le roman d'elle, incessant, reperpétué

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le roman d'elle, incessant, reperpétué

Message  Cerval le Dim 2 Aoû 2015 - 23:31

commençons par le menu" dit-elle, et elle allume une cigarette. mais ne remet pas le guillemet manquant : tout cela a commencé comme un geste dérobé, comme on trébuche dans sa pensée.

elle lisse les plis de sa robe, les doigts tapent sur la table nerveusement. elle regarde autour d'elle, le regard posé sur chaque visage comme à l'interroger, puis celui fixé s'apercevant dit : je n'ai pas la réponse à votre question, même si il ne le sait pas, ainsi son regard à elle se détourne cependant que celui de l'observé se perd dans une sorte de brise, le vent cette partition de questions perdues. c'est qu'elle veut dire des choses mais ne sait pas vraiment ce qu'elle veut dire, comme le sont, lorsqu'ils sont embarrassés, la plupart des gens. mais contrairement à eux elle sait qu'elle n'essaye pas d'atteindre un informulé; simplement que cette idée n'existe pas encore, que c'est à peine l'aube de cette idée, que c'est seulement le reflet de l'aube sur un miroir, pour que la lumière atteigne un peu les ongles pour commencer à l'enfoncer dans les objets.

la chair des objets, lorsqu'on les déshabille de leur concept... et c'est presque impossible. personne ne sait vraiment toucher la chair. ça ne dit rien, même pas soi-même; cela dit : ceci est. tel, ça n'a aucune utilité.

je dis "elle" mais je peux dire "il" ou "on". je dis "elle" par habitude. j'ai l'habitude de la douceur.

lorsqu'elle marche, elle emmène ma mémoire après elle qui en est la conséquence orpheline, y étant quoi qu'elle fasse toujours par avance, car ne la sachant qu'immédiate comme toutes choses qui me plaisent cette immédiateté m’empêche d’en élaborer autre chose qu’une connaissance ostensive, autre chose qui est la manière d’habitude et qui me pousse à me reculer du sentir pour mieux sentir. alors, m’étant détournée d’elle je l’ai oubliée, et cette idée simple ne m’accompagne pas. elle renverse sa gorge, grappe d'étoiles, vin débordé, soleil négligeant, langage endormi, poitrine balbutiée, et l'absence apparente de son idée qui en est le reproche n'est sujet de nulle venue, d'ambiguïté possible afin d'être dissipée, et en maintient précisément la mémoire.

elle, ne se pose aucune question. il n'en eut pu être autrement. depuis le départ toutes choses à son alentour ne sont pas par elle commentées, elle les prend dans sa main, et comme si ce devait être une métaphore de la pensée ne montre pas de référentialité plus égale à leur égard, les contenant dans le même lieu par simple manque d'attention à leur endroit. elle acceptait tout ce qu’elle trouvait, n'a jamais formulé une opinion, elle avait seulement des savoirs ou des goûts; tout ce qu'elle disait était justifié de s'y rapporter, et par une sorte de miracle de la matière c'était là sa douceur, que sa voix montrait encore en tombant sur les mots comme une étoffe. je me souviens qu'allumant ses cigarettes, elle semblait leur demander pardon, que se promenant dehors elle avait pour tout un geste d’excuse, et que ses injures étaient encore des excuses, car elle devait perpétuellement se justifier; si elle avait sommeil elle s'endormait d'abord dans l'idée du lit, et moi dans ses bras comme dans celle d'équilibre.

l'oubli est une prescription écrasante puisqu'il faut en être dépositaire. rien n'a jamais commencé qu'à la borne de cet oubli, où se confondent la vie et la mémoire, dans cette connaissance par à-coups, d'a-posteriori, de clignements d'yeux sous un ciel tiré au dés qui ne se soucie pas d'elle tout en en étant le miroir. tout son corps a toujours déjà été dans la mémoire, comme s'il y habitait avant même de devoir s'y oublier.

Cerval

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