'est dire! tout ce dont Mathilda lui parlait, elle le savait à peu près. mais elle eut pas le cœur à trahir cet enthousiasme débordant. elle prit l'invitation avec une joie toute chétive, qui inspira cent miracles à l'autre mignonne.
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Message  hi wen le Jeu 28 Juil 2016 - 18:42

il y a quelquechose d'interlové, de délectation componctueuse qui m'éloigne de ce texte, désolé.

hi wen

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Message  Art. Ri le Ven 29 Juil 2016 - 14:26

ce reproche, en l'état, m'est inintelligible.
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Re: S

Message  Art. Ri le Ven 29 Juil 2016 - 14:26

je l'entends mais il ne fait pas sens.
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Message  hi wen le Sam 30 Juil 2016 - 7:16

d'accord

hi wen

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