Maître Orental - De l'absence.

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Maître Orental - De l'absence.

Message  Gobu le Jeu 13 Aoû 2015 - 17:22

XVIII - DE L’ABSENCE




1) Présence de l’absent


(Le disciple arrive, se livre à quelques exercices d’assouplissement, et s’installe en tailleur avec son parchemin et un calame. Au bout d’un certain temps, constatant l’absence du Maître, il se lève)

- Maître…Maître (Il se met à le chercher partout, hagard) Maître, enfin, que  t’arrive-t-il ? Peut-être Rosée du Matin sait-elle quelque chose ? Rosée du Matin… Rosée du matin…Allons, montre-toi, voyons…ne fais pas ta capricieuse…providence de nos estomacs…petite fée de notre logis…bénédiction de nos nuits…mais enfin qu’est-ce que c’est que ces manières ? Est-ce ainsi que doit se comporter une servante ? Ah ça mais tu as de la chance que je ne sois plus Prince ! Sais-tu que j’en ai fait empaler pour moins que ça ? Roooooséeee du Matiiiiin…(il se fige, puis se rassoit et fait quelques exercices de respiration pour se calmer) Ca va mieux. Le Maître a raison : la colère obscurcit l’esprit. C’est égal. La vie doit continuer, n’est ce pas ? La vie est ainsi : elle continue. (il médite encore quelques instants, puis prend un ton doctoral) Bien bien bien. Le Maître est absent, Rosée du Matin a disparu, et moi je suis tout seul. Et après ? La vie continue. Nous allons donc reprendre nos leçons (A partir de ce moment, il commence à jouer lui-même les deux rôles)

- Salut, Maître. As-tu passé une bonne nuit ?

- Ni bonne ni mauvaise. Une nuit est une nuit. (aparté) Pas mal ça…

- Tu as raison, Maître. Une nuit est une nuit. De quoi veux-tu que nous parlions aujourd’hui ?

- De l’absence.

- De l’absence, Maître ?

- Oui de l’absence. Qu’y a-t-il à dire de l’absence ?

- Euh…qu’elle est le contraire de la présence, non ? (aparté) Oh je ne sais pas s’il va laisser passer celle-là !

- Bravo. Eblouissante révélation. Je n’ en ai pas entendu de plus drôle depuis mon séjour en compagnie du moine zen Takuan ! (aparté) Je me doutais bien!

- Mille pardons, Maître, je ne le referai plus !

- Ca j’en doute ! (aparté) Ouf…je ne l’ai pas volée non plus, celle là ! (Il reprend avec le ton du Maître) Réfléchis un peu : qu’est-ce que l’absence ?

- C’est quand quelqu’un n’est plus là, Maître (aparté) Je suis moins mécontent de ce trait-là.

- On peut dire ça comme ça. Et après ?

- Comment ça et après ? (aparté) Oh je préférais quand c’était lui qui donnait les réponses. Poser des questions est déjà difficile, mais y répondre soi-même, alors là !

- Quelqu’un n’est plus là. Pourquoi ? Est-il parti ? Se cache-t-il ? Est-il mort ?

- Je l’ignore, Maître. Il est absent, c’est tout.

- Absent pour qui ? Rien ni personne ne peut être totalement absent du Monde. Les vivants sont parmi les vivants et les morts sont parmi les morts.

- Tu veux dire, Maître, que l’absence est une illusion ?

- Comme la présence aussi. (aparté) Ca commence à venir.

- Moi, je veux bien. Si tout est illusion, l’absence ne peut être qu’illusion aussi. Mais nous vivons dans l’illusion, Maître !

- Toi, peut-être, pas moi. (Aparté) Ah mais ça vient ça vient ça vient !

- Bon. Le Sage est détaché de l’illusion. (Aparté) Hum…je ne sais pas comment il va prendre ça !

- Mais non, triple idiot ! (Aparté) Ca, je l’ai pas volé ! (Sur le ton du Maître) Le Sage n’est pas détaché de l’illusion : il sait qu’elle est illusion, c’est tout.

- Ca va Maître. L’absence est illusion, il ne faut donc pas s’en soucier (Aparté) Que va-t-il répondre à cela ?

- Qui s’en soucie ?

- Bonne question, Maître. (Aparté) Bonne question en effet !

- Réponds.

- Oui oui, Maître, je réponds. Eh bien moi, je m’en soucie !

- Tu te fais du souci à propos d’un rien ! (Aparté) Et toc ! C’était à prévoir.

- Tu exagères, Maître ! L’absence du Maître est cruelle à l’élève.

- Parce qu’il a encore besoin d’un Maître. Dès qu’il n’en a plus besoin, il ne s’en soucie plus guère.

- Alors c’est qu’il est devenu à son tour un Maître, Maître.

- C’est bien cela : ne te soucie plus de mon absence et tu seras un Maître à ton tour. (Aparté) J’ai trouvé, hourra, j’ai trouvé la voie (il commence à taper dans ses mains et à faire des bonds dans tous les sens) Tu peux rester où tu veux, Maître, parmi les vivants, parmi les morts et même ailleurs si bon te semble, j’ai trouvé la Voie !


( Le Maître réapparaît. Le disciple ne le voit pas tout de suite et continue son manège sous son œil goguenard. A partir de ce moment le dialogue redevient normal)

- Eh bien eh bien ! Belle démonstration, ma foi ! Je te savais quelques talents de Cour, mais pas celui de bouffon !

- Hein ? (Il voit le Maître et se jette à genoux) C’est toi Maître ?

- Et qui d’autre ? Je ne ressemble pas à Rosée du Matin !

- Oh pour ça non. Comme je suis content que tu sois là. Je te croyais parti.

- J’étais parti. Je suis revenu. Relève-toi. Celui qui s’agenouille humilie celui qui le laisse faire. (Il se relève) Comment t’occupais-tu en mon absence ?

- Je méditais sur l’absence, Maître.

- Piètre résultat pour un aussi passionnant sujet ! Et qu’as tu tiré de ta méditation ?

- Qu’il ne faut pas s’en soucier, Maître.

- Bien dit. Et maintenant reprenons notre leçon.



2) Absence du présent


- Tu méditais sur l’absence. Parle-moi de donc de la présence. Et ne me dis pas qu’elle est le contraire de l’absence, surtout !

- Oh là là, pas de danger, Maître. J’ai déjà donné. La présence c’est quand on est là.

- Crois-tu ?

- Il me semble, Maître.

- Et pourtant tu te trompes. Quand je n’étais pas là, tu as fait comme si.

- C’est exact, Maître.

- C’est que j’étais un peu présent tout de même, non ?

- Euh…dans mon esprit, en tous cas.

- Cela seul compte. Et maintenant que je suis de retour, toi, es-tu présent ?

- Je le pense, Maître.

- Tu penses de travers : si tu étais vraiment présent, c’est toi qui m’importunerais avec tes questions !

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hi!

Message  Polixène le Mer 19 Aoû 2015 - 10:20

C'est vif, amusant. Même si ça ne va pas chercher bien loin, c'est drôle: je vois ça comme des planches de BD en fait.
Un titre trompeur ou facécieux aurait peut-être été un plus (même sans i)

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Re: Maître Orental - De l'absence.

Message  'toM le Jeu 20 Aoû 2015 - 8:13

On va pas bouddher son plaisir, mais j'ai du mal à rester complètement zen. Même narquoisement. J'aime bien la façon dont tu poses le début. L'aparté à soi-même. Après la présentation de ton dialogue sous formes de répliques qui ne dépassent pas une ligne, c'est très vite monocorde et il y a une impression de longueur. Hein, quoi ? - Je fatigue vite ? Hmmm ....Je crois qu'il ne suffirait de pas grand chose comme ré-arrangement pour donner un peu plus de force, sans toucher à l'équilibre.
Vivivi, je chipote....
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