Je ne sais pas pourquoi (23)

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Je ne sais pas pourquoi (23)

Message  jeanloup le Sam 15 Aoû 2015 - 23:34

- "Nom d’une cuisse de grenouille! Tu m'tiens la planche p'tiot ! "
- " O.K ! "
Serre boulon scie pendant que je tiens le contre-plaqué. Puis c'est mon tour de scier, mais ça ne dure pas longtemps car je vais de travers. Ensuite, nous tapons sur des clous, rabotons et vissons...
Ouf ! Ca fait un bon moment que nous travaillons et n'avons pas volé le petit verre de vin que mon maître nous sert en jurant gaiement. C'est une armoire pour le troisième groupe qui nous occupe ainsi. Elle sera bientôt terminée et j’aurais beaucoup participé à sa confection. J'aurais aimé qu'on fasse quelque chose pour ma chambre mais il faut honorer les commandes en cours et ça ne concerne pas notre groupe.
- " Fait Gaffe à tes arpions p'tiot ! " Fait-il en soulevant le meuble.
Puis :" Nom d'une tonsure vaginale ! J'ai oublié... Aide moi p'tiot ! "
Nous la recouchons sur l'établi pour finir l'ouvrage, puis il me dit :  
- " Va bentôt être l'heure pour ta fraise d'aller bouffailler p'tiot! Tu raboul'ras tantôt ! "
- " Ca m’étonnerait que je peux. " Je réponds.
En effet, ce matin, Conan est seul avec le groupe et ça ne pose pas de problème que je m'échappe. Au contraire, je crois même que ça l'arrange. Mais cet après-midi, les trois adultes seront là.
- " Qu'est ce que vous allez glandouiller p'tiot ? Vous gardez la taule ou vous prenez les champs? "
- " Je sais pas. " Je réponds en haussant les épaules comme si cela n'avait aucune importance.






Nous voilà tous à table. Les trois adultes sont présents. Ils nous disent que cet après midi, il n'y aura pas de sortie. Nous resterons tous là et le goûter aura lieu de bonne heure. Juste après, nous aurons l'honneur et le privilège de découvrir en avant première, le reportage diapos, merveilleux témoignage de nos vacances de neige, monté par Mohad et quelques autres.
Théoriquement, il doit être présenté à la fin de l'année devant les parents, tout le personnel et d'autres personnes invitées, mais comme nombre d'enfants souhaitent le voir rapidement, ils ont monté quelque chose qu'ils espèrent assez complet. Ca leur permettra, en outre, de se roder un peu à ce travail nouveau pour eux.
Je suis bien content. Je vais pouvoir me voir et revoir la montagne, ainsi que découvrir les autres stations.
Comme pour cet après midi, rien d'autre n'est prévu, nous sortons pour aller jouer en attendant que les adultes se décident. Pour le moment, ils boivent le café. Ils vont sûrement discuter longtemps encore.


En sortant de la salle à manger, je croise Serre-Boulon se rendant à table en compagnie de la lingère car ils ne mangent qu'après nous. Il me fait un clin d'œil que j'essaye de lui rendre en tordant un petit peu mon visage.
Dehors, tout le monde s'éparpille. Moi, je ne sais pas quoi faire. Je vois Alexis, Evariste et Guillaume qui, discrètement, s'en vont du côté de l'école. Je les suis et comprends vite qu'ils se rendent dans le bois. A peine y pénètrent-ils que je cours jusqu'à eux
- " Où vous allez ? "
- " Nulle part. " Me dit le petit gros
- " Je vais avec vous ! "
- " Vas-t'en ! " Me dit Guillaume " T'as rien à faire avec nous! "
Je ne sais pas pourquoi il me renvoie mais je n'ai pas envie de me laisser chasser par celui là ; alors, faisant pleinement confiance aux deux autres, je ne m'occupe pas de ses paroles.
Le petit caïd affirme avec virulence que si l'on y va avec moi, ça va faire des histoires.
Je ne sais pas pourquoi il dit ça mais il semble les convaincre puisqu'ils font demi tour et reviennent vers les bâtiments.
Je suis toujours avec eux quand Alexis me dit en riant :
- « Tu vas pas nous suivre comme un toutou. On joue entre nous. On a pas besoin de toi. T'as qu'à aller avec Aldo, là-bas. »
Je n'en reviens pas de m'entendre dire ce genre de chose par un... Petit. Mais sans un mot, je m'en vais, les laissant à leurs petits secrets de rien du tout. Pourtant, je suis malheureux qu'ils ne me fassent pas confiance.
J'aurais pu les suivre de loin sans me faire voir... Mais c'est tant pis. Après tout, ils ne m'intéressent pas.

Je m'approche d'Aldo, Julien et Eric qui sont en pleine guerre de sécession et ne me prêtent guère d'attention. Cela ne me dit pas grand chose de jouer avec eux. Comme ils ne m'y invitent pas, avant que ma présence ne les dérange, je choisis de les quitter, leur évitant ainsi d'avoir à se débarrasser de moi.
Je regarde partout autour. Il y a là-bas Antoine, tout seul, mais je ne saurais pas quoi faire avec lui. Bob et Ludovic courent après je ne sais quoi.
- " David ! Viens voir ! "
C'est Fabien qui m'appelle. Il est avec Johnny, et tout deux se rendent sur le terrain en herbe
- " Viens ! " Me dit-il. puis : " Tu sais le truc qu'on a fait à Noël ? On pourrait le faire en mieux pour la fête de fin d'année. Johnny veut bien le faire avec nous. "
C'est vrai que nous avons eu du succès mais je pensais que c'était terminé. En tout cas, cette idée me plaît bien.
Sur l'herbe, tout d'abord, nous apprenons à Johnny à marcher sur les mains. Il nous fait rire car ses jambes écartées veulent absolument retomber du côté de sa tête. Il ne se débrouille quand même pas si mal pour un débutant. Ensuite, nous imaginons des cascades et inventons des scénarios rocambolesques, invraisemblables ; des folies qu'on se raconte plus qu'on ne les travaille. D'ailleurs, tant que nous parlons de nos scènes, elles ont toujours la clarté de l’eau qui coule d’une source, mais lorsqu'il s'agit concrètement de les exécuter, c’est une autre paire de manche, pour ne pas dire une débandade ; Pourtant... Qu'est-ce qu'on rigole
- " A la fin, on pourrait faire une pyramide aussi ? " Je propose.
- " On peut pas, on est que trois ? " Dit Johnny.
- " Si. Toi debout par terre, Fabien debout sur tes épaules, et moi debout sur les épaules de Fabien. "
- “ C’est pas une pyramide, c’est l’obélisque ! ” S’exclame Fabien.
Je ne vois pas pourquoi Obelix... Peut-être pense t’il au menhir, mais ça me fait rigoler.
- " C'est pas possible ! " Affirme pour sa part Johnny
-" Mais si c'est possible ! " Je réponds convaincu car je suis persuadé que nous pouvons le faire.
Alerté par nos cris, rires et gaies clameurs que chaque essais provoque, Warren vient vers nous en courant.
-  " Je peux jouer avec vous ? "
- " On ne peux pas ! " Je réponds, en m'adressant à Fabien " Il n'est pas avec nous. " Car je ne pense pas qu'on puisse préparer un numéro ensemble en appartenant à des groupes différents.
- " C'est pas grave… " Dit mon ex camarade de chambre en repoussant mon objection “ Mais s’il vient avec nous... D'abord, il doit savoir marcher sur les mains. »
Le petit café au lait lance ses paumes à terre, ses pieds en l'air, et se met à galoper ainsi en se servant de ses bras comme n'importe qui le ferait de ses jambes.
Il n'y a pas à dire, il se débrouille bien mieux que Johnny, réellement épaté. Il est presque aussi bon que moi, bien qu’en dépit de sa rapidité, il n'est guère esthétique.
Fabien est tout content de le voir ainsi réussir ce test mais ne semble pas surpris. Je me demande si ce n'est pas lui qui le lui a appris, mais je ne vois pas quand.
Nous pensons donc maintenant, dans nos scènes imaginées, à inclure le petit.

-" Warren ! Qu'est-ce que tu fais là-bas ? Tu veux venir tout de suite ! " Lui crie une adulte du premier groupe.
Notre nouvel acolyte arrête net ses activités au sein de notre troupe.
- " Faut que je m'en aille. " Nous dit-il désolé.
- " Tu vois ! Je t'avais dis. " Je dis à Fabien.
- " Tant pis! On continue tous les trois. On verra après si on peut faire avec lui. "
Et nous voilà repartis dans nos acrobaties.

Cyril et Mohad, qui portent du matériel, se dirigent vers la salle de sport. Ils hèlent le plus grand d'entre nous.
- " Johnny ! Tu viens nous aider ? " Lui demande le blond garçon.
Johnny s'excuse rapidement auprès de son meilleur copain et s'en va avec les deux grands.
- " Pourquoi il va avec eux ? Je demande au petit adolescent resté à mes côtés. " Il ne fait pas partie du reportage! "
- " Je ne sais pas. " Il répond comme si cela ne l'ennuyait pas.




Nous avons pris, comme prévu,  le goûter de bonne heure et nous nous rendons maintenant dans la salle de sport où les grands ont installé leur matériel de projection.
Tout a été préparé par Mohad, Jimmy, Cyril et Antoine. Si seul le plus âgé a pris les photos, ils ont tous participé au montage et aux commentaires sous l'égide et la surveillance de Précieux.
Nous nous asseyons sur les tapis car il n'y a de chaises que pour les adultes.
Johnny vient s'asseoir avec nous. Ça me surprend. Je pensais qu'il resterait à la machine avec les réalisateurs.

La salle est maintenant plongée dans le noir. Mohad s'excuse en disant que le générique n'est pas encore fait, puis envoie la première diapositive : Réveil dans une chambre que je ne connais pas... Où l'on voit Fabien au lit, le torse nu, à moitié recouvert par le draps… Et les yeux qui ne veulent pas s'ouvrir malgré la grande luminosité et l'animation qu'on peut sentir dans la chambre.
Le commentaire fait par Antoine qui se trouvait dans la même station que lui, dit :
- " C'est le printemps et la marmotte qui n'a pas écouté les informations dort encore. ”
Tous rigolent car Fabien a souvent beaucoup de difficultés pour se lever le matin.
Pour la deuxième diapositive, c’est toujours le réveil, mais c’est un autre lieu. Une forme apparaît sous une couverture, mais on ne devine pas qui c’est.
- " Un boa a dévoré Dick tout cru et a bien du mal à le digérer "  Narre Jimmy, le commentateur de cette station.
Nous voilà enfin à ce qui m’intéresse. Mais la première de Crest-Volant ne montre pas ma chambre, car c'est bien Ludovic qui apparaît tirant sa flemme avec les fesses en l'air.
- " Ludovic qui va se convertir prochainement à l'islam s'entraîne à la prière. " Commente le souriant Cyril.
Puis se déroulent chronologiquement les différents moments de la journée, avec des photos qui passent d'une station à une autre, d'un commentateur à un autre.
Lors de la toilette du matin, dans une salle de bain collective, Denis, un petit du premier groupe a du savon plein la figure et… La bouche grande ouverte et le visage plissé, il est en pleine crise de larmes. Je ne sais pas pourquoi il pleurait. Moi, je n'aimerais pas qu'on me prenne ainsi en photo. Je soupçonne Jimmy de l'avoir tapé exprès pour le faire chialer afin de faire son commentaire.
- " Denis n'a plus d'eau pour enlever tout son savon. Que faire ? Le génial innovateur a trouvé la solution. La faire sortir de ses yeux. "
Puis nous voyons des petits déjeuners, des départs au ski, les pistes, et surtout les chutes. Heureusement, on ne voit pas celle où Mohad m'a pris en photo ; par contre, Conan n'est pas raté. Le photographe l’a flashé en pleine perte d'équilibre alors qu’il est encore en l’air.
Bien que je fus témoin de l’exercice de style de l’adulte grotesque, je n’avais pas pu voir, au moment du direct, cette expression terrifiée qui le rend, pour une fois, magnifique de ridicule.
- " Grande nouvelle! Les martiens viennent de nous envoyer un des leur. Leur vol est spectaculaire et original. " Nous dit Cyril. Puis lorsqu'on revoie l'adulte, le visage défait et tout blanc de neige. :
- " Scoop ! Les Martiens vieillissent très vite dès qu'ils touchent le sol terrestre. "
Tout le monde rit également lorsque sur une autre diapo, on voit glassouille, elle aussi, les quatre fers en l'air. Le commentaire très gentil de Jimmy, nous annonce seulement : “ Un bain de neige pour Glassouille. ” Il y avait quand même mieux à faire ! Mais peut-être ont ils été censurés ?
Suivent encore de nombreuses images, mais pour l'instant, je ne me suis vu que deux fois ; et encore…en arrière plan. Une fois, au sein de mon petit groupe alors que nous allions prendre la remontée mécanique, et une fois pendant le goûter.
Lorsque le temps des douches arrive, prévisible évidemment car la journée se déroule chronologiquement, je sens ma peau frémir et mon cœur battre plus fort. Je crois… ou plutôt, je suis sûr que depuis le début, j’attendais ce moment. Tout en le craignant fortement.
Nous voyons d'abord Evariste, de dos, mais très reconnaissable avec ses longs cheveux bruns.
- " Pluies diluviennes de la tête à la lune. " Nous annonce le commentaire météo d'Antoine.
Ensuite, on voit le petit Didier, tout nu et tout mouillé, qui rigole tant qu'il est plié en deux.
- " Le liquide hilarant a encore frappé. Une victime: Un enfant de huit ans."
Tous rigolent et se moquent de son tout petit zizi qu’on aperçoit à peine. J'espère qu'ils ne vont pas rire ainsi de moi.
C'est avec stupeur que je me découvre. La photo est extraordinaire. J'y suis en pieds, faisant face à l'objectif, mais sans le regarder, le torse gonflé et les bras légèrement écartés. Mais ce qui rend l'image impressionnante, c'est cette mousse abondante dont on ne sait si elle jaillit de mon corps ou si mon corps comme un aimant l'attire. Mon visage lisse ne sourit pas mais dégage une joie indéfinissable. Est-ce la texture ? Est-ce la couleur ? Mais chaque parcelle de ma peau qui traverse la mousse donne à l'ensemble de mon image une sorte de perfection que je ne lui connaissais pas.
Je me reconnais bien et pourtant j'ai du mal à croire qu'il s'agit de moi.
Les paroles de Cyril me surprennent également. Je m'attendais un peu à être dénigré. Il n'en est rien. :
- " Pub ! Le savon écume de peau, le savon qui rend beau ! "
Le commentaire en forme de slogan qui se veut ironique et humoristique me trouble presque autant que la diapositive. Et si quelques railleries accompagnent la diffusion de ce chef d'œuvre, la plupart des enfants trouvent la photo très belle. J'entends même derrière moi les adultes féliciter le photographe. Je ne peux pas m'empêcher de me retourner. L'Algérien est fier mais presque gêné de sa performance ; et lorsque mon regard croise le sien, il me sourit. Un sourire qui semble dire. Tu vois ce qu'on est capable de faire ensemble. On est fait l'un pour l'autre. Mais je ne le crois pas. De toute façon, vu le nombre de clichés qu'il a pris de moi sous la douche, c'est bien normal qu'il y en ait un qui rende l’image si belle. J'aimerais quand même bien savoir comment sont les autres. Peut-être plairaient elles autant. Mais en tout état de cause, si au moment de la prise, je l'aimais un peu… Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas.
Ensuite, nous voyons les repas, les veillées, les couchers, où l'on peut me revoir une dernière fois, en pyjama, juste avant que je ne le retire.
Toutes les diapos diffusées aujourd'hui sont vraiment jolies. Je veux bien admettre que Mohad a beaucoup de talent.
A la fin, tout le monde applaudit. L’artiste est félicité pour ses prises de vues exceptionnelles ; les monteurs commentateurs, pour leurs choix judicieux concernant les images et pour leurs textes pleins d'humour les accompagnant à merveille. Seuls les modèles sont oubliés, ils n'ont droit, pour leur part, à aucune considération. Je pense pourtant que forcement, ils n'y sont pas pour rien. Mais au fond, je m’en fiche. Je suis quand même content d'avoir posé de cette manière, même si depuis quelques temps, après tout ce qu’on dit, je redoutais un peu ce jour. J'avais peur que ça se retourne méchamment contre moi. Pourtant tous autant qu’ils sont, ils ont trouvé la photo belle, et il y avait de quoi… Même si c'est irréel.

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Re: Je ne sais pas pourquoi (23)

Message  Frédéric Prunier le Mer 16 Sep 2015 - 6:51

lu.

toujours ok pour suivre cette histoire
les chapitres s'enchaînent et lecture agréable

toutefois, j'ai l'impression, à force, de regarder une série TV bien rodée, me manque un peu de surprise

et je confirme
dommage que Serre-boulon ne ponctue pas plus tôt la narration
(petit côté film de Claude Berri "Le Vieil homme et l'enfant" avec Michel Simon, pas désagréable... à doser pour ne pas trop accentuer le cliché mais sympa)

amitié
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Re: Je ne sais pas pourquoi (23)

Message  jeanloup le Mer 16 Sep 2015 - 14:14

Désolé pour le manque de surprise mais merci d'être encore là. Il n'y en a plus pour très longtemps alors je commence à penser que tu vas aller jusqu'au bout.

jeanloup

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