Le print

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Message  Rezkallah le Dim 19 Juil 2015 - 14:40

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J'aspirai l'air frais du dehors.

Un crépuscule mauve, boursouflé de nuages, s’étendait vers l'ouest. Troublé, je sortais d'un sex-shop à la recherche d'un café allongé, sans sucre, à emporter. Ce n'est pas ce que vous croyez!....attendez.

Je flânais dans les rues de la ville, sans but précis, quand mon attention fut attirée par cette porte ouverte qui donnait sur des escaliers sombres, étroits et sales. Je levai la tête et lus l'enseigne aux néons rouges écarlate, dont on percevait à peine le clignotement. Le Print. J'y vis là une sorte d'invitation. Je vérifiai que personne ne me regardait puis m’élançai sur les marches humides et jonchées de prospectus. Au milieu de ma descente, je fus accueilli par une vague de chaleur étouffante et une forte odeur de bonbon. Un type surgit du bas des marches, frustré, il me bouscula pour se frayer un chemin vers la sortie. Je faillis revenir sur mes pas. Je déglutis, me résonnai et poursuivis. Arrivé en bas, proche d'un encadré de porte où un rideau à franges faisait office de séparation, une petite femme, boulote, affublée de lunettes, se tenait derrière un bureau. Elle portait un tutu de danseuse et ses ballerines ne touchaient pas le sol. Je m'approchai en souriant, puis attendis.

-Bonjour, mon chou, bienvenu au Print, dit-elle d'une voix basse et rocailleuse.

-Bonjour, Madame, répondis-je.

-Je ne suis pas Madame ! Me reprit-elle. Je suis Mamie-c'est-chaud !

-Comment ?

-Mamie-c'est-chaud, je t'ai dit. Tu es sourd? Tu te masturbes trop, à ce que je vois....

-Mais, non....

-Mais si, crois-moi, je sais les reconnaître, les solitaires ! Tu sens le site porno à plein nez, le rouleau de PQ, les plats surgelés, les amours sans lendemain, les lendemains sans lendemain...

Elle me regardait, sans cligner des yeux en remuant les lèvres. J'eus l’étrange impression qu'elle s'adressait à une autre personne. Je me tournai pour vérifier. Il n'y avait que moi. Sa vieille poitrine compressée dans son costume vibrait à chacune de ses paroles. Des accords planants de synthétiseur, nous parvenaient de la pièce voisine. Le rideau à frange ployait légèrement, comme caressé par une force douce et invisible. Sur le bureau de Mamie-c’est-chaud, il avait une petite caisse de monnaie, un jeu de carte ou de tarot, un tampon et un cahier. Le temps semblait se distendre. Un léger mal de tête me prit.

-Eh, petit con, relève la tête, c'est ici que ça passe !

-Je dois signer où ? Payer combien pour rentrer ? Je n’ai pas de temps à perdre ! dis-je en haussant le ton.

-Pour rentrer ? répondit-elle. Tu dois me plaire, petit con...

-Quoi !! m’exclamai-je en la fusillant du regard, ce qui ne sembla pas l’impressionner du tout. Elle ouvrit le cahier qui se trouvait en face d’elle, se lécha le bulbe du pouce, fit défiler les pages, jusqu’à en trouver une vierge.

-Quel âge as-tu ?

-Vingt-neuf, répondis-je.

Elle prit son stylo et se mit à noter.

-La taille de ton sexe ?

-Je vous demande pardon ?

-La taille de ton engin, je t’ai demandé !!

Elle pointa mon entre-jambe avec son stylo en me jetant un regard taquin par-dessus ses lunettes.

-18 cm.

-Menteur !!

-Vieille conne !

-Peter pan !

-Pourquoi, Peter pan ?

-Tu vis dans un monde imaginaire, répondit-elle avant d’éclater de rire.

Son rire était sordide et lent, comme passé au pitch d’un vieux tourne disque maudit. Son délire passa, puis de l’impatience s’afficha sur son faciès.

-18 cm ! dis-je.

-18, donc !! Elle secoua la tête avec gravité, tout en inscrivant le nombre dans le cahier.

Je savourais ma victoire, j’en mesurais que quinze.

-Orientation sexuelle ?

-Hétéro

-Tu es sûr ?

-Oui !

-Tu aimes les animaux ?

-Oui, j’ai un chat.

-Tu le baises ?

-Mais de quoi vous parlez, vieille folle ? Moi, baiser mon gentil petit Scoopy?

-Pourquoi tu te mets dans tous tes états ? Tu sais, y en a, il baise avec leurs…

-Pas moi ! la coupai-je.

Elle réajusta ses lunettes et nota.

-Le caca ?

-Quoi, le caca ?

-Tu aimes !

-Non !

-Tu en fais, une drôle de tête ? Tu tires cette tronche, quand tu vas aux toilettes ? Où, peut-être que Peter pan, n’est pas affublé d’un trou du cul, et qu’il a le privilège de ne pas aller devoir chier, comme nous autres, êtres humains.

-Vous-vous considérez comme un être humain ?

-Ben, moi, je chie, dit-elle après une brève réflexion. Si, je chie, c’est que suis un être humain, Y a pas le choix.

-Les moustiques chient aussi, ça ne fait pas d’eux des êtres humains, pour autant.

-Je ne suis pas un moustique… chuchota-t-elle, en écrivant sur le cahier.

L’odeur de bonbon me donnait envie de vomir. Il régnait une chaleur atroce. J’ouvris la fermeture éclair de mon blouson et me massai les tempes pour calmer ma migraine.

-Sado? Maso ?

-Ni l'un, ni l'autre.

-Tu préfères dominer, ou être dominé ?

-J'en sais rien.

-Pfff.... tu m'épuises...

-Je le prend comme un compliment, venant de votre part.

-Je préfère la fatigue sexuelle, à la fatigue intellectuelle, tu sais.

-Vous n'êtes pas mon genre.

-Tu as un genre toi ? Remarque, je te vois bien passer des heures devant ton ordinateur, dans la pénombre, pantalon baissé jusqu'aux chevilles, à choisir avec délice, la vidéo sur laquelle tu vas te satisfaire.

-C'est vrai que j'aime prendre mon temps...

Deux hommes traversèrent le rideau à frange, bras dessus, bras dessous. Un noir, grand et maigre, tête sympathique, en treillis et débardeur, et un blanc au visage de nazi, qui portait un pantalon en latex noir, sous une robe à fleurs bleues.

-Bye, Mamie-c'est-chaud !! lança-t-il à l'unisson. Il me dévisagea en me croisant. Je me retournai, les suivant du regard. Ils s'agrippaient mutuellement fermement par les fesses.

-Des clients ? demandai-je

-Un client et son achat !

-Ils vendent des être humains, là-dedans ?

-On vend de tout ! Il y a tout ce dont tu peux rêver chez nous !

-Je ne suis pas un très bon rêveur, vous savez.

-De quoi as-tu peur ?

-De plein de choses ! De mourir de faim, de finir à la rue, d'attraper une maladie incurable...

-As-tu déjà vu quelqu'un mourir ?

-Non. Je n'ai jamais vu de cadavre de ma vie.

-Ha, ha, que tu es con !!

-Arrêtez de m'insulter !

-C'est toi qui me force à le faire...

-Pourquoi ?

-Des cadavres ! Tu en croises, en fréquentes tous les jours ! Toi-même, tu es un cadavre !

-Pauvre folle !!

-Tout le temps, à chaque instant, chacun d'entre nous, tentons de paraître vivant, de faire tenir le simulacre. On se lave, se prépare, se rase, se maquille, se coupe les cheveux, s'entraîne au sport... cependant, on le sent, dans les profondeurs de nos âmes, tout effort est vain. On fane à chaque instant. Le parfum se dissipe, laisse place à notre puanteur. Nos jolis cheveux tombent, nos dents se gâtent et le maquillage sèche. La merde de nos entrailles hurle, implorant d'être expulsée...

J'en avais marre d'écouter cette bonne femme, déblatérer ses conneries ! J'allai partir quand une petite beauté apparut au pieds des escaliers. Elle illuminait carrément la pénombre de ce lieu pourri. Elle se déhancha jusqu'à nous dans sa robe en soie rouge ultra courte, ses cuisses de pouliche ensachées dans des bas résille noirs. Ses talons frappaient le sol, comme le maillet d'un juge corrompu. Je restais figé sur place, ressentant un éclair au bout de mon sexe. L'amazone avança jusqu'à moi, me dépassa et tira une carte sur la table. Une odeur de fraise se dégageait d'elle. Elle la regarda, la montra à Mamie-c'est-chaud puis la reposa sur le dessus du tas. Elle me jeta un regard vide de toute émotion et retraversa le rideau à frange. Ma bite était parcourue de soubresauts. Elle n'avait pas dit un mot.

-Tu bandes, Peter Pan ?

-Non, je bande pas !

-Tu mens comme tu rêves !

-Je vous emmerde, mamie ! C’était qui cette femme ? Et ça consiste en quoi, le jeu de carte ?

-Je ne peux pas te dire ! Tu ne fais pas parti du club !

-Je veux en faire partie, dis-je avec une conviction qui m’était étrangère.

-Tu n'as pas ce qu'il faut !

-Qu'est-ce que je dois faire ? Dites moi ?

-Tu dois me plaire, je te l'ai dit ! Et très franchement tu ne me plais pas !

-Ça n'a pas de sens ! Normalement il suffit de payer, pour adhérer à un club ! De remplir une fiche !

-Pas ici !! On vit à partir du cœur chez nous!

Je soupirai ! La chaleur sucrée se fit plus oppressante. Mes aisselles ruisselaient. Le souvenir de la fille flottait dans mon esprit. Je bandais sérieusement, je mourais d'envie d'entrer, d'aller la voir, de lui parler, de la regarder, de la toucher, de la prendre....

-Qu'est-ce-que je dois faire pour vous plaire ? demandai-je dépité.

-Tire une carte !

J’exécutai l'ordre et tirai une carte dans le milieu du tas. Sur la face de la carte, il y avait un dessin représentant un esclave en extase, dos courbé, qui baisait à pleine bouche le pied dégueulasse et cornu d'un géant. Cette carte me fit froid dans le dos. Je la retournai et la montrai à Mamie-c'est-chaud.

-Hummm, fit-elle.

Je déglutis avec tant de force que je crus voir ma pomme d’Adam tomber à terre.

-Va me chercher un café. Allongé et sans sucre, dans un gobelet.

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Re: Le print

Message  'toM le Ven 24 Juil 2015 - 11:10

Bon, j'ai fini mais sur la fin ça s'effiloche grave...

Tu es beaucoup plus à l'aise dans le dialogué -en tout cas au début- que dans la narration. On dirait qu'on a coupé du San Antonio avec un roman d'académicien. En plus ton texte appelle le présent et ton imparfait l'est.

Par contre il y a de la couleur et ça clignote; ça fera pour le chaland que j'y fus.
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Re: Le print

Message  jeanloup le Sam 25 Juil 2015 - 11:37

absurde. Mais j'aime bien

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