Je ne sais pas pourquoi (18)

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Je ne sais pas pourquoi (18)

Message  jeanloup le Dim 12 Juil 2015 - 10:28

C'est une grande journée qui s'annonce aujourd'hui. Nous nous sommes réveillés facilement ce matin car hier soir il a fallu se coucher de bonne heure puisqu’il n'y a pas eu de veillée.
Nous allons aller en ski jusqu'aux saisies et pour cela, nous ne rentrerons pas à midi. Nous pique-niquerons dans la neige, les quatre groupes ensembles.
Il y a plein de préparations à faire : Remplir les sacs à dos avec les chips, les sandwichs, les boissons, etc… On nous a dit de ne pas oublier de prendre, tous, nos bonnets, car si le temps et beau, il peut-être changeant. Seulement, moi, je n'en ai pas et j'ai eu peur à cause de ça qu’on m’interdise de venir. Je n'ai rien dit. J'espère qu'ils n'y penseront pas.
Mohad a préparé son appareil photo. Il va nous suivre toute la journée. Déjà hier après midi, il a pris quelques clichés au départ des pistes mais il n'est pas venu skier. Après, il est sorti avec le chef des adultes et ils ne sont revenus que le soir lorsque tout le monde était couché.
Nous sortons du chalet par groupes de ski, mais dès la première remontée, nous sommes déjà mélangés. Dommage que les colos ne viennent pas avec nous .









Qu'est-ce qu'il y a comme pistes aux saisies. C'est drôlement bien. Depuis le départ, nous ne sommes plus vraiment tous ensemble. Chacun va à son rythme et les adultes sont dispatchés entre nous. Conan reste avec ceux de l'avant et Barnabette ceux de l'arrière. Grâce à cela, je peux aller vite. Il est certain que je ne verrais pas beaucoup Warren aujourd'hui.
En ce moment, j'accompagne Jean-Philippe. Je vais aussi vite que lui car si j'ai moins de technique, je suis un vrai équilibriste. C'est lui qui le dit.
Alors que nous venons de faire un bout de remontée et que nous avons rejoint Conan, Johnny et Ludovic sur un petit chemin de plat qui va nous mener vers une belle descente, nous voyons au loin, en contrebas, ce qui doit être une autre station .
- " C'est quoi la bas ? " Demande Ludovic en tendant le doigt... Et certainement en clignant des yeux car il cligne toujours des yeux mais là, ça ne se voit pas parce qu'il a des lunettes de ski. Au début, quand je l'ai connu, je croyais qu'il essayait de faire des clins d'œil, mais en réalité, il fait toujours comme ça. Il a treize ans, et au Centre, il est le plus petit des grands du troisième groupe.
- " C'est Arêche . " Lui répond l'adulte
« Arêche ? Nom d'une boule de gomme ! C'est là que j'étais l'année dernière ” Je me dis en moi-même.
Je demande : « On peut y aller ? »
Bien que d'ici, je ne reconnaisse pas le site, j'aimerais bien retrouver mes souvenirs de jeunesse.
- " Non ! On ne peut pas . " Rigole Conan .
Lors de ce bref arrêt panoramique, nous nous sommes fait rejoindre par Banzaï, Mohad et Cyril. Aujourd'hui, le chinois est content d'avoir laissé Barnabette se dépatouiller avec Warren.
On peut maintenant s'attaquer à la descente en toute liberté .
- " Je vais me taper cette bosse ..." Dit Johnny pour information au journaliste d'occasion. " Tu me prends en photo en l'air ! "
- " O.K. " Répond l'Algérien. Et il descend tranquillement se placer en position d'attente en léger dévers du point crucial.
- " C'est celle ci ? " Demande-t-il pour s'en assurer car il y a pas mal de bosses dans le coin. Je pense qu'elles doivent être mises là exprès pour servir de tremplin .
- " Ouais . "
L'adolescent s'élance, prend rapidement de la vitesse et... Agressif, provoque le monticule de neige comme il provoquait jadis le tremplin du Trocadéro... Clic-Clac ! La parole est à l'image. L'objectif de Mohad ne rate rien de cette attaque furieuse. Le skieur décolle. Il s'élève haut.. Mais sans faire de figure. Il tente simplement de garder son équilibre... Clic-Clac ! Il réintègre le sol enneigé à toute allure... Clic-Clac ! Et malgré la vitesse, il tient bien sur ses skis et ne tombe pas. Clic-Clac! ClicClac ! Le photographe n'en finit pas de mitrailler. C'est extraordinaire ! J'aimerais bien en faire autant. Mais c'est Jean-Philippe qui s'y essaye maintenant. Il part d'un peu plus bas car il a peur d'arriver trop vite.
Au moment où ses skis quittent la neige, il écarte un peu les jambes pour faire une figure... Clic-Clac ! Le voilà immortalisé en l'air. Heureusement car son atterrissage n’est pas joli joli. Ses bras battent l’air dans tous les sens pour maintenir son équilibre… Toutefois, il ne tombe pas et s'arrête soulagé.
Conan veut lui aussi faire admirer ses talents. Il descend plein schuss afin d'arriver sur la bosse avec un maximum de vitesse. Il décolle et monte, monte, monte...
Il doit se prendre pour un enfant, alors pour faire le malin, il essaye d'écarter ses skis… Seulement, il redescend de travers, alors à peine a-t-il touché le sol qu'il dérape et s'en va en ricochet tel un poisson volant sur la rivière de neige. Ses deux skis, dans la tourmente, ont gagnés leur indépendance ; et si l'un reste planté tout près du premier rebond, l'autre, se prenant pour un javelot aux jeux olympiques a pris dans son vol une avance considérable sur le corps pantinolesque.
Ses belles lunettes de soleil dont il était si fier ont disparus sans laisser de trace, et sur ce terrain là, nul doute qu'il ne les retrouvera pas ; tandis que son bonnet jaune, à demi enneigé au premier point de chute, donne l'illusion, vu d'ici, tout entouré de blanc, d’être le cœur d'un œuf au plat géant pour le Yéti gourmand.
CLic-Clac ! ClicClac ! A crié l'appareil tout au long de la glissée.
Lorsque que le bonhomme de neige, difficilement, se relève, on dirait un vieillard. Ses cheveux et ses sourcils sont tout blancs. Jamais Conan ne m'a fait autant rire.
Clic-Clac ! Mohad a suivi le corps jusqu’à son immobilisation et imprime à jamais sur la pellicule le visage défait de l'intrépide.
-" T’as pris la gamelle ? " Lui demande Cyril ironique venu à sa hauteur d'une manière qui n'a rien d'acrobatique, mais le beau blond qui vient de nous rejoindre et dont les mèches sur son front dépassent largement du bonnet, a le sens de l'esthétique et il ne tient pas a se retrouver dans le même état que celui dont il se moque.
- " Bien sûr " Lui répond consciencieux l'amateur d'images, puis il réinstalle tranquillement la lanière de son instrument autour de son cou. De ma position dominante, je l'interromps en criant : " Attends ! Je vais faire aussi. "
- " Non " M'interdit l'adulte qui reprend ses esprits “ C’est trop dangereux ! "
Mais il n'est pas question que je lui obéisse, d'autant que je suis moins haut qu’il ne l'était lui même quand il s'est élancé. Et puis, après la démonstration qu'il vient de nous faire, je ne vois pas, quoiqu’il m’arrive, ce qu'il pourrait me reprocher. Ce que je montrerai ne sera jamais pire et pourtant… Il ne s'est même pas fait mal, alors... Je m’élance. Je suis parti. Je me présente sur la bosse à une vitesse impressionnante. Encore une fois, comme au Trocadéro, je m'engage plutôt mal, aussi je n'ai même pas le temps de tenter quelque chose que déjà je m'effondre. Quel gâchis ! Mais Mohad lui, il ne m'a pas raté. Il a pris une photo de mon échec lamentable. J'espère qu'elle ne trouvera pas sa place au montage.
L'adulte me crie : " Tu ne peux pas écouter une seule fois ? Tu vas finir la journée avec Barnabette ! "
C'est toujours pareil ! Quand les autres l'ont fait, il était d'accord, mais lorsque c’est moi, alors je n'ai pas le droit.
Tout ça, c'est parce qu'il est vexé de faire moins bien que les enfants.










Installés au bas des pistes, nous déballons nos victuailles L'heure de manger est arrivée à point nommé pour moi, Conan ne m'a pas envoyé skier avec les femmes.
Les adultes ont amené du vin. Jean-Philippe fait semblant d'en boire à la bouteille... Clic-Clac ! Mohad a aimé cette image. Warren est en train de se battre avec un saucisson... Clic-Clac ! Jérémie se goinfre de neige... Clic-Clac !
- " Arrête ! Tu va être malade . " Lui dit l'adulte .
- " C'est parce que c'est sale. On marche dessus " Explique François
- " Mais non ! C'est pas du tout la raison ..." Rigole Johnny qui ne peut pas finir sa phrase car il reçoit une boule de neige en pleine figure. Clic-Clac !
- " Garde un peu de pellicule pour tout à l'heure ! " S'inquiète Banzaï " Tu prends n'importe quoi . "
- "Clic-Clac ! " Lui répond l'appareil pointé sur son visage jaune.
- " T'en fais pas ! J'ai de la réserve. Après, je sélectionnerai, mais pour faire un bon reportage, il faut beaucoup de photos. "
Moi, ça m'énerve car il ne me prend jamais et quand cela arrive, je suis nul. Si ça se trouve, je ne vais pas être du tout sur le reportage, sauf quand je rate mon saut.













Je viens de me taper un grand bol de chocolat chaud. J'en avais très envie et ça m'a fait du bien après cette journée fantastique, mais aussi réellement fatigante. L'après-midi, je n'ai fait que des descentes à pleine vitesse.
Maintenant, je me rends dans ma chambre car il est temps de passer à la douche. Il n'y en a qu'une pour nous six, alors nous la prenons par deux pour aller plus vite.
En ce moment, Guillaume est en dessous et Mickaël s'apprête à le rejoindre. Cela me laisse du temps pour me déshabiller, aussi je ne me presse pas. Je la prendrai ensuite en compagnie de François qui, doucement, commence à ôter ses vêtements en même temps qu'il me raconte ses exploits de la journée et que je lui narre les miens.
Soudain ! La porte s'ouvre. Clic-Clac! Mohad et son inséparable appareil viennent de nous surprendre
- "Qu'est-ce que tu viens faire?" Lui demande mon futur camarade de cabine déjà torse nu.
L'algérien répond, sûr de son bon droit, qu'il fait son travail car il se doit de mettre en image tous les moments de la journée. Ensuite, il se dirige vers la cabine d'où l'on entend atténué par le bruit de l'eau qui coule, les voix de deux chahuteurs qui s'amusent plus qu'ils ne se lavent .
- " Attention ! " Crie François " Y a Mohad qui va vous prendre en photo . "
Les deux compères sortent très vite de ce piège en s'entourant de leur serviette respective.
Le photographe est déçu. Il n'a pas eu le temps de mettre son arme à l’œil qu'il n'y a déjà plus rien à voir. Contrarié, il dit :
- " Pourquoi vous sortez ? Il faut bien que je prenne aussi le moment de la douche pour que le reportage soit complet "
- " On a pas envie que tu nous prennes tout nu ." Rigole Guillaume
- “ Vous êtes bêtes ! Dans les autres stations aussi, j'ai pris les douches. "
- " T'as qu'à aller prendre ceux d'en haut . " Lui lance Mickaël
- " De toute façon, on avait fini. " Renchérit Guillaume .
Il dit ça alors que Mickaël a encore plein de savon sur lui, mais Mohad n'insiste pas. Simplement, il se tourne vers moi et demande : " C'est qui qu’y va maintenant ? C'est toi ? "
- "Oui. C'est moi et François. Tu viens François ?" Je dis, en ôtant rapidement mes vêtements.
- « Non ! J'y vais pas. J'irais après. Quand il sera sorti »
Mohad se moque de la pudibonderie excessive de mon camarade, avant de me dire : " Vas-y David " Puis il ajoute d'un sourire reconnaissant : " Je vais te prendre tout seul. Ce sera mieux, tu verras. "
J'ouvre l'eau et la laisse tomber sur moi en souriant à l'objectif, mais le professionnel me demande de me savonner .
- « Attend ! Je mets du shampooing. Ca mousse mieux. »
Je renverse la bouteille sur mes cheveux, puis, en remuant avec mes mains, je fais monter la mousse pour la rendre abondante. Ensuite, j'enduis entièrement mon corps de l’écume douce et glissante.
Clic-Clac ! Me lance l'oeil de métal
- " Ca y est ? "
- " Non attends ! Je prends plusieurs clichés."
Clic-Clac ! Les mains dans les cheveux . Clic-Clac ! Me savonnant le ventre . Clic-Clac ! Les bras levés, la bouche ouverte tentant de gober l'eau . Clic-Clac , Clic-Clac, Clic-Clac ...
Je ne sais pas combien il a pris de photos mais je pense bien maintenant que je serais dans le reportage ; et en plus, je suis sûr de ne pas passer inaperçu.
Sa série de prises terminée, il me remercie et me dit que je suis bien plus intelligent que les idiots complexés qui partagent ma chambre, puis il nous quitte en disant : "Je vais voir en haut ce qu'ils font ".
A peine est-il sorti que François me dit  : " Pourquoi tu l'as laissé te prendre comme ça ? "
- " Fallait bien que quelqu'un le fasse. Et puis qu'est ce que ça peut faire ? "
- " Quand il va montrer le reportage, tout le monde va te voir tout nu. " Se moque Mickaël
- " Ben et alors ? " Je réponds en riant
François, lui, ne rit pas. Il dit à Mickaël sur un ton qui me méprise :
- " De toute façon il aime ça lui qu'on le voit. Il va se montrer tout nu devant les filles et devant tout le monde qu'on connaît pas ."
- " C'est pas vrai ! " Je dis
- " Et hier alors ? "
- " Hier ? Je pouvais pas faire autrement. J'étais obligé !  "
- " Et là ? "
- " Là ? J'étais sous la douche.. Toi aussi tu te mets tout nu pour prendre ta douche "
- " Moi je ne me montre pas en photo sous la douche "
- " Parce que t'es bête ! C'est pour le reportage. C'est normal "
- " C'est normal qu'il en ait pris cent ? " Se moque-t-il en prenant des poses comme pour essayer d'imiter ce qui est censé être moi quelques instants plus tôt. Mais ce n'est pas du tout ça, il le fait très mal. Tous rigolent et je ris aussi devant cette démonstration ridicule. Mais ça m'énerve quand même qu'il me dénigre ainsi. Je ne sais pas pourquoi il prend tout au sérieux. Avant, je l'aimais bien mais je trouve qu'il veut trop faire la leçon maintenant. Il est chiant des fois.
En le voyant prendre des poses, Jérémie éclate de rire. Il fait des Clic-Clac ! En mimant le photographe. Lui, il me fait rire pour de vrai. Je l'aime bien Jérémie. Au moins, il ne fait jamais la leçon à personne.










La fin du repas est solennelle ce soir car, alors que tout le monde parlait de sa journée et que l'ambiance était excellente, Warren, sans qu'on ne sache pourquoi, s'est mis subitement à pleurer. Après, il a dit qu'il ne pourra pas dormir ce soir encore car le Yéti vient toutes les nuits... Et qu'il a peur ! Alors Conan a pris les choses en main. Il a demandé le silence.
Il explique que ce n'est pas normal que des enfants ne puissent pas dormir à cause de ce maudit monstre des hautes neiges et qu’il faut en finir. Nous irons donc, tous, au clair de lune, à la chasse de la bête qui effraie sans vergogne les petits et les grands.
Guillaume, fou de joie à l'idée de participer à une telle expédition, demande à Mohad :
- « Quand on l’attrapera, tu vas prendre des photos ? »
L'algérien lui répond que de nuit, c’est impossible. Mais que de toute façon, lui, il ne pourra pas venir.
- " C'est parce que tu as peur ! " Rigole le petit caïd
- " Il n’y aurait pas de honte ” Lui répond le grand adolescent “ Mais c’est pas la raison. Seulement ce soir, Précieux a besoin de moi. C’est la fin du séjour et pendant que vous vous amusez, tu n’imagines pas tout ce qu’il y a à faire... Et puis… Vous êtes assez nombreux »
L'adulte moustachu nous réuni et nous donne les consignes. Nous sommes, tous, terriblement excités à l'idée de partir ainsi dans la nuit à la chasse au Yéti.

Alors que nous allons prendre nos après skis, quelques colos viennent à nous. Ils aimeraient bien venir mais ils ne le peuvent pas. Ils vont faire des jeux avec leurs monos. Il y en a même qui disent qu'on nous fait marcher, que ce sont des histoires pour les petits… Mais c'est parce qu'ils sont jaloux de ne pas pouvoir sortir. Car ce sont eux les petits.




Cela a pris beaucoup de temps car tout le monde courrait partout à hurler comme des fous ou à faire n’importe quoi et les adultes furent bien longs à faire revenir l’ordre car ils sont eux aussi très tendus et inquiets ; mais à présent, nous sommes prêts. Tous les chasseurs sont bien couverts et bien chaussés, alors nous sortons dans la nuit à la lueur de trois lampes de poche. Seuls les adultes en possèdent. Ils nous disent de rester groupés, de ne pas nous isoler. C'est une question de vie ou de mort. Mais il n'y pas de risque pour qu'un seul désobéisse et ose s'aventurer seul dans l'obscurité.
Nous passons derrière le chalet, là où nous avions vu les traces remonter dans la montagne. Il en reste mais toutefois nous les distinguons mal. Nous les suivons tout de même en riant et en chahutant un peu pour ne pas avoir peur.
Nous pénétrons dans le bois, si beau la journée, sinistre la nuit. Les rires bruyants du début ont laissés place à d'infimes chuchotements. Il faut faire silence si nous ne voulons pas nous faire repérer.
Je ne vois plus aucune trace. Je ne suis pas certain qu’il soit bien passé par là .
- " Elle sont recouvertes par la neige " Affirme Décibelle
- " Il faut faire attention " Prévient Banzaï " On peut tomber dessus d’un coup. Il faut ouvrir très grand les yeux et les oreilles."
Les adultes s'écartent un peu les uns des autres. Je suis, machinalement, la direction prise par Conan.
Soudain ! François, qui se trouve près de Décibelle, s'écrie :
- " Vite ! Venez voir ! Il est passé par là ! Les traces ! Les traces ! Comme devant le chalet!"
- " Chut ! " Lui dit l'adulte " Pas si fort ! " Tandis que nous nous approchons tous de la piste retrouvée.
- " Il est passé y a pas longtemps . " Dit soucieux Conan en touchant la neige .
Jusqu'à présent, cette aventure m'excitait, mais tout à coup ! Une frayeur incompréhensible me gagne. Je voudrais être au chalet, abrité derrière les portes et les volets bien verrouillés. Si loin dans ce bois, même très entouré, je me sens terriblement vulnérable. Pourquoi, après tout, sommes nous allés chasser cet être si peu belliqueux que jamais il ne nous fit jusqu’à présent le moindre mal ? Mais cela pourrait changer s'il nous découvre dans sa forêt.
Nous avançons, toujours prudemment, mais je ne comprends rien à ces traces. Il y en a à plusieurs endroits et parfois elles disparaissent. Les adultes trouvent ça normal mais ça ne l'est pas. Ce n'est pas une simple bête. C'est un être intelligent doué de très grands pouvoirs. Peut-être est-il en train de nous tendre un piège .
- " Lesquelles sont les dernières ? " Demande Conan en découvrant plusieurs directions .
Je pense qu’ en réalité, il y a plusieurs Yétis. Pourquoi en effet n’y en aurait-il qu'un ? Il doit bien avoir une famille .
Cela fait bien longtemps que nous sommes dehors, mais en me retournant, je constate que nous ne sommes pas si loin. On peut encore apercevoir, au delà de l’orée du bois, les lumières du chalet un peu isolé où tout est si tranquille. Pourtant si nous étions surpris, combien d'entre nous auraient le temps d'y retourner ?
Soudain ! Un cri déchirant la forêt met fin à mes pensées. Un cri inhumain. Un cri de Yéti. Nous nous regroupons tous.
Tout à l'heure, j'avais chaud. Maintenant j'ai froid, mais je transpire. Je tremble. Je ne me sens pas bien. Les adultes, inquiets, nous disent de rester calmes.
Conan s'avance seul en tenant son bâton dans une main en guise d'épée et sa lampe torche dans l'autre lorsque, l'éclair d'une seconde, apparaît tout au bout du faisceau lumineux, la silhouette monstrueuse de l'animal. Il a aussitôt disparut mais nous l'avons tous vu. Nous avons tous crié, et un instant, nous avons tous voulus nous enfuir. Mais les adultes nous retiennent. Banzaï propose à Décibelle de nous faire redescendre car quelques uns ont déjà pris la poudre d’escampette, tandis qu’il ira prêter main forte à son collègue intrépide et quelque peu isolé.
La jeune femme nous éloigne doucement du lieu lugubre et dangereux, mais pas un seul instant, nous ne quittons des yeux les deux chevaliers de la montagne.
L’adulte essaye maladroitement de nous rassurer.
- " S'il nous attrape ... Il va nous manger ? " Demande Warren peureux, tandis que Jean-Philippe, courageux, se propose d'aller aider les chasseurs :
- " Ils ne sont que deux " Dit-il pour justifier sa demande.
L'adulte a à peine le temps d’exprimer son refus que dans un bruit « yétilique », la bête fait une nouvelle apparition presque à l'endroit où elle s'était déjà manifestée il y a quelques instants. Cette fois, Décibelle paniquée nous ordonne la fuite.
Dans un concert de cris, nous courons à toute vitesse jusqu'à la lisère du bois toute proche ; puis nous parcourons, sans ralentir, les cinquante mètres qui la sépare du chalet. Mais à la porte de l’abri, Barnabette qui nous attendait, nous empêche d’entrer. Warren, Mickaël, Mario et Cyril se trouvaient déjà auprès d’elles, ils avaient quittés le navire dès la première alerte.
Nous attendons groupés que Décibelle nous rejoigne car elle est la dernière. Ensuite seulement, nous retrouvons la chaleur et la sécurité.
A l’intérieur, les langues s’agitent, la discussion va bon train. Chacun raconte ce qu’il croit, mais il y en a qui disent un peu n’importe quoi. Pour ma part, je n’ai pas bien vu mais le Yéti m’a paru grand, beaucoup plus grand qu'un homme, et je ne suis pas sûr qu'on reverra les deux chasseurs.







Ca fait une éternité que nous sommes dans la salle à manger et la tension n’est toujours pas redescendue lorsque nous voyons revenir tranquillement les deux héros. Ils ne semblent pas blessés. Ils n’ont pas le temps de se déshabiller que les questions fusent de toute part, mais les adultes submergés y mettent vite le hola. Puis Conan nous explique calmement :
- " Il n'y a pas de problème. Il n'est pas si méchant. Nous lui avons parlé. Il nous a dit qu'il n'avait plus rien à manger et que pourtant il avait très faim. C’est pour ça que chaque nuit il tournait autour du chalet "
Le chinois poursuit :" Nous lui avons promis de lui porter chaque jour des victuailles dans le bois s’il nous jurait de ne plus venir jusqu’ici ".
- « Comment on lui portera à manger quand on sera parti ? » Demande Warren
- « Ne t'inquiète pas ! " Le rassure Conan " Nous allons le dire aux responsables du chalet. C'est eux qui s'en occuperont »
- " Et s'ils oublient ? "
- " Pourquoi veux-tu qu'ils oublient ? "
Ludovic sauve l'adulte du questionnement persistant du petit café au lait en demandant à son tour, avec un sourire étrange :  
- " Comment est-ce qu'il est ? "
- « Impressionnant » Rigole Conan « Vraiment impressionnant. »
- " On imagine " Dit alors Johnny d'un air ironique .
- " Allez au lit maintenant ! " Ordonne l'adulte.
Il n'a pas envie que la discussion s'éternise. Moi, je suis surpris que le yéti lui ait parlé. Je ne pensais pas que ça pouvait parler. Ou alors pas comme nous. Je pense pourtant que c'est quand même une bonne chose.
Nous allons tous dans nos chambres sans réelle envie de dormir bien qu'il soit très largement l'heure de se mettre au lit. Demain, c'est le dernier jour de ski. Il faudra que nous soyons en forme pour en profiter ; pourtant, une fois la lumière éteinte, nous continuons à parler de l'expérience vécue ce soir. François, qui n'y croyait guère avant, met toujours en doute l'existence du monstre bien qu'il n'y a pas si longtemps, pendant qu’il cavalait, on voyait bien qu'il y croyait .
- " Et puis, tu l'as bien vu comme nous ! " Lui fait remarquer Warren
Guillaume, lui, ne comprend pas comment les adultes ont pu lui parler. Il suppose :
- " Si ça se trouve, ils ont eu tellement peur qu’ils se sont sauvés et ils ont raconté cette histoire pour que Warren puisse dormir "  Puis il se met à rire en les imaginant courir.
- " Y a sûrement pas que moi qu'ai peur la nuit mais vous, vous avez peur de dire. ” S'insurge le garçon alibi. Ce qui fait redoubler les rires du caïd de la chambre.
Le petit café au lait croit sans le moindre doute la parole des adultes qui est bien plus rassurante que l’hypothèse ridicule d’un moqueur sans cervelle.
- " Je vous dis qu'y a pas de Yéti  ! " Réaffirme François
- " C'est quoi qu'on a vu alors ? " Demande Mickaël
- " C'était peut-être Barnabette ! "
Nous rions tous en chœur à cette réplique. C'est vrai qu'elle n'est pas venue avec nous, mais réellement,  elle ne ressemble pas du tout au monstre de la montagne. Et puis, elle n’aurait pas pu redescendre si vite
Jérémie, lui, il dort depuis un moment. Enfin ... Il fait croire qu'il dort, car s'il ne dit rien, je suis sûr qu'il entend tout.
Moi, je ne sais pas la vérité mais je pense que peut-être ... C'est Guillaume qui a raison

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Re: Je ne sais pas pourquoi (18)

Message  Frédéric Prunier le Sam 18 Juil 2015 - 14:20

lecture toujours ok
et toujours cette même impression d'entre deux styles
pas assez rentre dans le vif du sujet, un peu comme un film interdit au moins de 16 ans, il y a vingt ans, qui libertinait soft dans le petit écran aux heures de grande écoute
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