Cil volauvent au pays d'Arcadie

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Cil volauvent au pays d'Arcadie

Message  JamesPx. le Sam 19 Sep 2015 - 9:02

Cil volauvent au pays d'Arcadie

Dans l'obscurité dans la lumière
Dans une maternité sous un réverbère
Nous sommes tous nés quelque part
Les yeux clos innocents
La peau fragile en état de larve
Beaux et laids l’esprit fugueur
Et nous nous sommes épanouis
Ouvert au monde malgré nos blessures

Pour les Êtres Humains
Je suis libellule
Je suis multiple et multitude
Je suis agilité élégance beauté
Je suis la gardienne de l’eau la sentinelle
Lorsque je suis apparue
La terre était couverte de clairières
De prairies et de forêts
Dans les paysages
Le charme venait des étangs
D’où émergeaient des lumières délicates
Les brumes qui font rêver
Les rêves qui donnent les berceuses
Les histoires les contes
Tous ces contes
Dont les hommes ont besoin pour grandir
Et se transformer

Nous avons en partage
Le goût du changement
Et celui de la curiosité

Le temps s’écoule

Je suis née là
Où vous vous tenez
Au bord de ces galets usés par le temps
Au début ce n’était qu’un point d’eau
Puis un étang nourrisson
Ce fut un bassin
Aujourd’hui
C’est une fontaine qui m’honore
Et qui s’en s’amuse
Elle et moi
Nous vous accueillons avec joie

Lecteurs

Cela ne fut pas toujours le cas
Durant bien des âges
Les Volauvents ont prospéré
Sans rival dans ce pays de cocagne
Nous étions là avant vous
Tu ne t’en rappelles peut-être pas
Nous avons connu les dinosaures
Et assisté à la naissance des premiers oiseaux
A cette époque
Notre envergure pouvait atteindre 70 cm
Comme bien d’autres espèces
Reptiles ou arbres
Nous avons décliné
La métamorphose fait partie de notre règne
Nous réapparaissons plus tard
Et plus tard encore
A chaque mutation
Notre taille se réduit
C’est sans importance
Nous revenons plus adaptés
Plus gracile plus efficace
L’eau a changé de place
De formes
De températures
Il y a eût des âges de glace
Durant lesquelles nos larves s’adaptèrent
Puis l’eau retrouva sa liberté
Et ses berges continuent d’abriter nos amours
Nous y naissons
De mues en mues
Nous avons le temps
Nous l’avons toujours eu

Avec la venue des premiers Êtres Humains
Commencèrent le temps des grandes chasses
Beaucoup étaient persuadés que nous sommes comestibles
Le temps des chasseurs cueilleurs ne fut pas facile
Mais ils passèrent

Les Êtres Humains marchent toujours plus loin
Alors que nous ne quittons pas nos pièces d’eaux
Peu à peu
Certains d’entre vous ont pensé à s’arrêter
De plus en plus nombreux
Ils quittent les abris sous roches
Et dressent des camps circulaires
Fortifiés de terres crues et de paille
Ce sont toutes nos eaux qui les retiennent
Étangs rivières lacs ruisselets
L’agriculture balbutie
Elle réclame beaucoup d’efforts
Ils perdent le goût de nous traquer
Les étangs font leurs vies d’étangs
Grouillante luxuriante polymorphe
Lorsque le Moyen âge bataille de tous côtés
Cette terre devient la porte des Ducs
Le château de 1153
Appartiendra à la Seigneurie d’Amédée
Et puis en 1630 Louis De La Barbouze
Forme un siège et détruit le château
Ils ne nous gênent pas trop
Cependant
Le désir d’espace nous vient
Durant l’élévation du château médiéval
Ce minuscule point d’eau
Se voit transformé en petit bassin d’agrément
Lové entre les ailes du grand bâtiment
Cela inspire les nôtres
Nous décidons d’agrandir l’horizon

Les Volauvents partent à la conquête

Ce Domaine est comme un royaume
Derrière la montagne la forêt
Danse des herbages à perte de vue
C’est la grande étendue du lac d’Aix-les-Bains
Longtemps
Nous menons nos existences à l’écart des Hommes
La vie dans les étangs est captivante
Rives végétales en pente douce à explorer
Plantes aquatiques où atterrir
Insectes pullulants
Promontoires de graminées
Nous festoyons de mouches
Moucherons moustiques éphémères
Nous y rencontrons souvent les petits peuples de la nature
Dont vous racontez les histoires dans vos livres
Ils viennent danser souvent aux bords des étangs
Les fées les vouivres
Les ondines les elfes
Les follets et les lutins qui courent dans les prés
Et guident les chevaux vers nous
Pour qu’ils s’abreuvent

Pendant ce temps
Les Êtres Humains continuent de faire la guerre
Ils avancent dans les bocages
Ils empiètent
Ils construisent les granges
Les étables les fuies un moulin
Les écuries les métairies puis les hameaux
Le château grandit dépérit
Change de nom de famille
Il périclite
Il est reconstruit
Il connaît la ruine
Et un jour l’abandon

Les étangs restent les étangs
Nos larves et nos nymphes continuent d’y prospérer
Entre les murs de la Grande Maison
Aux toits percés
Nous constatons l’invasion des hiboux
Des chauves-souris
Des araignées dont nous n’avons rien à craindre
Mais il y a aussi les faucons hobereaux
Et les faucons crécerelles
Nos puissants ennemis
La vie dans les airs est tendue
Il y a quelques saisons
Le Domaine est acheté à nouveau
De longs travaux débutent
Nous voyons arriver des colonnes d’engins
Des machines menaçantes
Nous redoutons l'envahissement
L’ingérence mais surtout la pollution des eaux
Ou le comblement des étangs
Par décision par négligence ou par excès de détritus
Nous formons essaims escouades escadrons
Nous volons et survolons
Beaucoup d’entre nous ont péri
En s’essayant au vol de nuit
Nous avons posté partout des guetteurs
Nous avons réussi des vols stationnaires
De très longue durée
Nous avons envisagé l’exil
Et l’abandon de la place aux nuisibles
Nous avons tenu des conseils
Et nous avons établi que les détritus
N’encombraient pas nos rives
Que la chimie chimique ne polluait pas les eaux
Ni les prés ni les champs
Que les murs étaient relevés
Les toits restaurés et qu’ils étaient beaux
Que les jardins étaient redessinés ensemencés
Vous venez d’en créer un
Qui n’avait encore jamais existé
Vous l’appelez potager
Mais avant tout la magie était invitée
Vous avez inventé un mot pour elle
Vous dites lumière
Il est venu l’homme qui a marché partout
Il a regardé observé dessiné
Il sait allumer des soleils doux
Dans les taillis
Disperser des feux qui ne brûlent pas les arbres
Il attrape le rayonnement des fils lumineux
Dans les voiles des fées
Il emprunte aux lucioles leurs luminescences
Il se saisit des halos des constellations lointaines
Pour les diffuser dans les bosquets
Il crée des pistes
Pour la féerie et des rêves avec elle
Cette lumière

Il lui construit des abris nouveaux
Il les appelle des objets des luminaires
A travers eux il la déplace
Il l’invente
Il nous réinvente
Il nous dépayse
Souvent lorsqu’il arpente le domaine
Nous le suivons de près
Lorsqu’il s’assoit pour dessiner de nouvelles étoiles
Je viens souvent me poser sur la table à côté de sa main
Il a intercepté nos vibrations
Et a semé partout nos silhouettes
Arrêtées dans les faisceaux
Sur les pierres les herbes les arcs de la fontaine
Et celles disposées autour des arbres
Il a capté l’essence de nos vols et nos envols

Est-ce que nous allons les voir
Suivons le premier preneur d’étoiles
En prenant le chemin des lucioles
La grande sphère roule jusqu’au labyrinthe
D’autres preneurs nous rejoindront ou pas
Au gré de leurs inclinations
Du sens de la brise
De la danse de leur planète dans le ciel
Ou du désir des invités
Parfois
Il est recommandé de ne pas faire trop de bruit
Dans les détours du labyrinthe

Continuons la découverte

Nous allons vers l’eau
Elle est l’âme du domaine
Des générations de Volauvent
Libellules et demoiselles
Y sont nées
En promenant sur les berges
Vous pourrez croiser des lestes dryades
Des lestes fiancés et des verdoyants
Des cordulies métalliques
Des libellules empereur
Des écarlates
Aussi des leucorrines à front blanc
Je ne peux pas toutes les citer
Les lumières lianes nous suivent d’arbre en arbre
Elles sont nichées dans les formes de fleurs volubiles
Les ipomées les clématites les volubilis
Veuillez pousser la porte des gouttes
Pour apprécier le point de vue
Qui s’ouvre sur le lac
Que nous reconnaissons
Comme un couloir d’envol
Il est agréable d’y flâner
A la tombée du soir
Pour apprécier le spectacle
De nos émergences
Au-dessus des miroirs d’eaux
Entre les forêts d’ombellifères
C’est un séjour pour le calme et la rêverie
Nous revenons vers la Grande Maison
Pour rendre visite au potager
C’est un jeune jardin qui danse
Les carottes swinguent
Sous les bancs qu’elles soutiennent
Les bornes de balisage virevoltent
Les épouvantails se trémoussent
Les tuteurs frétillent
Volauvent a beaucoup contribué à sa fantaisie
Volauvent a une magie bien à elle
Elle appartient à la catégorie des libellules spectre paisible
Qui n’aime rien
Tant que voler au crépuscule
Cette heure favorable
A l’approche des fééries
Elle a souvent rencontré des Néluisines
Voisines de marais
Mais sa plus grande joie
Est d’accueillir Akistu la Grande
Qui voyage d’Est en Ouest une fois par an
En passant par les buées et les vapeurs
Autour des bambous et des nénuphars
Pour conjurer les banquets des escargots
Et autres colimaçons gourmands
Volauvent a inspiré les jardiniers
Ils ont fait épouser au jardin la forme d’une spirale
Le mimétisme pourra-t-il les dérouter
Nous l’espérons
Les épouvantails aussi font de leur mieux
Pour détourner l’attention des pies des étourneaux
Et toutes ces sortes de bêtes volantes
A grosses ailes opaques et pleines de plumes
Ce sont des épouvantails contraires
Ils n’effraient aucun volatile
Ils distribuent des graines

L’aube s’agace une nouvelle saison s’éveille
La brise siffle sur les pâturages et les bois
Des gouttes d’eau paraissent flotter dans l'air
Je bois cette lumière étrange venue de si loin
Cette turbulence folle et transparente
Qui barbote sur quelques anémones roses

Anémones qui se balancent sur leurs grandes tiges
Résisteront-elles à la tentation de s’endormir

A la clairière de mon ascension aux pays d’Arcadie
Apercevrais-je une nymphe en boléro bleu marine
Qui coule ses dernières heures dans le ruisseau en cru
Et danse sur une feuille de nénuphar en sursit elle aussi

J'embrasse sans retenue la soie de mes toiles tendues
Et toutes ses plantes à floraison tardive
Qui rougissent dans leurs couleurs originelles
Une curieuse sensation me secoue les sens
En fermant les portes en vert de mon regard
Mes lèvres déambulent à tâtons sans toucher terre
Serais-je encore sur le sein de mon jardin d’hiver
Où le son d’une flûte de Pan glisse à mon oreille
Pour me réveiller à nouveau comme au premier jour

Ici tout est surprise facétie légèreté

Soudain
J’entends un Hymne
Une confrontation
Entre l'harmonie et l'invention
Ou tout simplement mon réveil
Qui s’éveille sous les violons
Des quatre saisons de Vivaldi

... Et le jour se lève


James Px. le 11.12.12
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Re: Cil volauvent au pays d'Arcadie

Message  hi wen le Sam 19 Sep 2015 - 18:50

il y a de beaux passages, mais le texte pour moi est un peu trop polymorphe à l'instar de ladite libellule. melange de styles et de registres, avec des passages plutot chantés, d'autres relevant du conte, et d'autres très reportages animaliers. je m'insurge contre la description faite de Louis De La Barbouze.

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Re: Cil volauvent au pays d'Arcadie

Message  JamesPx. le Sam 19 Sep 2015 - 21:44

hi wen a écrit:il y a de beaux passages, mais le texte pour moi est un peu trop polymorphe à l'instar de ladite libellule. melange de styles et de registres, avec des passages plutot chantés, d'autres relevant du conte, et d'autres très reportages animaliers. je m'insurge contre la description faite de  Louis De La Barbouze.

C'est un hymne à la vie sans ligne précise et j'aime le mélange sachant que je suis plus dans le conte avec des artifices pour ne pas s'endormir...

Merci pour votre analyse qui est juste.
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Re: Cil volauvent au pays d'Arcadie

Message  jeanloup le Sam 3 Oct 2015 - 8:46

D’abord j’ai trouvé ce texte plutôt bien écrit. Et puis je l’ai trouvé trop long et je suis passé sur la fin beaucoup trop rapidement.
Mais je n’imagine pas du tout une libellule s’intéressant à l’histoire des humains, à celle de la planète. Et puis j’aime pas les libellules. Je n’aime pas les insectes.


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