Je ne sais pas pourquoi (26)

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Je ne sais pas pourquoi (26)

Message  jeanloup le Mar 15 Sep 2015 - 8:09

Ouf ! Heureusement qu'il ne pleut pas. Le ciel a versé tant d'eau hier qu'aujourd'hui il doit faire des économies. Il fait même beau. Le soleil est revenu pour nous être agréable. Nous lui en sommes reconnaissant.
Le réveil était « speed » ce matin, nous n'avons pas traîné. Nous avons préparé le pique-nique, et ensuite, onze enfants et deux adultes se sont engouffrés dans le minibus pour partir à la conquête de la forêt fantastique et de ses rochers.
Je suis content, cela va me changer de l'horrible maquette ; et puis Glassouille n'est pas avec nous, ça va me faire du bien. Hier, elle n'était pas commode avec moi. Elle disait ne pas savoir comment faire et que si d’aventure, aujourd’hui comme hier, je crottais mes habits, je n’aurais plus rien à me mettre sur le dos ; et puis, elle m'a envoyé au lit tout de suite après manger, comme si de me punir ainsi augmenterait ma garde robe.

Nous n'arrivons pas tard dans la grande forêt, et les adultes, qui n'ont pas tellement envie de s'occuper de nous, nous disent d'aller jouer à notre guise jusqu'à midi mais de ne pas nous éloigner.
Nous partons tous ensemble, sauf Jean-Philippe qui ne veut pas, je ne sais pas pourquoi. Je ne l'ai pas questionné sur ce qui s'est passé entre lui et Conan après que je les ai laissé. Le soir, il ne m’en a pas parlé, et moi, je n'ai pas voulu l'embêter.

Nous courrons dix enfants dans la même direction, celle du rocher de la mort. Il n'est pas très loin d'ici paraît-il. Je ne l'ai jamais vu car c’est la première fois qu’on vient à Fontainebleau, mais j'en ai beaucoup entendu parler, car tous les ans, au moins une fois, ils viennent ici pour pique-niquer.
Nous gravissons plusieurs rochers avant d'atteindre la fameuse et légendaire montagne de pierre. Fabien, qui connaît bien le coin Dit : " C'est là ! "
Nous escaladons la première partie. Ce n'est pas très difficile.
- " Attend d'être arrivé en haut ! " Me prévient Alexis " Tu riras moins! "
C’est vrai qu'en arrivant à ce premier sommet, nous sommes devant un précipice aux parois très abruptes, et que pour aller plus loin, il faut survoler le vide. C'est en face que se dresse, réellement le rocher de la mort. Au fond du trou, le sol quatre où cinq mètres plus bas est invisible puisque caché par une dense couverture de fougères.
- " Allons-y ! " Dit Johnny.
Et il s'élance au dessus du vide, pour se poser sans problème sur la surface en pente légère qui en face permettra d'aller enfin à la conquête du véritable sommet, inaccessible par ailleurs.
Il a franchi l’obstacle avec une grande facilité, il avait de la marge. Fabien le rejoint presque aussitôt, mais lui arrive tout près du bord. Je suis impressionné. Si son pied avait glissé en se posant sur le rocher, il serait tombé dans le trou. Une telle chute peut être dangereuse en soi bien que les fougères l’amortiraient ; mais ce qui est le pire, c'est qu'en dessous des végétaux, se trouve un nid de vipères. Qui tombe dans ce piège est sûr d'y périr. Si la chute ne le tue pas, les serpents s'en chargeront. Guillaume, sans hésiter, suit à son tour le mouvement. Comme il est un peu juste à l’arrivée, ses deux aînés l’aident à se réceptionner. Le petit chinois enfin décolle en quatrième, mais il n’a besoin de personne pour atterrir sur ses deux pieds. J'aimerais bien sauter moi aussi, mais je n'ose pas ; non pas que je ne puisse pas franchir une si courte distance, je m’en sens largement capable, mais de l’autre côté, ce n'est pas vraiment plat. Et si mon pied ripait ? Et que je glisse... Ce n'est pas tant la chute que je crains, ce sont bien les vipères. Oh non ! Je n'ai pas peur de mourir mais… Si je tombe, je ne me tuerai pas sur le coup, par contre, je risque de me faire mal, me casser une jambe ou deux par exemple. Combien de temps agoniserais-je ? blessé, estropié, sans pouvoir me défendre ni tenter de m’enfuir, avec des dizaines de reptiles gluants me passant sur le corps, sur le visage, dans mes vêtements, pénétrant ma bouche et mes yeux... Quelle horrible souffrance ! Combien de temps durerait cette torture effroyable ? Une heure? Deux heures ? C'est complètement insupportable ! Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule. Je ne pourrais jamais sauter.
Bien sûr, je ne suis pas le seul à ne pas tenter ma chance, Alexis non plus n’essaye pas, mais lui, c'est normal. Il est plus petit, et puis il est gros, nul en sport, et personne ne pourrait imaginer qu'il soit capable de faire ce saut. Aldo reste également du même côté que moi, mais Aldo est un pleurnichard qui n'a même pas honte de chialer pour rien devant tout le monde alors... Tony ne s'y risque pas plus, mais il n'a jamais eu la réputation d'être très courageux, et puis, son poids excessif l'entraînerait forcement en bas, ça lui donne des excuses. Eric, en malade chronique qu’il est n'a besoin d'aucune raison, tout le monde sait qu'il ne peut rien faire. Quand à Evariste, il est grand évidemment, mais il est plus fille que garçon. Ce qui me gêne, c'est que personne ne semble surpris de me voir rester avec ceux là. Comme si c’était normal ? Comme s'ils ne me pensaient pas capable ? Pourtant Julien qui par la taille est plus petit que moi, a franchi le précipice lui, et ça me blesse terriblement. Je pense qu'il vaut mieux mourir au milieu des vipères, même dans d'horribles souffrances plutôt que de rester honteux du coté des peureux, des faibles et des incapables. Je m'approche du bord, évalue la distance qui sépare les braves des couards. Ca n’est vraiment pas insurmontable. Il n'y a pas de quoi avoir peur. Je ne peux que réussir. Je regarde en bas, et je ne me sens pas bien. J'ai la tête qui tourne. Je transpire. J'ai des sueurs froides. Je crois que je vais choir dans ce trou qui m’attend sans même avoir tenté de le vaincre en sautant. Evariste m'attrape le bras :
- " Ca ne va pas David ? T'es malade ! "
C'est vrai que je ne me sens pas bien du tout. Eric pose sa main sur mon front. Il dit que je suis brûlant. Je crois plutôt que je suis glacé, mais je ne dis rien. Il appelle ceux d'en face :
- " David est malade! "
- " Ha bon! Il a quoi? " Demande Guillaume qui n'y croit pas un instant.
- " Il a du se faire piquer par une bête. " Présume Alexis.
- " Il a qu'à rester là... Nous on continue l’escalade ! " Dit presque méprisant le petit caïd.
Je reste allongé sur le rocher, longtemps, jusqu’à ce qu'Evariste propose d’aller rejoindre les adultes car il de temps de déjeuner.




Nous sommes rentrés à la base, et puis un peu plus tard, nous avons vu revenir le clan des courageux. On a sorti le pique-nique et je vais beaucoup mieux.
Deux cars remplis d'enfants venant d’on ne sais où se garent près de Nébus. Il paraît tout petit auprès de ces géants, mais il est fier comme Artaban et ne bouge pas d'une roue.
Notre coin est bien peuplé à présent. Ces enfants là, sûrement un centre aéré ou quelque chose comme ça, mangent très bruyamment. Ils crient, se battent et courent… Certains traversent même sans gêne notre salle à manger, ce qui agace beaucoup Conan qui n'est guère tolérant. Il dit que la forêt est suffisamment vaste. Voudraient ils nous chercher querelle qu'ils viennent nous marcher dessus ?
Il est vrai que nous étions là avant eux et qu'ils auraient pu aller plus loin.
Ensuite, nous partons, guidés par les adultes, escalader quelques rochers. J'y suis quand même bien plus à l'aise que je ne l'étais ce matin. Je suis content car je me débrouille mieux que Guillaume. Il ne se gêne pourtant pas pour dire qu'il n'y a pas si longtemps, j'ai joué la comédie, j'ai fait semblant d'être malade pour ne pas aller sur le rocher de la mort mais que la seule maladie que j'avais s’appelle la « trouillante ». Il me compare à Eric, le malade imaginaire. Il n'y à rien de plus insultant. Cela me rend honteux, car si les autres ne le disent pas, je suis sûr qu’il y en a qui pensent comme Guillaume.





Après avoir passé du bon temps d'escalades, nous repartons jouer ; ainsi, nous nous éparpillons dans la nature. Je pars à l'assaut de quelques rochers en compagnie de Julien, Alexis et Evariste. Certains sont retournés au rocher de la mort. J'avais peur que Julien ne cherche à nous y ramener mais il ne le fait pas. Il s'en fiche. Il s'amuse bien ici, avec nous.
Tout à coup! Nous entendons des cris. Nous reconnaissons sans difficulté l'organe vocal d'Aldo.
Qu'a-t-il donc encore à hurler ?
Au début, nous en rions. Nous nous moquons : " On l'assassine! On l'égorge! "
Puis, comme ça dépasse en intensité tout ce que nous avions déjà entendu de lui, nous nous inquiétons un peu. Enfin, nous nous précipitons vers l'endroit d'où proviennent ces terribles cris déchirant la forêt.

Nous ne sommes pas les premiers. Fabien, Johnny et Eric essayent de le calmer afin de comprendre ce qui a pu se passer. Ses vêtements sont à moitié retirés et pas mal déchirés. Il est égratigné à de multiples endroits, râpée comme une carotte et rougie de partout. Il est drôlement mouillé aussi, et puis... Il pue la pisse.
Il s'est fait attaqué par une bande d'enfants « des cars ». Il jouait là tranquillement avec Eric quand ils se sont tous deux lâchement fait agressés. Le maigrelet, chanceux, est parvenu à s’évader, il s’est rapidement enfui alors ils se sont acharnés sur celui qui restait.
Pendant qu'il se rhabille de ses fringues arrachées, il dit qu'ils ont voulu lui faire une mise à l’air mais qu'ils n'ont pas réussi car il s'est défendu avec férocité. En tout cas, ils ont bien niqués ses fringues et ils l'ont martyrisé en le fouettant d’orties. Enfin pour finir, plusieurs membres de cette bande lui ont pissé dessus. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça. Mais ce n'est que quand ils ont vu Johnny et Fabien ramené par le fugitif accourir en criant qu'ils l'ont laissé sur place et ont filé dans la forêt. Nous sommes arrivés juste après.
Ils étaient au moins dix sur lui à ce qu'ils paraît. C'est lâche! Et nous sommes en colère. Cet acte mérite vengeance! Nous réunissons tout notre groupe afin de partir à la recherche de ces brigands pour une expédition punitive.

Nous les retrouvons vite, mais à peine nous voient-ils qu’ils déguerpissent comme des lapins.
- " J'en tiens un ! " S’écrie Guillaume.
Car un ennemi malchanceux s’est pris les pieds dans une racine, il est tombé par terre. Abandonné par les siens, il s'est fait capturer par le plus prompt d'entre nous alors que paniqué, il tentait de se relever. Puisqu'ils n'ont pas osé nous affronter ensemble, c'est lui qui paiera pour les autres.
Nous formons un attroupement autours de notre prisonnier. Ce n'est pas le plus grand. Il est plus petit que moi. Il semble avoir très peur. Il est vrai qu'il se trouve dans une situation que je ne lui envie pas. Il affirme que ce n'est pas lui, qu'il n'y est pour rien du tout, que ceux qui ont frappé et humilié notre copain sont encore en train de courir. Hélas pour lui, Aldo le reconnaît, et ce qui est plus dur encore, c'est que non seulement il faisait partie de la bande, mais qu'en plus, il est l’un des dégueulasses qui ont joyeusement répandus leur urine sur sa pauvre carcasse.
Houlala ! Il lui a fait pipi sur la figure. Cette scène qu’on imagine nous indigne presque autant qu’elle nous fait rigoler. Mais Aldo lui ne rit pas. Sa colère est extrême. Il lui en veut énormément et nous transmet facilement son esprit de vengeance. Le môme est dans de sales draps.
Nous lui retirons ses fringues sans la moindre difficulté tant sa frayeur le paralyse. Cela en agace plus d’un qui aimeraient mieux sans aucun doute qu’il se défende un peu. Nous déchirons maintenant consciencieusement tous ses vêtements de manière à les rendre totalement inutilisables. C'est Johnny qui en a eu l'idée. Pendant ce temps là, Aldo s’est empressé de ramasser plein d’orties ; puis, le garçon mis à terre, nous le frappons avec force de nos plantes piquantes. Il pleure mais ne hurle pas comme le faisait notre copain. S'il avait crié de même, peut-être aurait-il déjà été secouru ? Il donne l'impression d'accepter son sort. Mais le plus terrible arrive. C'est Julien qui l'apporte. Je ne sais pas où il a trouvé ça, mais à l'aide de deux bâtons dont ils se sert comme de baguettes géantes, il nous amène une énorme crotte, sans doute celle d'un gros chien. Aldo est super content. Il crie :
-" Faut lui faire bouffer ! "
Alors, pendant que plusieurs d'entre nous maintenons le petit morveux qui maintenant se débat, ce que jusqu'à présent, il n'avait jamais fait, Julien et Aldo à l’aide des baguettes lui passent les excréments partout sur le visage.
Cette fois, ça y est ! Les cris sont insupportables. Je crois qu’il ne devrait pas car il ouvre grand la bouche et Julien en profite pour mettre le bâton souillé entre les dents du condamné.
Je tiens toujours le pauvre gosse avec mes camarades mais je ne sais pas pourquoi, je tremble comme une flamme. Je ne me sens pas bien. En plus, à remuer la merde, on en fait ressortir l'odeur. J'ai envie de vomir.
J'ai lâché le morceaux de garçon que je tenais, puis je m’éloigne du groupe pour aller chercher des
orties, du moins, c’est ce que je me dis.
Je ne veux plus regarder. Je crois qu'on va trop loin, qu'il n'en méritait pas tant mais je n'ose rien dire. Je ne veux pas qu'on pense que je suis de son côté.
Tout à coup ! Fabien crie à Julien qui, excité comme jamais, n'arrête pas de sa baguette d’amener la merde à la bouche… De stopper les sévices ; puis à tous les autres, de le laisser partir ; mais comme tous ne cessent pas, il pique sa petite crise et bouscule Johnny qui tient toujours solidement notre victime. Le plus fort d'entre nous, un peu surpris, obtempère le sourire au lèvres. Alors les autres suivent. Pourtant Aldo trouve encore que ce n'est pas assez, qu'il mérite bien pire, mais il n'ose pas continuer tout seul.
Après avoir été l'un de ses bourreaux, Fabien tente de réconforter le petit, mais celui ci pourtant n'en finit pas de crier. C’est comme si sa punition n'était pas terminée. On a comme l'impression qu'il ne se rend plus compte de rien. Je me sens mal à l'aise.
Des voix viennent vers nous. Ce sont ses copains qui arrivent accompagnés de leurs monos. Ils ont enfin du l'entendre et doivent se demander quels supplices nous lui faisons subir.
Nous nous sauvons sans attendre, laissant seul et prostré notre victime en pleurs, le corps nu, rouge et en feu martyrisé par les orties, et le visage barbouillé de caca bien lavé de salive et de morve au sable mélangé. Je n'ose imaginer ce qu'il va ressentir devant ses camarades. Quelle honte ! Si j'étais à sa place, je préférerais mourir plutôt qu'on me découvre ainsi.



Nous avons rejoint nos adultes et ça chauffe maintenant entre notre groupe et le leur. La discussion entre accompagnateurs n'a rien de cordiale. Leurs adultes ont l'air de dire que nous sommes des monstres, qu'on devrait nous interdire de quitter notre Centre, que nous sommes trop malveillant pour aller dans des zones publiques, qu'ils devraient en toute logique nous empêcher de nuire. Ils montrent ce que nous avons fait à leur petit protégé mais ils oublient de dire que ce sont eux qui ont commencé. Ils n'ont pas de chance ? Conan n'est pas d'humeur à se laisser « engueuler » aujourd'hui, et je crois que leurs monos sont allés trop loin dans l'insulte. J'ai rarement vu un tel « coup de boule ».
Le moniteur d'en face a d'un seul coup d'un seul tout le nez éclaté. Un autre a voulu le défendre et instantanément, il se retrouve au sol en hurlant sa douleur. Notre adulte déchaîné frappe même une monitrice qui bêtement s'en est mêlée, pensant sans doute, à tord, que son statut de femelle pouvait la protéger. Pendant ce temps là, Esdef tente difficilement de calmer tout le monde.
Enfin... Les autres décident de s'en aller. Ils remontent dans leurs cars et disparaissent. Nous hurlons notre victoire. Nous les avons mis en fuite. Onze enfants et deux adultes ont mis en déroute au moins une soixantaine de gosses et sept adultes. Même si la moitié d'entre eux appartenaient au sexe faible, cela n'en est pas moins un exploit monumental.
Aujourd'hui, nous sommes fier d'appartenir à notre Centre. La forêt est à nous maintenant, nous avons conquis notre coin ; pourtant Esdef nous ordonne de monter dans le minibus. Nous rentrons. Quelle déception ! A quoi sert la victoire si nous ne pouvons pas en profiter.
Il prend le volant et refuse d'entendre quoi que ce soit. Conan est toujours énervé, je crois ; mais il reste silencieux durant tout le trajet comme s'il se fichait de tout ça.







Le goûter que nous aurions du prendre dans la forêt, nous l’avons pris au Centre. Entre les douches et le repas, Esdef s’en est allé, nous laissant seul avec Conan, la brute ou le héros. C’est selon…
L’adulte a l’imperméable semblait un peu inquiet car il fit proposition à son violent collègue de rester à sa place, mais l'athlète moustachu a toujours refusé. Et c’est tant mieux ! Parce que la soirée est sympa. Je ne suis pas puni. Je ne suis pas au lit. L'adulte reste dans sa chambre et ne s'occupe guère de ce que nous faisons. Il a dit que le premier qui foutrait le bordel le regretterait vraiment. Alors après la démonstration qu’il a fait cet après-midi, nous faisons quand même un peu attention.
Je me suis engagé dans une partie d'échecs contre Julien. C'est Fabien qui m'a appris. C'est Esdef qui lui a appris. Soudain! Guillaume entre dans la salle, et dit :
- " C'est qui dans la chambre à Conan ? "
Il paraît en effet que deux types sont venus le rejoindre pendant que je prenais la douche. Alexis et Evariste les ont vu entrer. Ils avaient même, ont ils dit, des bouteilles d'alcool avec eux.
- " C'est sûrement des copains du rugby à lui. " Suppose Fabien.
C'est la première fois que je vois un adulte faire venir ses copains dans l'appartement ; mais après tout, il a bien raison. Et puis comme ça, il nous fout la paix.





Nous ne nous sommes pas couchés trop tôt ce soir, bien que demain il y ait école. Il faut dire que ce sera le dernier jour de cette courte semaine. Nous rentrerons chez nous après la classe puisque vendredi sera le 1er mai. Conan devait être d'humeur plutôt bonne car bien que nous ne nous soyons pas montrés très calmes, loin s'en faut, lors de la mise au lit, il n'y a pas eu de sanction.
Maintenant, la lumière est éteinte depuis un bon moment, mais je ne dors toujours pas. La journée d'aujourd'hui a un peu perturbé mon esprit. Je me sens énervé. Et puis, les adultes sont bruyants.
Tout au début, lorsque nous nous sommes couchés, ils riaient beaucoup et faisait du bruit. Alexis râlait. Pour rire, Il disait qu'ils étaient saouls. Après, ils se sont calmés et on ne les entendait presque plus avec les portes fermées, mais le temps passant, ils semblent oublier que nous dormons. Il y a par moments des rires, et même parfois des éclats de voix. Ce n'est pas vraiment embêtant mais ça empêche mes rêves de se mettre en route. Je commence pourtant à somnoler lorsque le son s'élève d'un coup. La porte de leur chambre s'est ouverte ; puis, après qu’elle se soit refermée, c'est la notre qui s'ouvre. J'ouvre les yeux. La lumière du couloir en s’engouffrant dans notre pièce l'éclaircie nettement. Je les referme très vite en voyant Conan apparaître. Il se dirige directement vers Jean-Philippe, et à voix basse, lui demande de le suivre.
Le garçon se lève, veut prendre son pyjama afin de l'enfiler, mais l'adulte lui dit :
- " Non. Laisse ça là ! "
Mes paupières sont toujours closes, pourtant je vois légèrement au travers de mes cils. Jean-Philippe est hésitant, embarrassé ; mais l'adulte, sûr de lui, et un brin éméché, le pousse et le fait avancer très vite vers la sortie. Le jeune adolescent, qui n'a sans doute pas envie de faire d'histoire, quitte ainsi étrangement la chambre en compagnie de l'adulte qui, pour sa part, est toujours habillé malgré l'heure tardive. La porte se referme, me plongeant à nouveau dans l'obscurité, et puis une autre s'ouvre, laissant sortir des clameurs de joie. Les copains de l'adulte accueillent mon camarade avec beaucoup d'enthousiasme. Enfin, leur porte se referme. Les bruits faiblissent...

C'est la fête dans la grande salle. Il y a sur les tables, un grand nombre de gâteaux et des bouteilles de jus de fruit. Les serpentins et confettis multicolores volent de partout. Je suis content. Je jette un coup d’œil par la baie vitrée. Tout en bas, il y a un lac gelé. Un jeune homme fait du vélo sur la surface verglacée, cela attire mon attention. Je me désintéresse de la fête afin de le regarder. Il y a aussi un garçon de douze ou treize ans qui fait du patin à glace. Je ne sais pas pourquoi mais je pense que si ça craque... Ca peut être dangereux. Le cycliste quitte à présent cette étendue froide et glissante, mais le garçon, sans s'en soucier, patine toujours. Tout à coup ! Je m'aperçois qu'il s'enfonce. Il ne peut plus avancer. La glace cède sous lui, mais sans craquer. On dirait qu'elle fond ; et lentement, le lac l'avale.
D'en haut, je regarde, impuissant. Je tourne sur moi même. Je suis nerveux, angoissé. Je ne sais pas quoi faire. Je ne me sens pas bien. Conan ouvre la fenêtre et se jette dans le vide pour aller s’écraser sur le bord du lac. Je me mets à courir. Je quitte la grande salle, puis le bâtiment, et je m'élance dans la rue. C'est une route étroite et tortueuse que je descends à toute vitesse. Elle n'en finit pas. Je n'ai guère la notion du chemin qu'il me reste à parcourir car il n'y a pas le moindre horizon. C'est comme si je me trouvais dans une très vieille ville. De nombreux gamins se joignent à ma course, et c'est toute une bande qui dévale la pente maintenant. Je pense n'être plus très loin, mais je n'aperçois toujours pas le lac. Je croise le jeune homme en vélo. Il roule dans la direction opposée. Je lui demande s'il a vu le garçon s'enfoncer dans l'eau ? Il me dit : "  Oui " Mais qu'il ne pouvait rien faire, alors il préfère partir. Je me remets à courir jusqu'à ma destination. Il y a là un attroupement. Le jeune garçon est assis sur la rive. Nu et tremblotant légèrement, il est recouvert d'une serviette rouge que frotte sa mère. Il a l'air d'aller bien. Conan est au sol, vivant également, mais blessé. Il ne peut pas se lever. Je me demande si c'est lui qui a sorti l'enfant de l'eau, mais je ne le crois pas, il n'est pas en état de le faire. La foule se disperse car il n'y a plus rien à voir. Je m'approche de l'imprudent, et lui dit :
- " T'es fou... C'était obligé que ça tient pas. "
Ma remarque le fait sourire. Son sourire est beau. Sa mère dit comme si c’était naturel : " Il a l'habitude. "
Le garçon a laissé tomber sa serviette rouge et s'est levé pour retourner au bord de l'eau. Ce n'est pas gelé comme tout à l'heure. Il n’y a plus que quelques blocs de glace qui flottent comme des icebergs. Il plonge dans l'eau froide, et nage. Comme il s'éloigne, je m'approche du bord, mais je ne le vois plus. Par contre, j'entends l'eau couler au loin. Il doit y avoir une cascade quelque part... Ou alors… C'est l'adulte qui prend sa douche. Je ne pense plus au garçon et j'essaye d'écouter le bruit de l'eau.
Si l'adulte prend sa douche, c'est que nous sommes le matin. L'eau cesse de tomber mais les bruits continuent. Des bruits familiers faibles et lointains que l'on entend que lorsque le silence est parfait. L'heure de se lever est proche mais la chambre est toujours plongée dans l'obscurité. Alors, je me souviens. Le garçon... Qui est il ? Je ne sais pas. Je le connais, je crois... J'en suis sûr, mais je ne sais plus qui c’est. Je ferme les yeux pour essayer d'y retourner afin de savoir comment ça va se terminer. Je revois le lac. Ce n'est plus tout à fait pareil. Il n'est même plus en hiver.
L'adulte est entré dans la première chambre pour y réveiller les enfants. Il ne va pas tarder à venir ici. La porte s'ouvre. La lumière s'allume et l'adulte dit, trop fort :  " Debout ! " Puis il repart.
Je me lève rapidement. Je m'habille rapidement. Je fais mon lit rapidement. Je suis prêt.
Alexis est en train d'enfiler son pantalon, tandis que Jean-Philippe n'a pas encore bougé. Il dort toujours malgré les bruits que le jour et une dizaine d'enfants, maintenant réveillés, apportent à l'appartement.
Je m'approche de mon copain et lui tire sur le bras qui lui cache la figure dans le but de le sortir de son sommeil inachevé car il y a école aujourd'hui. Il ne faudrait pas qu'il traîne trop, surtout qu'il met plus de temps que moi à se préparer puisqu'il se lave... Même quand il n'a pas le temps.
Il s'est dégagé de ma prise et repositionne bien sa joue contre le drap, son bras se rabattant automatiquement sur son visage à nouveau presque caché. Il n'a rien dit. Je ne sais pas s'il s'est vraiment réveillé. Je le secoue en disant : " Jean-Philippe. Il est l'heure. "
Alexis éclate de rire, puis accourt pour m'aider. Il dit : " Jean-Philippe. Il est l'or. " Et il rigole encore. Je le trouve bête Alexis des fois, mais il me fait rire quand même.
Cette fois, le dormeur a un geste d’agacement mais n’émet toujours pas un son. Nous le bougeons plusieurs fois, mais systématiquement, il reprend sa position.
-  " Il est peut-être malade ? " S’inquiète le petit gros " Il faut le dire à Conan.
Je suis sceptique. Je pense plutôt qu'il a la flemme. Je ne sais pas à quelle heure il s'est recouché, je ne l'ai pas entendu quand il est revenu. Si ça se trouve, il n'a pas dormi longtemps. Peut-être même a-t-il bu ? Je dis que ce n'est pas la peine d'aller chercher l'adulte. Il se lèvera peut-être dans cinq minutes.

Un quart d'heure plus tard, il n'a toujours pas bougé bien que notre petit compagnon de chambre ait tenté à plusieurs reprises de le faire réagir sans obtenir la moindre réponse.
Voilà l'adulte ! Que va-t-il dire? Il s'approche du dormeur, tente de le tourner vers lui, mais le corps du jeune garçon s’oppose à tout déplacement, retrouvant invariablement sa position première.
Je ne crois pas qu'il devrait ainsi résister à Conan. L’adulte va se fâcher.
L'adulte ne se fâche pas et laisse tomber l'affaire.
Alexis demande si notre copain est malade?
L'adulte répond : "Oui" Et nous dit simplement de le laisser dormir.
- “ Tu vois j'avais raison. Il est malade. " Se réjouie le petit gros dès que l'adulte est sorti.







Ce matin, la classe est supportable. Le maître parle beaucoup. Il raconte l'histoire de France et Saint Louis. Bien que je m'en fiche un peu, j'écoute quand même car il raconte bien. Ainsi, la récréation arrive rapidement. Je m'y ennuie un peu parce que tout à l'heure, on a voulu mettre nos rollers mais la maîtresse des petits nous en a empêché. Elle a dit :" Pas pendant la récréation! " On n'a pas le droit. Johnny n'était pas content mais il a obéis à cet ordre comme tout le monde.
Nous avons pris nos chaussures à roulettes pour venir à l'école parce que, paraît-il, Malabar avait dit qu'il nous faudrait les avoir ce matin.
- " Nous allons faire une partie de Rollerball ” M’affirmait Alexis au petit déjeuner.

C'est enfin l'heure pour les petits de rejoindre leurs classes, tandis que nous nous regroupons autours de l'adulte sportif. Il est déçu en constatant que Jean-Philippe, resté au lit, n'est pas parmi nous, car le départ de Youssef arrangeait notre groupe de sport en lui donnant un chiffre pair et c’est un avantage quand il faut faire des équipes. Cette absence imprévue nous rend à nouveau impair. L’adulte réfléchit, puis en riant, il lance : " A moins que David n'aille encore faire un tour ? "
Pourquoi dit-il cela ? Je crois qu'il aimerait bien se débarrasser de moi ; comme ça, ils seraient à quatre contre quatre. Je sens qu’il va m'expulser au bout de cinq minutes pour je ne sais quelle raison futile. Je ne lui laisserai pas le plaisir de me vider, je quitte immédiatement mes patins que je laisse sur place, puis je m'enfuis derrière le bâtiment. Il ne m'a même pas rappelé pour essayer de me faire ranger mes rollers... C'est dire s'il est content que je m'en aille.
Les tranchées sont toujours là mais aujourd'hui, elles sont occupées. Les ouvriers ont pris possession de mon territoire et je ne suis pas de force à lutter contre cette invasion. Je ne sais pas quoi faire. J'aimerais bien aller voir si Jean-Philippe est réveillé mais je crains que l'adulte ne soit également dans la chambre. J'opte pour le bois, sans en avoir réellement très envie. Je crois que je regrette de ne pas participer au match de Rollerball.



Le temps passe si lentement et je m'éloigne si peu que je ne suis pas en retard au repas de midi. Je ne me suis même pas sali, à la grande satisfaction de Glassouille qui ne me complimente pas mais en fait tout de même le constat. Et encore, elle ne sait pas que j'ai passé une partie de la matinée dans le bois. Elle demande pourquoi Jean-Philippe n'est pas là ?
Alexis lui répond qu'il est resté couché car il était très malade ce matin.
Elle lui dit : " Va le chercher! Et demande lui s’il peut venir manger avec nous ! "
Le petit gros râle. Il n'a pas envie de retourner à l'appartement.
Guillaume se lève rapidement en disant : " J'y vais ! " Et il s'élance… Mais aussitôt, il est stoppé d’un cri strident au pouvoir paralysant que vient de pousser l'adulte.
Elle le somme de revenir s'asseoir, et sans baisser la voix, intime à nouveau l'ordre au petit fainéant d'aller chercher le malade. Alexis obéit, et sans cesser de râler, disparaît de la salle à manger.
Lorsqu'il revient... Il est seul.
- " Jean-Philippe n'est pas là. " Dit-il
- " Comment ça ? Pas là! " S'étonne l'adulte.
- " Y avait personne. "
- " Il était peut être aux chiottes. " Dit Johnny.
- " Mais non! " Répond l'enfant
- "Il était pas là ! Son lit était bien fait et tout..."
L’adulte présume alors que Conan l'a emmené pour faire des examens ou autre chose. Enfin... Elle ne sait pas. Elle verra après

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Re: Je ne sais pas pourquoi (26)

Message  Arkol le Mer 16 Sep 2015 - 19:32

Je n'ai pas lu qu'un peu, comme vous tu l'écris sous mon poème, je lis rapidement, une certaine habitude.
Le récit est intéressant, seulement on retrouve souvent des situations sensiblement identiques.
Quelques mots superflus aussi dans la narration, moins dans les dialogues.
Des fautes en effet, des récidives comme le mot TORT (il a tort) qui n'a rien à voir avec le verbe TORDRE et que tu orthographie TORD !
J'ai posé une question, est-ce une fiction ou une réalité?
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Message  Arkol le Mer 16 Sep 2015 - 19:35

Arkol a écrit:Je n'ai pas lu qu'un peu, comme tu l'écris sous mon poème, je lis rapidement, une certaine habitude.
Le récit est intéressant, seulement on retrouve souvent des situations sensiblement identiques.
Quelques mots superflus aussi dans la narration, moins dans les dialogues.
Des fautes en effet, des récidives comme le mot TORT  (il a tort) qui n'a rien à voir avec le verbe TORDRE et que tu orthographie TORD !
J'ai posé une question, est-ce une fiction ou une réalité?
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Re: Je ne sais pas pourquoi (26)

Message  jeanloup le Jeu 17 Sep 2015 - 8:31

fiction

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