Caddie syndrome.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Caddie syndrome.

Message  Rezkallah le Lun 21 Déc 2015 - 9:07

Caddie syndrome

C’était bondé, Carrefour le samedi, je détestais ça. C'est après avoir garé la voiture dans le parking à l’étage, je m’étais dirigé vers les rangées de caddies à pas rapides, décidé à en finir au plus vite. Au moment où je chopais le premier chariot à portée de main, je sentis une présence dans mon dos.

C'est mon caddie, entendis-je.

Je me retournai et me retrouvai face à un homme aux traits creux et hostiles. La quarantaine bien passée. Doudoune manches courtes, calvitie et queue de cheval, pantalon de camouflage, croix de Jésus autour du cou. J'avais encore, imprimée sur les rétines, la pièce en plastique blanc insérée dans le système du caddie. Je la voulais. Sitôt que je l'avais vue, je l'avais désirée ardemment.

— Je vous demande pardon ? fis-je.

— Tu vois bien, le caddie n'est pas attaché, c'est le mien, je te dis.

— Je vois que je suis le premier arrivé, donc j'en déduis que c'est le mien...

— C'est ma pièce magique qu'y a dedans, c'est le mien, je te dis !

— Et pourquoi vous l'avez abandonné dans ce cas ? Je ne vois pas pourquoi on détache un caddie et on le laisse comme ça, bien en évidence.

— Ça te regarde pas, dit-il, presque gêné.

— Bien sûr que ça me regarde, donnez-moi une bonne raison pour que ce caddie soit le vôtre et je vous le laisse...

— Petit con... tu sais pas avec qui tu joues...

Il leva la tête, jeta un coup d’œil aux caméras puis aux autres clients autour de nous. La sécurité dans les parking était renforcée depuis les menaces d'attentats, et des gardiens postés ici et là étaient prêts à intervenir. Une femme plutôt grosse vint jusqu'à nous, prit son caddie et s'en alla.
Il fourra une main dans une poche et la pointa sur moi en me dévisageant intensément. Il me réglait mon compte, mentalement. Faute de savoir quoi faire, je restai immobile. J’aperçus, dans le dos de mon interlocuteur un père de famille avec les jambes de sa fille autour du cou. Ils riaient aux éclats tout en se dirigeant vers nous. Le père s’arrêta net en nous voyant, flairant le danger.

— Hiro des puta, tu perds rien pour attendre, fit mon adversaire.

Puis il bifurqua sur la gauche et s'engagea sur un tapis roulant qui descendait jusqu'à l'entrée de Carrefour ?Depuis le premier étage, je tentai de le retrouver dans la foule de clients qui allaient et venaient, mais en vain. Le goût de la victoire commençait à m'envahir. Je ne laissai rien transparaître.
Le père et son enfant, qui était descendu à terre, me toisaient avec grand intérêt. Je rebranchai le caddie, fis sortir la pièce magique. Je la rangeai précieusement dans mon portefeuille. La gosse, couettes brunes symétriques, barrette Hello Kitty, sur la pointe de ses bottine, tenta d'en voir un peu plus. Le père, jeune, mollasson, insipide, me donna le bonsoir. Sans dire un mot, avec une pièce de cinquante centimes, je pris un autre chariot et m'en allai faire mes courses.

Quand je rentrai de ma corvée de Carrefour, ma petite amie était déjà là. Imposante. Elle regardait la télé, la main dans un pot rempli de cuisses de poulet épicées. Je l'embrassai et allai me servir un verre de Pepsi glacé. Elle s'appelait Sheila. Vingt six ans. Elle finissait ses études en droit à l'université de Sophia Antipolis, et bossait à mi-temps dans un restaurant KFC en centre ville. Amoureuse de la nature, de coïts dans les parkings lugubres, elle adorait surtout rentrer quand la bouffe était prête. Ce qui me donnait le plaisir de coucher avec une obèse, brune charbon, intelligente et de pouvoir me régaler de poulets frits jusqu'à écœurement.

Je mentirais si je niais avoir, parfois, au cœur de la nuit, imaginé faire jouir la glorieuse Adele, pop-idole au grand talent. Enivrant. De toute façon, je suspectais toutes les femmes corpulentes d'être victimes de leur propre intelligence.
Nous parlions peu la plupart du temps où nous étions ensemble. Être dans la même pièce suffisait. Je rangeai les courses. L'envie de lui parler de mon jeton magique Carrefour me caressait dans le sens du poil, mais je me retins. Sa réaction, je le pressentais, ne m'aurait pas plu. Les intellectuels comme Sheila ne pouvait pas comprendre.

J’étais déjà très nostalgique vis-à-vis de Carrefour. Mon père m'y emmenait chaque fois qu'il se disputait avec ma mère. On y était tout les jours. On était toujours garés proches de l'entrée. Il regardait les gens entrer et sortir, poussant leur caddie, son jeton magique à la main. Je ne sais pas à quoi il pouvait bien penser. Le sien était bleu. Ça pouvait durer une heure, comme ça, à observer. Puis d'un coup, il me tendait le jeton et me donnait la mission d'aller chercher un bon caddie. Pas un cassé, un bon, précisait-il. Je savais qu'on allait faire des courses pour faire plaisir à maman. C’était une joie intense. Et ça marchait. Chaque fois qu'on était de retour, chargé de sacs remplis de courses, la colère sur le visage de ma mère s'en allait instantanément...
Je n'avais pas envie de partager ça avec Sheila. J'avais trop peur qu'elle me trouve ridicule et salisse ce précieux souvenir. Elle n'avait pas beaucoup de finesse, ni de respect pour la sensibilité d'autrui. Je m'en foutais, je n’étais pas féru de sentiment, mais j'avais appris à mes dépens, au début de notre relation, à ne pas parler avec elle de choses qui me tenaient à cœur.

Deux jours plus tard, je m’étais réveillé dans la nuit. Sheila n’était pas à sa place dans le lit. Je me levai, passai le couloir et la trouvai habillée sur le point de sortir.

— Mais ou tu vas comme ça, à cette heure-ci ? Si tu me quittes préviens-moi, au moins !
— Je te quitte pas, calme-toi !
— Explique alors, avant que je casse tout dans la baraque...

Elle prépara du café qu'elle transvasa dans un thermos. Je m'habillai à mon tour et nous quittâmes l'appartement. Elle prit le volant. Elle roulait trop vite. Je n'aimais pas ça. Je regardais par la fenêtre. Le ciel d'hiver, d'un noir parfait, sans une miette d'étoile s’étendait au de-là de l'ouest endormi de la ville. Quand la classe A dépassa la station Total, Sheila se mit à parler.

— Tu sais que je dors peu... voire pas du tout. Je passe mes nuits sur le net, à regarder tout et n'importe quoi.
— Je pense que tu parles avec d'autres mecs...
— Je t'ai dit que non... je suis insomniaque c'est tout, bref... L'autre soir quand tu es revenu de Carrefour. Tu te souviens ?
— Oui !
— Dans la nuit, tu ronflais tellement fort que je suis allé dans le salon pour boire un chocolat chaud et regarder la télé.
— J'avais même pas remarqué.
— Tu le remarques jamais...
— Continue...
— En sirotant ma tasse, je suis tombée sur un blog assez dingue.

J'attendais la suite. Elle s’arrêta à un feu rouge, posa une main sur ma cuisse.

— J'ai le témoignage d'un type qui disait que sur cette route, sur la RN202, si on roulait plus loin que le Carrefour et qu'on entrait dans le quartier de Carros, sur le kilomètre avant d'arriver au pont de la Manda....
— Je t’écoute !

Elle se mit à bégayer imperceptiblement.

— D... de... des... gens se jettent so... sous... les roues de ta voi...ture. Comme ça...

Elle retira sa main de sur ma cuisse et accéléra, regardant droit devant elle. Je devais dire quelque chose...mais c’était tellement hors de ma compréhension, que je ne trouvai rien d'autre à dire que :

— Comme des chats ?
— Comme quoi ? fit-elle d'un ton hystérique.
— Comme des chats, qui tentent leur chance ?
— J'aime bien cette image, fit-elle le regard perdu au loin.
— Et tu veux voir si c'est vrai ?
— Si on tamponne quelqu'un en traversant le pont de la Manda, après le rond-point, proche du Mac-Do, il y a un terrain industriel. Au premier immeuble, il faut sonner.
— Tu te fous de moi ?
— Selon qui tu as renversé, on te file de l'argent...

Je ne dis plus rien pendant un moment. La descente qui précédait Carrefour était proche. Ça faisait déjà six kilomètres qu'on roulait. Nous n'avions pas croisé un seul véhicule. On trouvait beaucoup de conneries sur le net pensais-je pour me rassurer mais, sortant de la bouche de Sheila, elles prenaient un goût de vérité qui me faisait froid jusqu'aux molaires.

— Tu es sûre que tu veux y aller ?
— Oui, fit-elle. Je veux voir. Je sais que c'est une curiosité morbide. Mais je ne dors pas, et c'est tout près, alors pourquoi passer la nuit à m'emmerder ?
— Tu t’ennuies avec moi ?
— Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire...

Nous dépassâmes Carrefour, le panneau Carros nous donna la bienvenue. Elle se mit à ralentir tout en scrutant la route. Elle était décidée. Je me servis un peu de café et l’observai. Il n'y avait que montagnes, silence et forêt autour de nous. À petite vitesse, je remarquai les gerbes de fleurs séchées suspendues aux barrières de protection. Nous arrivions sur la fameuse portion de route. Elle s’immobilisa un instant. À partir d'ici, les lampadaires étaient éteints jusqu' au pont.
Je continuais à ne pas y croire. Elle appuya sur l’accélérateur et la Classe A se lança sur l'asphalte obscure. À mi-parcours nous n'avions encore rien écrasé. Décollée du siège, le nez sur le pare-brise, Sheila guettait une proie. Elle pila net.
Derrière nous, éclairé par les feux, l'ombre d'une personne poussant un caddie se tenait en plein milieu de la route. Comme une provocation. La silhouette nous toisait. Sheila, une main sur le volant, passa la marche arrière, tout en fixant sa victime par le pare-brise arrière.

Un bruit de carlingue perça la nuit. Le choc bref et brutal me traversa le corps, comme un tsunami dans un interstice de porte. J'avais déjà envie de vomir.
Sheila, cramponnée au volant, la tête baissée regardait ses genoux.
J'ouvris ma portière et rendis mon dîner. Je bus plusieurs gorgées de café brûlant pour faire passer le tout. La flaque de vomi fumait.
Sheila ne bougeait plus. Je posai une main tremblante sur son épaule. Elle en sursauta et me dévisagea avec de la peur dans le fond du regard . Je compris que je ne pouvais plus compter sur elle pour la suite. Je sortis du véhicule, retins une nouvelle montée de gerbe, et allai voir ce qu'il en était. Le corps se trouvait au loin, inerte. Il pouvait passer pour une trace de freinage très prononcée, dans sa position. Le chariot était coincé sous la voiture. Le cul de la voiture n'avait aucune égratignure, mais il faisait trop sombre pour en être vraiment sûr. D’après ce que Sheila avait précisé, il suffisait de donner un signalement de la personne renversée pour toucher son gain.
Elle n' avait pas besoin d'en voir plus. Par chance aucun véhicule ne s'amenait par ici. On n'était pas loin des quatre heures. Tout était paisible, et l'air de la forêt d'hiver embaumait l’atmosphère d'une douce nostalgie en total décalage avec la présente situation.
Je remontai dans le véhicule. Sheila prit la place du mort avec peine, les larmes au yeux. Calmement, je démarrai la voiture, fis une marche avant pour passer sur le chariot sans le ramener avec nous et conduisis en direction de la zone industrielle. Il était inutile de cacher le cadavre ou quoi que ce soit.
Sheila pleurait, le visage enfoui dans ses mains. Je ne savais pas quoi dire. Je pris la deuxième au rond-point, dépassai le Mac-do en nous enfonçant dans les ténèbres un peu plus. Je passai le premier bâtiment. Il semblait vide de vie. Je trouvai une place discrète pour nous garer.

— Reste-là, dis-je, je vais récupérer ton argent. Si tu vois que ça prend trop de temps, échappe-toi et raconte simplement que je ne suis pas rentré un soir et que depuis tu n'as plus de nouvelles.

Elle continuait de sangloter. Je claquai la porte en douceur, regardai autour de moi. L'endroit était mort. Seuls, les néons colorés, des enseignes de marques connues, trônaient au dessus des dizaines d'usines qui s’élançaient le long de ce boulevard de béton. Je ne sentais pas le froid. Je ne sentais rien. Juste une boule dans l'estomac qui me broyait les intestins.
Devant la porte de ferraille rouillée du premier immeuble, je regardai vers le toit. Virbac. Une usine d'aliments pour animaux. Je collai mon oreille contre la tôle glacée. Rien. À l'aide de mon poing je toquai trois fois. De là où j’étais, je ne voyais plus la voiture. Personne ne venait m'ouvrir. Je respirai profondément. Toquai de nouveau. Toujours rien. Je pensai qu'il devait y avoir une autre entrée, qu'ils étaient très prudents et organisés. Je devais réfléchir, faire attention. Nous venions de tuer quelqu'un. Ce n’étaient pas des rigolos à qui nous avions affaire. Ils payaient en échange de meurtres.
Par derrière, une mains se posa sur mon épaule. Je faillis me pisser dessus. Je me retournai pour faire face. Sheila me regardait, les joues couvertes de larmes. Elle ne pleurait plus.

— Je te quitte , fit-elle, rentrons.

Rezkallah

Nombre de messages : 19
Age : 35
Date d'inscription : 21/03/2015

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Caddie syndrome.

Message  Polixène le Dim 27 Mar 2016 - 0:13

L'idée est bonne et dans le format d'une nouvelle, avec une chute pareille, ce serait impeccable!
Mais les freins ...
*tellement de clichés, que je n'ai pas pu les pointer!
*le style instable, truffé de formules toutes faites
*le registre de langue peu adapté à l'ambiance et au style de récit
*le positionnement du récitant, son rapport aux femmes , est absolument insupportable, ce machisme pathétique et lourdingue, oufff (et d'ailleurs ce trait est remarquable dans tous tes écrits, ce qui , à mon sens, pourrait être une des causes de l'absence de commentaires sur tes textes)

J'ai fait un effort pour lire jusqu'au bout, parceque ton écriture a quelque chose de nerveux par moments, (et que si tu postes ici c'est pour avoir des retours)

Ce serait bien que d'autres personnes donnent franchement leur avis, ce serait utile pour toi .

avatar
Polixène

Nombre de messages : 3054
Age : 55
Localisation : Dans un pli du temps
Date d'inscription : 23/02/2010

Voir le profil de l'utilisateur http://polixenne.over-blog.net

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum