Soldofa

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Soldofa

Message  gypoete barbu le Mer 16 Sep 2015 - 5:04

SOLDOFA
Ou :  du  FEU et du FA            
Ou : CONTRE-UT  et  CONTRE-FEU      

Soldofa est soldate du feu. Elle conduit d’une main de fer le camion des pompiers et c’est elle qui actionne la sirène en sa qualité de chef de la fanfare des sapeurs de notre petite ville.

Ce n’était pas sa vocation : elle voulait devenir soprano lyrique. Elle y était presque parvenue, mais à la première représentation, catastrophe, elle avait du abandonner. On donnait un opéra tragique de Verdi, et à la scène 3 de l’acte II le ténor, un petit secco poilu qui pesait deux fois moins qu’elle, devait la prendre dans les bras et traverser la scène tout en poussant un contre-ut qui se révéla plutôt poussif. Un âne de spectateur de vingt-cinquième rang s’était alors permis un retentissant « Fait deux voyages ! » qui irrémédiablement, en déclenchant un fou rire général, convertissait le drame en comédie. Même le sous-préfet assis au premier rang grimaça un pâle sourire administratif. Quant au chef d’orchestre, il Verdit affreusement, ne put parvenir à enchaîner, quitta la salle sans un mot et, furioso, congédia sur le chant les deux solistes sans indemnité de licenciement…

Mais Soldofa était une femme de caractère et elle rebondit très vite. Une parente l’ayant entraînée pour lui remonter le moral au bal des pompiers, elle s’amouracha pour un temps du cornet à pistons de la fanfare, un gringalet italien œil de velours nommé Rélamissi, qui lui susurrait des fadiaises du plus bel effet avec son instrument. Elle voulut s’engager dans ce métier si actif, utile et populaire, on l’accepta de bonne grâce en raison de ses qualités sportives, de ses connaissances musicales et de son bon niveau en saxophone. Le titulaire du poste s’était en effet  tragiquement grillé la semaine précédente en luttant pour étendre éteindre un incendie de véhicule, lequel explosa inopinément.

On ne se repentit pas de ce recrutement, tant Soldofa faisait preuve de qualités physiques, de faculté d’adaptation et même d’ascendant sur les rudes guerriers qu’il fallait sans cesse contenir. Mais par-dessus tout, elle se rendit rapidement indispensable et même incontournable au sein de la fanfare locale dont la réputation franchit les limites départementales. Nul(le) ne savait mieux qu’elle déceler la plus petite fausse note et contribuer à éteindre étendre le répertoire un tantinet chétif de l’ensemble à vent. Elle devint aussi célèbre pour son cri de guerre, un do dièse fortissimo qu’elle ne poussait, sauf cas de grosse colère, que sur le terrain et qui brisait sans remède les plus épais doubles vitrages des appartements en feu, ainsi que ceux du voisinage jusqu’à deux rues aux alentours, mais sauver des vies a un prix, disait-elle ... et il y a les assurances…

Au fil des années, elle prit du galon et des galants.
Le premier hélicon, d’abord, DaCapo, un solide gaillard portugais barbu dont elle aima quelques mois l’accent chuintant si musical et le coup de rein si magistral. Mais il se vit éconduit sans retour le jour où malgré les retenues d’usage il se révéla qu’elle portait un garçon qu’elle prénomma Fado, bien sûr, un futur premier violon à la grande ville.
Le second clarinettiste, ensuite, du nom de Triolet, un ancien israélite craquant, et intelligent puisqu’il portait des lunettes d’écailles, même scénario, une fille, Rébéccarre, qui deviendra par la suite contralto lyrique, aussi renommée que la Callas en son temps. Les gazettes irrévérencieuses, comme le Couac déchaîné, la surnommeront la Rébécasse, peut-être à cause de la profondeur de sa tessiture dans les graves …
L’hautboïste encore, un certain Similare, dont elle adorait la finesse de hanche, pas d’enfant, l’accord n’étant pas parfait en raison de divergences de rythmes, malgré son nom pourtant si complémentaire au sien …
Le trombone à coulisses, pour des raisons sur lesquelles il n’est pas utile de s’éteindre s’étendre.
Le porteur de cymbales, enfin, Noirpointé, aux interventions rares et brèves, mais si éclatantes et percutantes qu’elle finit par trouver avec lui son équilibre : des qualités physiques beaucoup plus qu’intellectuelles, personne à la maison, mais quand il était là … il était là, pas las, la et pas bémol. Il ne fut pas exclu comme les autres lorsqu’une seconde fille naquit, toujours par inadvertance, Cledfa, qui surprenait par le calme et la justesse de son tempérament. Plus tard, celle-ci fera en conséquence une grande carrière d’organiste bien tempérée.

Ayant au fil du temps ainsi acquis la plus solide connaissance de l’éventail des instruments, Soldofa fut sans contestation nommée chef de fanfare au départ en retraite du titulaire. Elle se consacra désormais à temps plein à cette importante activité de la caserne : cours de solfège et d’instrument aux petits, répétitions, défilés et exhibitions pour les grands, déplacements hors du département et même à l’étranger, enfin … au bord du Piémont transalpin… Néanmoins, son autorité était telle qu’elle participa en dirigeant deux contrepoints de l’Art de la fugue et remporta le premier prix au festival international de musique pompière de Leipzig, devant les viennois et les bavarois éblouis et/ou dépités. Ce qui lui valut à son retour au pays une médaille de la patrie reconnaissante que lui épingla, en vertu des pouvoirs qui lui étaient conférés, le sous-préfet du moment avec deux bises administratives, une de chaque côté. D’un côté de ladite médaille Jean Sébastien, l’homme de Leipzig, de l’autre un saxophone entouré de quelques doubles croches de bonne facture, sur la tranche : Monnaie de Paris, République Française.

Elle n’avait pas désiré ses trois enfants, mais à chaque fois, à la salle de travail, il avait suffi d’un sourire de nouveau-né pour que sa colère fonde comme arpège au sommeil et que la fibre se réveille. Elle les avait élevés seule, dans la musique et la bienveillance, mais il fallait être au diapason, sinon, en de rares occasions il est vrai, la caserne entière retentissait d’un aria crescendo de magnitude 12 sur l’échelle de Wagner qui comporte 10 barreaux, si bien que le lendemain le colonel, qui était pourtant logé au troisième étage, tous les hommes et tous les marmots petits et grands de l’immeuble rouge lui souhaitaient le bonjour avec une politesse plus grande qu’à l’ordinaire …

Jusqu’à son dernier souffle elle chanta au moins une fois par jour un Hymne qu’elle connaissait depuis sa plus tendre enfance, un hymne que nous connaissons tous, au moins par la première syllabe de chacune de ses lignes :

En patois pompier savoyard :

UT créances laxistes
RÉsonnez les cyclistes
MIrabelle au rhum
FAbuleux tueur d’homme
SOLvant polluant
LAbia du rectum
Saint Yannick


En latin du 11ème siècle : Hymne écrit par le moine Gui d’Arezzo, Italie


UT queant laxis  (ut, « comment » en latin, difficile à chanter, fut remplacé par le DO de Dominus, maître, Dieu)
REsonare fibris
MIra gestorum
FAmuli tuorum
SOLve polluti
LAbii reatum
Sancte Iohannes (au 16ème s. les initiales formèrent le SI)


En bon français de France d’aujourd’hui :

Que tes serviteurs chantent
d'une voix vibrante
les admirables gestes
de tes actions d'éclat.
Absous les lourdes fautes,
de leurs langues hésitantes
nous t'en prions, Saint Jean Baptiste  





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Re: Soldofa

Message  Polixène le Jeu 1 Oct 2015 - 19:35

Le trait est forcé, mais c'est sympa à lire.
Et fin culturelle en prime!
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Re: Soldofa

Message  jeanloup le Sam 3 Oct 2015 - 8:47



J’ai lu jusqu’au bout mais j’ai trouvé ça ennuyeux. Un récit assez monotone. Un compte-rendu sans vie.



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Re: Soldofa

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