Je ne sais pas pourquoi (20)

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Je ne sais pas pourquoi (20)

Message  jeanloup le Sam 25 Juil 2015 - 16:27

- " David ! Tu viens à table ! "
Conan m'appelle car je suis dehors, perdu dans mes pensées.
Je reste là, à tourner en rond tout près du bâtiment qui abrite le bureau du directeur qui en ce moment même reçoit mes parents en compagnie du chef des adultes.
Quand ils m'ont ramenés, ils lui ont parlé de ce que j'avais dit dans la voiture, puis ils sont tous entrés. A moi, on a demandé d'attendre dehors. Mais puisque l'adulte de mon groupe m'appelle, je crois que je devrais aller manger. Ca me changera les idées. Hélas, à l'instant où je m'y décide, le chef des adultes apparaît pour m’inviter à rejoindre leur discussion.

On me fait asseoir, puis le directeur me demande :
- " Alors David, raconte moi ce qui s'est passé vendredi avec Mohad ! "
Je baisse la tête, silencieux. Je n'ai rien envie de dire. Je voudrais qu'on me laisse tranquille.
- " Écoute ! On ne vas pas attendre jusqu'à demain. Tu as dit des choses à tes parents. Maintenant il faut qu'on sache de quoi il s'agit."
Devant la persistance de mon silence, Mon père, encore en colère, s'emporte :
- " Hé ! On a pas que ça à faire ! T’es muet quand tu veux toi ! Alors  parle ! "
Précieux prend le relais, calmant mon géniteur d'un geste de la main :
- " Vous n'étiez que tous les deux dans la chambre ? "
- " Oui " Je réponds d'une voix faible
- " Pourquoi vous êtes vous rendus là-haut ?"
- " On a porté ses affaires après qu'on est revenu. "
- " Revenu ? "
- " Ben du car . "
- " Vous avez aidé Monsieur Ben Tahar à porter ses affaires dans sa chambre au retour des séjours ?"
Je confirme d'un léger mouvement de la tête.
- " Et après, quand vous étiez dans la chambre... Qu'est-ce que vous avez fait ? "
Je crois qu'un mot essaye de sortir de ma bouche mais je ne sais pas lequel. Je ne sais pas comment commencer. J'ai l'impression que je vais encore mal m'y prendre alors je ne dis rien. Et puis j'ai déjà dis. Ils en savent bien assez.
Je sens que tous mes silences agacent mes parents, même s'ils se contiennent devant le directeur qui fait des signes à mon père pour ne pas qu'il s'emporte.
- "Vos parents nous ont dis que vous vous étiez déshabillés tous les deux?"
La tête légèrement baissée, Les yeux fixés sur le bois du bureau, je ne réponds pas.
Il n'insiste pas sur sa question et poursuit :
- « Après ! Qu'avez vous fait ? Vous vous êtes touchés ?  Vous ne voulez pas répondre ? »
Comprenant que mon silence est rédhibitoire, il ne tente pas d'aller plus loin et se contente de dire :
- « Je vais chercher monsieur Ben Tahar. » Puis se lève et sort du bureau
Profitant de l'absence de son subordonné, Le directeur reprends la parole :  
- " Nous allons voir ce que va dire Mohad . Peut-être que ce sera plus clair ? "
La porte s'ouvre déjà. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour aller le chercher. Cela signifie que l'Algérien n'était pas dans la salle à manger mais attendait dans sa chambre, juste au dessus de nous. Le directeur lui explique rapidement la situation. A savoir que nous aurions eu des relations sexuelles Cette tournure m’étonne un peu, je n'ai jamais parlé de relations sexuelles.
Mohad paraît très surpris aussi. Il ne devait pas s'attendre à ce que je puisse dire des choses comme ça. Il proteste :
-" Non . Non !  J’ai rien fait. "
C'est alors Précieux qui s'y recolle une nouvelle fois :
- " Vous avez amené monsieur David Auduy dans votre chambre vendredi ? "
- " Oui Il a porté mon sac parce que j'étais chargé. Et puis il voulait des soldats alors je lui en ai donné."
- " Oui enfin... Passons ! Donc, il est allé dans votre chambre mais il n’est pas redescendu de suite. Je peux en témoigner puisque nous l'avons cherché partout. Nous n'avions pas pensé toutefois qu’il puisse être chez vous. Je pense qu’il a bien du y rester au moins une heure. Alors ? Il n'a pas mis une heure pour déposer vos sacs et prendre quelques soldats ? Racontez nous ce que vous avez fait pendant tout ce temps."
- " Oui c'est vrai qu’on a regardé une revue porno. " Dit-il, en souriant légèrement comme pour s'excuser auprès des adultes d'avoir de telles lectures. Puis se justifiant :  " Mais c'est pas à moi. C'est à un gars à l'école. Bastien. Moi j'en voulais pas..."
- " Il l'a glissé dans votre sac à votre insu ? " Lui dit l'adulte bienveillant sur un ton ironique.
- " Non " Sourit Mohad.
- " Mais passons… Là n'est pas l'essentiel ! Que vous ayez, à votre âge, le désir de lire ces choses, je veux bien le comprendre même si je le condamne, et je tiens  à vous rappeler qu'il est formellement interdit d'introduire ici de telles lectures. Cela dit, Quelle mouche vous a donc piqué pour que vous montriez de telles images à monsieur David Auduy ? "
Le grand adolescent se montre désolé.  " J'ai pas pensé ..." Dit-il " J'ai oublié de la ranger. Il l'a vu et a regardé dedans. "
Je n’aime pas beaucoup qu'il présente les choses ainsi car je ne l'aurais jamais trouvé tout seul tant elle était bien enfouie. Un instant, j'ai eu envie d'intervenir mais personne ne m'a regardé, et puis je pense que ça n'est plus très important maintenant car l'interrogatoire continue d'une manière plus offensive
- " Cela n'explique pas que vous vous soyez retrouvés tous les deux nus dans le lit ! "
- " On était pas nus ! " S'indigne Mohad
- " Comment ça pas nus ? " Intervient le directeur. Puis se tournant vers mes parents, pensant sans doute, avec raison, que moi je ne répondrais pas :
- « David vous a bien dit qu’ils s'étaient entièrement déshabillés ?
Mon père paraît surpris de la question :
- " Ben il a dit qu'ils s'étaient déshabillés et touchés... Entièrement… Je ne sais pas."
Mais ma mère dit ma mère à son tour : " Oui. Tout nu il a dit, je crois. » Puis s'adressant à moi :  « Hein ! Tu as bien dit tout nu ?»
Moi je ne crois pas du avoir dit tout nu, mais évidemment, je ne réponds pas. Je continue de fixer le bureau et je n'écoute rien, bien que j'entende tout.
C'est étrange, par moments j'ai l'impression qu'il ne s'agit pas de moi, que c’est l’histoire d'autres personnes et je me surprends à croire tout ce dit Mohad.
- " Non. Je vais tout expliquer. " Reprend le grand garçon « David voulait voir comment on faisait l'amour parce qu'il avait peur de ne pas savoir le jour où il en aurait besoin. Alors Il m'a demandé de lui montrer. »
- " Et vous lui avez montré ? "
- " Bien sûr que non ! Je lui ai dis que pour faire l'amour, il fallait normalement d'abord se déshabiller. Alors il a voulu le faire. Moi j’ai juste enlevé le haut, mais lui, il a voulu se mettre tout nu. Il veut tout le temps se mettre tout nu..." Dit-il en riant sur la dernière phrase.
Précieux, en se tournant vers mes parents, l'interrompt, pour confirmer cette affirmation.
- " Il est vrai, qu'en ce moment, Monsieur est dans une période d'exhibitionnisme..."
- «  C'est pas une période. Il a toujours été comme ça... » Se plaint ma mère.
Ca y est… J'ai l'impression qu'elle va encore sortir un truc de quand j'avais à peine sept ans, juste pour me mettre la honte. Mais mon père, qui n'a plus rien dit depuis longtemps, n'a pas envie d'entendre toujours les mêmes histoires, alors il lui prend fortement le bras et dit :
- " Laisse le continuer voyons ! "
- " Oui je disais... " Reprend le chef des adultes "… Que David, durant le séjour à Crest-Volant, s'est fait remarquer par tous les gens du chalet en se promenant nu à tous les étages. La monitrice de la colonie de Versailles se demandait quel était cet énergumène qui semait… Comment dire ? Un certain trouble auprès des enfants, et notamment de ses filles."
Il dit n'importe quoi lui. Je ne vois pas quel trouble j'ai semé. Un instant j'ai envie de dire... Et puis à quoi bon ? Moins j'en dirais, plus vite ce sera fini.
- " Donc Monsieur David auduy s'est mis tout nu, mais pas vous ? " Reprécise Précieux en priant Mohad de continuer.
- " Oui. Après je l'ai laissé faire parce que... Je l'ai déjà vu tout nu… Et puis il est petit. Après on s'est mis sur le lit pour dire qu'on faisait l’amour, mais on faisait semblant, c'est tout. C'était vraiment pas... C'était n'importe quoi qu'on faisait. On se moquait. Hein David on arrêtait pas de rigoler Hein ? On a pas du tout fait des relations sexuelles. On a rien fait de plus que ça !"
- " Rien de plus ? C'est déjà pas mal non ? "
Mohad offre à l'adulte qui vient de lui faire cette dernière remarque, un très beau sourire repentant.
Je trouve qu’il s'y prend plutôt bien dans ses explications, et en convainquant tout le monde qu'il n'y a pas eu de relation sexuelle, il a le mérite de rassurer mes parents. Surtout mon père qui ne le supportait pas. Je pense quand même qu'il a vraiment exagéré en essayant de me prendre à témoin pour me faire dire que nous avions bien rigolé. C’était vrai au début, mais ensuite, je n'ai plus rigolé du tout et il le sait très bien. Au moment où il a dit " Hein David ? " J'ai failli dire tout le reste. J'ai failli crier. Mais je suis resté impassible. Peut-être parce que je sais que si j'avais voulu en dire plus sur Mohad, c'est sur moi qu'on en aurait rajouté une couche ; et puis après tout, ça n'a pas d'importance la manière dont ça s’est passé .
Autant Mohad que moi-même pensions que c’était terminé lorsque ma mère qui a toujours le chic pour, sans avoir l'air d'y toucher, relancer la machine dit :
- " Mais pourquoi lui as tu donc fait un suçon ? "
Le grand adolescent paraît étonné : " Un suçon ? Non... C'est pas moi " Dit-il, en ayant l'air de chercher dans sa tête l'instant où il m'a fait cette succion dénonciatrice.
- " Comment ce n'est pas toi ? " Lui dit mon père inquiet.
- " Un suçon vous dîtes ? Je sais pas. Ou alors si ! peut-être...Si ! Ca y est ! Mais je ne pensais pas que ça ferait un suçon. C'est sûrement quand il voulait que je lui apprenne comment on embrasse les filles. Je ne voulais pas lui montrer dans la bouche, je l'ai fais dans le cou, mais j'ai du mal m'y prendre" Finit-il, en riant un peu de sa bêtise.
- " Parce que ça te fais rire ? " Lui dit le directeur, vraiment fâché de voir ce garçon insouciant prendre une telle situation un peu trop à la légère. Puis il ajoute :
- " Quel âge as tu ? "
- " Dix-huit ans "
- "Dans deux mois . " Précise le chef des adultes
- " Dix-huit ans bientôt donc. Tu es un quasiment un homme. "  
Le bel adolescent sourit, ravi de le savoir, et le directeur enchaîne : " Sais tu quel âge a David ? "
- " Douze ans ? "
- " Onze ans. Je n'ai pas besoin de te dire que dans cette affaire, c'est toi qui est responsable. Même si David, et bien... On sait tous comment il est... Et on peut comprendre qu'un enfant puisse se laisser entraîner... Mais pas un jeune homme de dix-huit ans ! " Puis voyant que mes parents ne tiennent pas à assister à une leçon de morale qui ne les concerne pas, il renvoie l'Algérien qui peut maintenant aller manger. Je pense que je vais suivre, hélas il n'en a pas encore fini avec moi et dit :
- " Bon ! Maintenant autre chose ... " Puis, après quelques secondes de silence où il semble réfléchir, il m'adresse à nouveau la parole. Il me dit, d'une voix douce et compréhensive, mais qui se veut pourtant intransigeante :  
- “ Là, Il va falloir que tu abandonnes ton silence car tu as fait une accusation grave et je ne te laisserais pas sortir tant que tu n'auras pas répondu. Ta maman m’a dit que tu as prétendu que Conan avait eu ce genre d’attitude avec un autre garçon. Est-ce la vérité ? ”
Je regarde le bureau pour ne pas voir son visage. Je pense qu’il me regarde et cela pourrait me troubler.
Après quelques secondes, il s’adresse à mes parents : " C'est bien ça ? "
- " Oui " Répond ma mère un peu gênée.
- " Tu as donc mis en cause Conan, et moi je voudrais savoir ce qui te permet de dire ça. Est-ce que tu as vu quelque chose ou quelqu'un te l'as dis ?"
Je suis vraiment embêté. Je ne pensais pas que mes parents lui en avaient parlé, car jusque là, aucune allusion n'avait été faite. Moi qui croyais en voir le bout, me revoilà parti dans une belle galère. J'envie Mohad, qui lui est sûrement déjà à table. Comprenant qu'il me faut cette fois répondre quelque chose, qu'il ne se satisfera pas d'un mutisme absolu, je dis :
- " Je sais pas pourquoi j'ai dis ça. »
- “ Ca n’était donc pas vrai ? ”
- “  Non. ”
- " Et pourquoi Conan ? Pourquoi pas Esdef où Pochard par exemple, pour ne citer que les hommes à qui tu as directement affaire ?"
- " Je sais pas . J'ai dis ça comme ça. Parce que j'étais en colère. "
- “ Tu étais en colère après lui ? ”
-“ Non ”
Il reste un moment sans rien dire. Je me demande quelle question inattendue, il va encore me sortir, mais j’ai tord de m’inquiéter cette fois car lui aussi veut en finir :
- " Alors tu peux nous rassurer ? il n'y a aucune raison de penser que Conan se soit comporté ainsi? "
- "Non "
- " Et bien tant mieux. Mais tu sais David . Il ne faut pas dire n'importe quoi sur les gens dès que soi même, on se sent coupable de quelque chose. Ca n'arrangera jamais tes affaires que de nuire à autrui. Penses y ! "









Durant le repas, où je fus en retard, je suis un peu parvenu à oublier tout ça. On ne m’a pas posé de question. On ne m’a même pas remarqué. Tout le monde avait tant à dire.
Une fois fini de manger, nous avons du, comme d’habitude, attendre l'autorisation de l'adulte pour nous lever et sortir. Aujourd'hui, j'ai remarqué que Mohad a dîné à une table seul en compagnie de Précieux alors qu’en règle générale, il mange avec les enfants du troisième groupe. Je n'ai pas beaucoup osé regarder vers lui.
Depuis que nous sommes dehors, Conan est sur le pas de la porte de la salle à manger en grande discussion avec son chef. Ils ne me regardent pas mais je suis sûr qu'ils parlent de moi ; alors plus ça dure,  plus ça m'agace. Pour ne pas y penser, je joue à faire du kick-boxing avec Fabien qui lui est dans une forme superbe. Il se moque un peu de moi car il ne me trouve vraiment pas combatif aujourd'hui. Stoppant le round en cours, Il me dit :  " T'as pas passé un bon week-end ? "
Je ne réponds pas à sa question mais lui fait remarquer que l'adulte met bien longtemps à nous rejoindre. Il est surpris de mon impatience. D'ordinaire, je ne suis pas excessivement pressé de rentrer. Mon adversaire spécule :  " Oh ! Il sont certainement en train de parler de Youssef . "
Youssef ? C 'est pourtant vrai que le Tunisien n'est pas là. Je n'avais même pas remarqué son absence.
- " Il est où ? " Je lui demande.
- "Comme il ne veut pas revenir, son père ne le ramène pas. Il va encore arriver avec trois où quatre jours de retard après que le directeur aura fait le forcing. Un de ces jour, ils ne reviendra plus du tout, tu verras"
- " Si il trouve une autre école peut-être ? "
- " Ouais. Bon ! T'es prêt à reprendre le combat ? "
-" O.K."
Et sans perdre une seconde, dans l'espoir de le surprendre, j'envoie mon pied vers son visage ; mais Fabien a des réflexes, un simple geste de sa main sur mon membre inférieur parvient à me déséquilibrer et à me faire tomber. Il rigole de ma maladresse :
- " Faut garder ton pied à plat !  C'est à la danse qu'on fait des pointes."
Il est drôle ! Pour lui c'est facile, il est capable de faire le grand écart, mais pas moi. Je suis déjà bien content de pouvoir atteindre la hauteur de sa figure, même en déséquilibre. Mais voilà Conan qui rapplique. Nous devons rentrer.

A peine sommes nous dans l'appartement que l'adulte qui a envoyé tout les enfants, sauf moi, dans les chambres, afin qu'ils se mettent en pyjama, m'entraîne dans la sienne.
Je n'aime pas beaucoup les tête-à-tête de ce genre, d'autant plus que je pressens que ce n'est pas pour me faire des compliments qu'il m'invite ainsi.
- " Je viens de parler avec Précieux. Il m'en a dit de belles sur toi."
Je baisse la tête une fois de plus. Est-ce qu'ils vont tous me faire le même interrogatoire ? Je pense que j'ai eu mon compte déjà. Pourtant lui, ce n'est pas pour me questionner qu'il m'a fait venir, mais bien pour me dire le fond de sa pensée. Il enchaîne :
- " Ce que tu fais avec Mohad où d'autres, c'est ton problème ; mais que tu ailles raconter des choses sur moi… Ca ! Je ne le tolérerai pas… ” Puis il s'emporte :" C'est vrai! Au nom de quoi, tu te permets de dire que Conan aurait fait des choses... Mais bon sang ! Qu'est-ce que tu veux exactement ? Qu'est-ce que tu cherches ?" Puis plus calme :" Tu veux me provoquer ? Je ne te toucherai jamais moi David ! Alors si tu as d'autres aventures avec qui que ce soit ? N’y mêle plus jamais mon nom parce que je te jure que tu le regretterais ! Maintenant, si j'ai un conseil à te donner. Tiens toi le plus tranquille et le plus invisible possible. Parce que ce n'est pas qu’avec moi que tu auras des ennuis... Parce qu'à provoquer ainsi, puis à dire n'importe quoi sur n'importe qui, je te promets des sacrés problèmes. Et il n'y aura personne pour prendre ta défense. Crois moi!"
Enfin c'est terminé. Je retourne dans ma chambre sans n'avoir dit un mot. Mais pourquoi dit-il que je provoque. Je n'ai provoqué personne. Il est complètement parano ce type. En plus, alors que je sais très bien qu'il fait l'amour avec Jean-Philippe, je n'ai rien dis dans le bureau du directeur. Il n'aurait pas du m'en vouloir. C'est injuste. En tout cas, il m'a fait terriblement peur comme il me regardait.
- " Qu'est-ce qu’il te voulait Conan ? " Me demande Alexis qui est déjà en pyjama.
- " Rien . "
- " Menteur! A un moment on a entendu gueuler. Il t'a engueulé ? Pourquoi ? "
Sans dire un mot, je me défais de mes vêtements afin de me mettre moi aussi en pyjama.
Jean-Philippe, voyant que je n'ai pas envie de répondre, apostrophe le petit gros que son séjour montagnard n'a pas du tout aminci.
- " Alors, paraît que t'as presque pas skié. Ca sert à rien d'aller à la montagne si c'est pour rester au chalet!"
- « J'avais mal au genou. Regarde ! Il est encore enflé. »
- « Y a pas que ton genoux qu'a enflé. Y a aussi ton ventre ! »
Je trouve notre camarade bien corrosif ce soir, mais il me fait rire ; et je ne pense plus aux remontrances des adultes.

La soirée est brève, comme toujours le dimanche soir, nous nous mettons rapidement au lit.
Durant quelques temps, d'abord en pleine lumière puis dans l'obscurité lorsque l'adulte nous la coupe, nous parlons de nos vacances enneigées. Nous racontons à Alexis combien il valait mieux se trouver dans notre station plutôt que dans la sienne. Comment nous sommes allés sans peur et en pleine nuit à la chasse au Yéti.
Alexis est stupide. Il ne croit pas à notre histoire, simplement parce que chez eux, il n'y en avait pas. Toutefois, il nous demande quand même de le décrire en détail ; ce que nous ne manquons pas de faire. Tout de même, à la fin, il dit :  
- " L'année prochaine, je demanderais d'aller à Crest-Volant."
Je suis surpris de l'entendre dire ça car je pensais que l'année prochaine... Il ne voulait plus être ici.
Je ne relève pas cette contradiction. Peut-être a-t-il changé d'avis ?
Conan entre dans la chambre pour demander le silence.

Moins de cinq minutes après, nous entendons la trop forte respiration du petit gros qui se transforme déjà en ronflements.
Je me demande si c'est normal de ronfler comme ça. Chez les vieux, je sais que c'est souvent le cas, mais lui c'est un enfant.
Maintenant qu'Alexis dort, j'aimerais demander à Jean-Philippe ce qu'il entendait par « faire l'amour » lorsqu' à la patinoire, il m'avait dit, en confidence, que c'est ce qu'il faisait la nuit quand l'adulte le rejoignait. Je lui avais dis à l'époque que j'aimerais bien le faire une fois. Il avait rit. Nous avions dit quelques bêtises, et puis très vite, nous étions passé à autre chose. Nous n'étions pas rentrés dans les détails. Je n'en avais pas besoin. J'étais certain qu'il s'agissait juste de s'allonger nus ensemble et se toucher mutuellement. Mais maintenant, j'aimerais lui demander si ce que m'a fait Mohad... C'est ce qu’il fait aussi...? Pourtant, je n'ose pas poser la question. Peut-être à cause de la présence d'Alexis toute proche, bien qu'il ne me semble pas en état d'entendre quoi que ce soit, enfoncé qu'il est dans son sommeil bruyant. C'est surtout que je me sens mal à l'aise pour en parler. Je n'arriverais pas de but en blanc à demander ce que je veux savoir. Je ne pourrais pas. Il me faut prendre des détours et j'y viendrais petit à petit. Je parle de sa présence au Centre.
- " Ca fait bien trois ans que tu es ici ? "
- " Oui . Avant j'étais chez les petits , ect... "
Sur une toute petite question, il me fait toute une histoire. Je vois bien qu'il aime me parler de ses années précédentes mais je préférerais diriger la conversation pour une fois. Je dis :
- " T 'aimes bien être là ? "
- " Oui, ça va. Enfin, Au début, c'était dur j'aimais pas. Je voulais sans arrêt repartir. Parce que je ne supportais pas de ne plus voir ma mère. Je les faisais chier. Je pleurais toutes les nuits ... J'étais petit." Puis il se met à rire quand je lui fais remarquer qu'il avait presque mon âge à ce moment là.
Il a peur de m'avoir vexé en disant qu'il était petit, alors pour se rattraper, il me précise qu'il était dans le groupe des petits. Il ajoute en riant :  "Je voulais même me sauver. "
-" T’as essayé ? "
- " T'es fou ! J'avais trop peur.
- " C' est drôle… On dirait que ça ne le dérange pas de dire qu'il pleurait et qu'il était peureux à dix ans. Moi aussi j'ai peur des fois, mais jamais je ne le dirais. Je le laisse continuer sans le lui faire remarquer pourtant.
- " Maintenant, je me suis fais une raison. Ici ou ailleurs tu sais... Et puis, il y a des avantages.
- " Des avantages ? "
- " Oui, regarde ! On vient de passer dix jours au ski. C'était génial, non ?"
- " Ouais. " Je dis sans conviction. Je ne suis pas certain que ce soit réellement un avantage.
Ensuite, alors que je ne suis pas encore arrivé là où je voulais en venir. Il me dit qu'il veut dormir et un " Bonne nuit " bâillé conclut cette conversation, certes passionnante, mais qui me laisse sur ma faim.



Allongé sur le dos, je regarde le plafond dans l'obscurité en laissant mes pensées m'envahir. Il ne se passe pas si longtemps avant que la porte ne s'ouvre. Dès que la lueur de la lampe apparaît dans l'entrebâillement, je ferme les yeux. Je devine l'adulte qui referme la porte et s'avance vers le lit voisin. Je vois, au travers de mes paupières closes, l'auréole de lumière qui s'arrête sur mon visage quelques secondes, avant de se retirer.
Aux quelques petits bruits, j'imagine l'adulte ôtant son pyjama, puis poser son sale corps nu sur celui de mon copain. Je ne l'avais encore jamais imaginé comme aujourd'hui. Avant cela, ça me tentait même. Mais maintenant, je ne comprends pas pourquoi Jean-Philippe aime ça. Car il aime. Il me l'avait dit à la patinoire. Mais il ne m'avait pas dit quoi exactement. Est-ce que l'adulte lui fait la même chose que ce que Mohad m’a fait ? Non ! Il ne pourrait pas accepter.
J'entends quelques chuchotements et les petits bruits du lit qui souffre sous le poids des deux corps réunis. Alors je repense au paroles du Kabyle. " C'est normal. C'est parce que c'est la première fois... Au début ça fait mal... Après tu verras... La prochaine fois... Non ! Je ne veux pas de prochaine fois. C'était trop dur. Ca fait trop mal. Et pendant ce temps là, des larmes coulent lentement sur mes joues.

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Re: Je ne sais pas pourquoi (20)

Message  Frédéric Prunier le Jeu 30 Juil 2015 - 12:39

j'ai apprécié ce chapitre
à la différence des premiers chapitre, tu soulignes les prises de position de ton héros
quand il décide de ne rien dire par exemple.... là, cela fonctionne... le lecteur comprend et intègre une psychologie du personnage... il n'est pas que spectateur d'une narration

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