Exercice en direct - 20 février 2016

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Exercice en direct le 20 février 2016

Message  Polixène le Jeu 18 Fév 2016 - 22:10

Oyez!
Je propose d'animer un exercice en direct samedi 20 février, à partir de 20h30.
J'ouvre un message ici étant donné que tout le monde ne vient pas forcément dans le fil billevesées (où j'avais lancé l'idée).
Venez avec des amis!
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  obi le Ven 19 Fév 2016 - 8:12

Ayant ouï je dis oui!

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Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 19:32

Voilà !chose promise chose due, je lance la chose, dans le désert pour l'instant.
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  obi le Sam 20 Fév 2016 - 19:34

Le chameau endormi est là

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 19:42

J'avais prévu deux modes pour cet exo, un mode individuel et un mode collectif, et chacun aurait eu le choix. (Non, pas "dans la date, le choix"...)
Je vais donc donner les consignes pour le mode individuel, pour l'instant.

1) donner : une saison, un proverbe, un média, et un environnement.
2) choisir un chiffre de 1 à 9 et une lettre de l'alphabet.
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 19:42

Pourquoi chameau, Obi?
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 19:52

Je donne: automne
" les chameaux ne rient pas entre eux de leur bosse" (proverbe Peul)
la radio
un désert
3 et D (piochés par quelqu'un de ma famille)
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  obi le Sam 20 Fév 2016 - 19:53

A cause du désert où nous sommes . Je ne faisais que reprendre ton image

1 hiver,qui vivra verra,livre, la mer
2 le chiffre 9 W

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  obi le Sam 20 Fév 2016 - 20:26

ça va? Je fais quoi de mon livre à part le jeter dans la mer ?

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 20:28

J'attendais Pussicat, elle n'a pas l'air décidée pour le moment.

Donc, si tu es d'accord , tu prends mes contraintes et je prends les tiennes!

Pour les chiffres, le 3 correspond dans ma liste à mensonge/vérité, pôles entre lesquels un de tes personnages oscillera. (pour moi c'est donc 9: paresse/action

Pour les lettres, le D t'impose "bonne / mauvaise réputation" et ton W m'impose "plaisir/douleur"
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Si tu es ok pour les contraintes, on n'en met pas d'autres, il faut écrire un texte en tenant compte de ces éléments imposés.
Je ne m'y mets pas de suite, au cas où quelqu'un frapperait à la porte de l'atelier.
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 20:35

Donc, tu écris un texte qui comporte les éléments suivants:
environnement: désert, saison: automne; média: la radio; psychologie: mensonge/vérité; dharma: bonne/mauvaise réputation
tu intègreras le proverbe "les chameaux ne rient pas entre eux de leur bosse"

et moi j'écris un texte avec les éléments suivants:
environnement: la mer; saison: l'hiver ; média: livre; psychologie: paresse/action;dharma: plaisir/douleur
j'intègrerai le proverbe "qui vivra verra"
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 20:38

tu es partant?
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 20:43

"dharma" au sens de phénomène, interaction
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  obi le Sam 20 Fév 2016 - 21:54

Je coince un max sur le désert: pour l'instant c'est vide de chez vide mais je vais le détourner je vais m'arranger. ça fait si longtemps que je n'ai plus fait d'exercice!
tant pis, je m'y colle mais pas le moindre grain d'idée seulement un gros tas de grains de sable.Je regrette d'avoir parlé de chameau!
Merci pour tes consignes Polixène la nuit va peut-être porter conseil?
Abientôt

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 22:03

Ah merci pour ta réponse!
Tu sais "un désert" peut être pris dans n'importe quel sens: une consigne est faite pour être détournée! Et puis sinon pas grave...
Je crois que personne d'autre ne viendra ce soir, je vais voir si quelque chose sort de ma plume... A tout-à-l'heure Obi! Ou à plus tard!
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  teverino le Sam 20 Fév 2016 - 23:30

(trespassers will be...)

Exo de 20 H 30

un texte qui comporte les éléments suivants:
environnement: désert, saison: automne; média: la radio; psychologie: mensonge/vérité; dharma: bonne/mauvaise réputation. Intégrer le proverbe "les chameaux ne rient pas entre eux de leur bosse"



Malgré le soleil, la région sentait déjà le désert.
Des épées à turbans  parcouraient le sable
Rançonnant les paysans les poursuivant jusqu’à la mer
Leur racontant pour des impôts des fables.

Bientôt ils allaient se heurter à des paillards semblables
Venus des fjords et des terres lointaines d’Ecosse
Où l’automne précoce prélude au désert,
Où les moches ripaillent entre eux et leurs gosses.

Ils arrivèrent comme la vérité du mensonge
Débarquant de leur rade idiot et juchés sur des rosses
Rien n’y fit, ni la mauvaise ni la bonne députation.
C’est depuis ce jour funeste
Que les charmeux ne rient plus entre eux de leur boss.
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Sam 20 Fév 2016 - 23:51

Ouh là bien joué Teverino!  superbe surprise de te voir ici faire le troisième larron (les deux premiers sont partis en foire , euh écrire leur histoire!)
J'adore le rade idiot (radio) et te nomme Grand Détourneur de Consigne Devant l Etourneau.
Et ces rimes en "osse" valent leur coup de brosse!
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Exo en direct - 20 Février

Message  teverino le Sam 20 Fév 2016 - 23:54

(trespassers will be...)

Exo de 20 H 30

un texte qui comporte les éléments suivants:
environnement: désert, saison: automne; média: la radio; psychologie: mensonge/vérité; dharma: bonne/mauvaise réputation. Intégrer le proverbe "les chameaux ne rient pas entre eux de leur bosse"



Malgré le soleil, la région sentait déjà le désert.
Des épées à turbans  parcouraient le sable
Rançonnant les paysans les poursuivant jusqu’à la mer
Leur racontant pour des impôts des fables.

Bientôt ils allaient se heurter à des paillards semblables
Venus des fjords et des terres lointaines d’Ecosse
Où l’automne précoce prélude au désert,
Où les moches ripaillent entre eux et leurs gosses.

Ils arrivèrent comme la vérité du mensonge
Débarquant de leur rade idiot et juchés sur des rosses
Rien n’y fit, ni la mauvaise ni la bonne députation.
C’est depuis ce jour funeste
Que les charmeux ne rient plus entre eux de leur boss.
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  So-Back le Dim 21 Fév 2016 - 10:29

la radio nous serine les mêmes publicités
en automne il faut manger des tommes
en hiver la mauvaise réputation s'y met
psychologie de bazar, why not des pommes

ou est la vérité, quand on préfère le mensonge
depuis quand les saisons inventent comment
se nourrir sans allez cueillir des oronges
et pourquoi pas se bâfrer de sédiments

l'homme dans le désert s'en moque, grave
les chameaux ne rient pas entre eux de leur bosse
voilà ce qu'il se dit en rêvant de choux-raves
en attendant demain de prier sur un tapis-brosse

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Dim 21 Fév 2016 - 17:33

So Back , tu nous fais une participation-surprise!
c'est sympathique.
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  So-Back le Mer 24 Fév 2016 - 10:36

et vos textes

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Pussicat le Dim 28 Fév 2016 - 15:12

Polixène a écrit:J'attendais Pussicat, elle n'a pas l'air décidée pour le moment.
Bonjour Polixène, désolée pour le rendez-vous manqué mais... ; "décidée" je l'étais, et si j'en avais eu les moyens, j'aurais bien aimé participer à ton exo histoire de me dérouiller un peu les méninges... mais voilà, mes méninges étaient à la consigne, je viens de les récupérer il y a peu... ne pas s'avancer avant de savoir

J'ai bien aimé texte de teverino et son astuce sur radio : "rade idiot" !
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Un très léger retard...

Message  obi le Dim 24 Juil 2016 - 15:30

Gaspard chante...


    Poliment, de la façon la plus neutre possible (ne rien montrer, surtout ne pas donner prise!) il laissa se refermer derrière lui la paroi vitrée de son enfer quotidien et s'appuya invisiblement sur l'air déplacé pour franchir les derniers mètres. Enfin, il atteignit la lourde porte cochère peinte en vert-banc-public, s'agrippa au rebord trop lisse de la simple pièce d'acier récemment vissée (l'antique poignée forgée avait été démontée) et tira de toutes ses dernières forces en basculant son buste vers l'arrière. Poids mort. « Pas encore tout à fait... se révolta Luc » Presque. Après s'être faufilé dans l'entrebâillement, il la retrouva ; longue et luisante à perte de vue, la place devant l'église toute proche était vide, sinistre au soir . Relevant son capuchon, recroquevillant le cou dans l'abri de son imper, il baissa les yeux sur le pavé des pluies. Pas assez preste pour éviter, en pleine face, le coup du vent. Novembre. Cœur d'automne. Il chercha, quelques pas durant, à trouver autre chose que : « désolant ». Rien ne vint. C'était le mot : désolant. Mais pas plus que février lorsque la mère était tombée malade, pas plus qu'avril avec la mort de la machine à laver ou la déclaration d'impôts. Juin était arrivé et le contrôle technique de la voiture. Contraintes après retards : toujours quelque chose à faire et tendre le dos, toujours. Manifestations contre la loi travail. Attentats. Vide encore, atroce. Rentrer la tête. Pétards de juillet, supporters de foot avinés. Casseurs par principe, crétins de base et tous ces mois qui font nos années.
         Ses pas l'emmenaient là où il avait l'habitude d'aller. Des flaques, quelques passages obscurs sentant la pisse et la peur. Le square et ses garages ; une autre porte, plus incertaine encore, celle-là, parce que les piles de sa télécommande étaient faibles et qu'il n'avait pas trouvé le courage de les changer. Il aurait fallu quitter la toute relative sécurité de la rue, entrer dans un magasin, essuyer des refus, des indifférences, empiler des bribes de renseignements, accepter de faire semblant, chercher. La dernière fois , sottement, il était resté trois quarts d'heure après midi dans un renfoncement, près du garage inaccessible. Il avait fallu attendre qu'une voiture entrât, qu'on actionnât pour lui le vantail branlant, rouillé. Il ne s'était pourtant pas précipité, n'avait pas acheté de pile tant la fatigue, la paresse et sa haine d'autrui et des choses le terraient. Misérable. Mais qui s'en doutait ? Sa face ne laissait rien paraître. Seul le chien sentait cette invincible chute des années. S'en fichait peut-être d'ailleurs. Du moment que la ration quotidienne de croquettes était là... Il ouvrit le boîtier, s'écorna un ongle, faillit hurler lorsque le cache enfin délogé eut martyrisé l'articulation de son pouce droit déformé par l'arthrose. Courage, il fallait agir. Implorant un dieu, puis un autre, probablement de sortie par ce mardi soir pluvieux car la douleur ne reculait pas, il fit rouler la pile ; fourragea un peu, trifouilla encore une fois , plus fort. Ouverture. Plus rien n'existait pour l'instant que le soulagement bête, la certitude limitée de parvenir chez lui où une autre porte, au bout d'une autre télécommande, obéirait enfin. Leur échapper. Il s'engouffra vers l'obscurité. Il avait trop tôt baissé la capuche de sa veste : la porte déversa sur lui un paquet d'égouttures sales. Coulées d'automne. En fait, semblables en toutes saisons. Au plafond bas du parking, été, hiver, les hourdis humides restaient sourds. Et aveugles bien sûr. Il fit un détour par la droite, évitant le box allumé où un locataire de Logi-gestion bichonnait une voiture ou un vélo pour la fin de la semaine, organisait le débarras, préparait quelque chose pour quelques uns sans doute. Mal. Sous la semelle mal, au pied droit, brûlure à l'appui à travers le bourrelet produit par la cicatrisation après extraction d'une verrue attrapée à la cure de l'année précédente où il avait fini, sans conviction, pour soulager les lancinantes souffrances invisibles d'un ancien accident. « … m'étendre sur l'asphalte et me laisser mourir... » Ce n'était pourtant pas cette chanson qui s'était allumée lorsqu'il avait tourné la clef de contact près de la grille d'aération, des canettes vides que des jeunes avaient éparpillées  là depuis quelques jours. Mais c'était celle-là qui l'ébouillantait parfois jusqu'à l'ivresse. Stone la pluie était stone autant que le monde et ses pantins gesticulants. Les larmes débordèrent enfin, au travers desquelles il finit par distinguer, au-delà du volant, derrière sa main déformée qui tenait à peine la clé brusquement retirée , toute la poussière du tableau de bord gris. Gris le béton excorié du sol et les parois sous les tags, les voitures et les gravillons gris. « La vie, tous les murs sont gris. » La phrase avait éclaté au moment où il recouvrait sa vue au travers du pare-brise sale. Il sourit à sa propre adresse : elle ne voulait rien dire ! Se figea. « Vraiment ? »      
       Luc implosait, se craquelait d'une immense fatigue.  C'était peut-être sa crise de la quarantaine mais si, longtemps, il avait essayé de se faire apprécier par sa hiérarchie (en travaillant bien, en sacrifiant du temps et des vacances) et par ses collègues (en se montrant bon camarade, toujours serviable), maintenant il en avait assez. Il restait transparent, à la marge. Pour lui, impossible de sortir négligemment les fameuses photos de famille, de se rengorger en exhibant les trognes de bambins qu'il n'avait pas élevés. Il avait en horreur « les chiards » comme il les nommait par provocation dans sa jeunesse, à l'époque où il restait confusément persuadé que se marier et avoir des enfants était le lot imparti à chacun. Personne n'y échappait et pour banale qu'elle fût, cette destinée lui paraissait maintenant presque enviable. Trop tard ! S'il avait assurément évité des échecs, il n'avait pas trouvé l'amour. Les femmes libres qu'il croisait ne pensaient qu'aux mômes, à leur fameuse « horloge biologique » ; il ne serait pas un distributeur de semence. A force de se montrer si « sélectif » et « réticent » comme le déploraient certains amis à l'époque où il en fréquentait encore, il avait tourné à l'aigre. « J'aime les cornichons ! » affirma-t-il à haute voix en pilant au feu rouge près de la pharmacie. L'oeil indigné, une mémé coiffée de cheveux violets sous son parapluie redressa devant son capot un cou de poulet. Sur son bras, le yorkchire à la patte bandagée dévisageait Luc qui haussa les épaules. Y avait-il vraiment quelque chose à regretter ? « À chacun sa croix... »  soupirait jadis sa grand-mère chaque fois qu'elle entreprenait la lessive de la semaine. L'attente s'éternisait ; il alluma les feux de croisement. Radio Nostalgie passa « Les portes du pénitencier » tandis que les gouttes s'enrageaient à nouveau sur le pare-brise. Il patienta, explorant du gras du pouce les curieuses excroissances que lui  procurait, sur la première articulation des phalanges, l'absorption de vin blanc.  Enfin, c'est ce que prétendait le médecin. Qui pouvait savoir ? «À chacun ses bosses... » . Ce mois-ci, une publicité faisait traverser la route à un chameau pour vanter le dépaysement procuré par l'achat d'un modèle de voiture. Il avait oublié la marque mais l'image du chameau l'avait ramené à un rêve écorné. Quelques années auparavant, il avait voulu partir au désert. A l'automne bien sûr ou en hiver, les seules saisons à peu près supportables pour un européen . Loin des imbéciles, de leur bruit. Se ressourcer. Il n'avait rencontré que la roche, l'effritement du sable miroir qui coulait malgré ses poings serrés comme suinte le temps d'une vie. Il passa la première et, dans une pitoyable éclaboussure, enclencha la vitesse supérieure d'essuie-glace. Là-bas, dans le grand erg occidental, il s'était recroquevillé, méfiant, au milieu d'un groupe de parfaits consommateurs. Il se souvint de la première journée de marche. A la pause de cinq heures, sur les tapis de sol, deux couples avaient évoqué leurs enfants et s'étaient félicités du changement salutaire de rythme que représentaient ces vacances. Ces messieurs avaient chacun leur Rolex et les dames aux doigts Mauboussin tapotaient, d'un air las et distrait, la valeur de dizaines de dots touarègues; elles gloussaient, se goinfrant de dattes et de thé à la menthe. L'air fraichissait. Derrière, près du feu où le vieil Ahmed pétrissait le pain du lendemain, accroupis, les guides aux djellabas parfois trouées restaient silencieux. Leurs yeux luisaient. Le soleil, sur tous indifférent, avait basculé par dessus la dune comme on plonge vers le sable quand les soles placides enjambent une crête. Embrassant la scène, Luc se taisait. Où le désert ?
            Le campement établi près d'un puits, au lieu d'écouter la solennelle nuit étoilée, les touristes avaient longuement plaisanté sur les mirages de la soif qu'ils ne connaîtraient pas. Ils avaient jacassé au milieu de l'immensité et, des heures durant, s'étaient échangé leurs voyages fortunés, des Amériques à l'Australie en passant par l'Iran et la Tanzanie . La familiarité presque dédaigneuse qu'ils affichaient avec des endroits de la planète qui l'avaient toujours fait rêver avait fini par écoeurer Luc. Il s'était allongé près des bêtes de portage,  sous les étoiles patientes et avait prévenu le vieux dromadaire pensif auquel il avait offert ses épluchures d'orange comme friandises : « Les chameaux ne rient pas entre eux de leur bosse !» C'était l'un des proverbes peuhls que portait en exergue la page internet de l'agence par laquelle il était passé. L'édenté philosophe n'avait pas répondu .
           Au retour, Luc n'avait pas cherché à briller au bureau, rien raconté. Il se fichait de la réputation de ronchon asocial qu'on lui avait attribuée une fois pour toutes. Bonne, mauvaise réputation, à quoi tenaient-elles ? Au caprice du vent et d'un paquet d'imbéciles. Il ne voulait plus se battre. Son ironie, souvent compréhensible pour lui seul, lui posait quelques pansements de-ci, de-là.  « pareille à la feuille morte » songea-t-il mais il l'acceptait à présent : il n'était né ni « trop tôt » ni « trop tard », seulement né. Sahara ou grandes villes, les déserts étaient les mêmes. La seule question importante avait été posée depuis longtemps : « Qu'est-ce que je fais en ce monde ? » Au fond de l'impasse aveugle, il fit glisser la porte de garage qui coulissa facilement. La pluie avait cessé. Il eut un sourire heureux sachant celui qui l'attendait. Quatre pattes impatientes et joyeuses s'étaient précipitées.

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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

Message  Polixène le Jeu 4 Aoû 2016 - 21:05

Hey, Obi, tu m'as prise de vitesse    ;)

Superbe texte, dense, un peu lent (mais c'est le personnage qui est pâteux...)
et bravo pour le respect des consignes!

Bon ben faudrait que je m'y mette alors
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Re: Exercice en direct - 20 février 2016

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