Nouvelle d'un soir

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Nouvelle d'un soir

Message  PieAir le Sam 16 Mai 2015 - 22:15

Ils étaient assis depuis un moment déjà. Ils se distinguaient encore grâce à la lune pleine dans une nuit sans étoiles, et cette vague lueur là-bas, qui doit être celle d'un lampadaire dont la lumière leur parvient à travers l'opacité faillible des bras agités d'un saule pleureur, qui semble pour le coup se battre contre des agresseurs invisibles, comme possédé. Le vent soufflait, violent par instant, comme pour manifester un mécontentement d'incompris. Mais la plupart du temps il restait doux et constant dans ses longues expirations.
Un des garçons se leva

- Il caille sa mère ! , vas-y, tu crois qu'il va venir ?

Le deuxième garçon se leva, nonchalant.

- Aucune idée, t'as cru j'étais devin ?

Ils restèrent tout deux debout, grattant de temps en temps quelques graviers de la semelle, comme le ferait une poule.

Sur le banc de ciment blanchi, il ne restait qu'un des garçons. Il ne parlait pas, il restait comme prostré, les jambes et les mains croisées, le buste en avant. Sa large capuche qui descendait jusqu'au cou ne laissait apparaître que le sommet de son crâne hâlé, un peu au dessus de là ou le début de ses cheveux crépus et courts avaient commencés à s'implanter. Le reste de son visage était mangé par l'obscurité.

Une voiture passa, puis une autre. Chaque fois ils les fixaient d'un œil halluciné, comme devant l'imminence d'un danger implacable. D'ailleurs ils s'étaient maintenant tous rassis par souci de ne pas être vu, car l'endroit du parc où ils étaient depuis maintenant 1 heure donnait sur un carrefour.

- Les flics y rodent wesh

- Nan t'inquiètes c'est Abdoul j'reconnais sa voiture

Le troisième garçon se leva soudainement

-Abdoul ! Ça peut pas être lui ! Il m'a dit qu'il était en vacances au bled !

Il se passa une moitié de seconde, et ils réagirent tous en prenant la fuite. Ils couraient éperdus, à grandes enjambés, cela leur donnait un air ridicule de pantins articulés. Ils arrivèrent à la troisième sorti du parc, celle la plus exposée au Nord, à l’extrême opposé du banc où ils étaient. Mais une lumière crue les frappa, c'était fini, ils les avaient encerclés, ils savaient, ils avaient étés prévenus, c'était fini, fini !

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Re: Nouvelle d'un soir

Message  PieAir le Dim 17 Mai 2015 - 16:04

Ils s'étaient arrêtés net. La lumière se rapprochait de la sortie du parc en même temps que le vrombissement du moteur, en même temps que leur angoisse.

-Putain ! Putain ! On fait quoi !

- Larosa, t'as encore ton fumigène que t'arrêtait pas de faire chier avec à la kermesse ?

- Ouais, mais tu veux que ça nous serve à quoi ? On est baisé là !

- Donnes. Tu vas voir.

Larosa sortit de sa large poche une espèce de boule blanche de la taille d'une clémentine. La lumière des phares devenait insoutenable, elle les éblouissaient, ils étaient presque là, ces salauds de flics. On voyait maintenant le visage de Larosa, sa couleur crème avait blêmit, au point qu'il semblait gris, ce qui avec sa capuche énorme lui donnait un air d’extraterrestre.

- Tiens Marseillais, si tu nous sors de la j'te paye tes kebabs pendant un mois, mais j'voit pas comment tu vas faire !

Marseillais prit le fumigène, il était lourd, ce qui indiquait qu'il se lancerait bien et irait loin. Le capot de la voiture apparut devant eux, elle avait emprunté la route à droite du parc, qui s'arrêtai en cul de sac à leur niveau. Elle avait déjà bien ralenti et était sur le point de s'arrêter. Au moment où la portière du conducteur s'ouvrit, Marseillais lança le fumigène de toute ses forces. L'Homme qui s'apprêtait à sortir le reçut en pleine tête, ce qui le fit rasseoir automatiquement sur son siège, sonné. Le fumigène se répandit très vite dans l'habitacle du véhicule, et dans une manœuvre maladroite, possédé par la confusion et le brouillard, le conducteur verrouilla ses portières. Les quatre hommes s’asphyxiaient, incapable de sortir malgré leurs gestes désespérés, Deux d'entre eux frappaient de leurs poings les vitres, les deux autres, on ne les voyaient déjà plus.

- Maintenant ! On s'tiiiiiire ! Marseillais avait pris les devants, il passa à la toute vitesse de ses jambes devant la voiture désarçonné, suivit par Larosa et le dernier garçon. Ils sautèrent la grille métallique qui fermait l'accès au Collège, et qu'ils avaient déjà, à l'époque ou ils y étaient inscrits passé un grand nombre de fois pour échapper aux surveillants, se retrouvèrent dans la cour, sombre et déserte, presque glauque, puis s'enfuirent par l'entrée en escaladant à nouveau une grille.

- Putain Marseillais ! T'as des couilles mon frère ! Sans toi on étaient MORTS ! Tu les as niqué !

- C'est pas fini, dit Marseillais. Vic, dis-moi qu'on peux toujours se faire oublier chez toi.

Vic hocha la tête,

-Ouais, par contre t'es sûr qu'on nous suit plus ? Y'avait encore deux caisses, à l'entrée Nord et à l'entrée Ouest quand on était au Parc. Ils ont pu faire le tour, t'façon ils vont pas nous lâcher comme ça c'est sûr.

- Faut grouiller, marmonna Larosa. On devrait même pas parler là, aller on s'bouge les couilles !

Ils étaient maintenant rentrés dans la cité.

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Re: Nouvelle d'un soir

Message  jeanloup le Mer 27 Mai 2015 - 15:14

cela se lit bien mais j'ai envie de me dire: "Oui... Et alors ?"

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Re: Nouvelle d'un soir

Message  PieAir le Mer 27 Mai 2015 - 18:12

Salut ! Merci de ta réponse.

Alors j'ai posté pour avoir un avis sur le style, et la lisibilité du truc... Pour ce qui est du sens et de la trame, ils se dérouleront au fil de l'écrit.. Que je vais continuer si cela se lit bien

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Re: Nouvelle d'un soir

Message  NikitaM le Jeu 28 Mai 2015 - 16:18

Hello,

Le style est assez fluide, j'ai préféré la deuxième partie - plus juste peut-être dans le ton, où tu arrives à ménager un réel suspense.
Je suis plus mesurée sur la première, notamment le début du texte. La première phrase est très longue, ce qui ne facilite pas l'entrée dans l'écriture ; et tu utilises deux fois de suite la comparaison avec "comme" ce qui alourdit un peu.
En fait, dès début il y a un décalage très grand - j'imagine voulu - avec le langage des jeunes, mais quelque chose ne fonctionne pas totalement. Je ne sais pas s'il est vraiment pertinent de ne découvrir l'identité des personnages qu'après plusieurs paragraphes, car la différence de ton entre la narration et les dialogues crée déjà de l'étonnement, et rajouter cette incertitude dessert un peu.
Sinon bonne accélération de rythme avec l'arrivée de la police, qui bien qu'attendue surprend !
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Re: Nouvelle d'un soir

Message  PieAir le Jeu 28 Mai 2015 - 18:24

Salut !

En effet moi-même, je suis assez peu convaincu de ma première phrase, je suis d'accord avec le fait que ce soit perfectible... J'y retravaillerai quand j'aurais en tête une meilleur approche !

Merci en tout cas pour ta critique, et j'avais peur que ma deuxième partie ne passe pas, ça me rassure...

Quant à l'identité des personnages, j'avais envie de reproduire un peu ce qui se fait quant on rencontre quelqu'un, c'est-à-dire qu'au début on ne connaît rien, si ce n'est ce qu'on voit, puis on apprend les noms, puis de façon décousue et déstructurée des bribes de passé, des morceaux de personnalité, au point qu'on finit par se faire un avis subjectif des motivations, de la personnalité des personnages... Comme dans la vraie vie.

Je posterai bientôt la suite, je pense qu'il y en aura encore deux, voir trois après celle qui va venir, puis ensuite je repasserai entièrement sur le texte pour lui donner son aspect final, en prenant en compte vos avis, mais également mes envies, et la certaine idée que je me fais de ma nouvelle ...

Merci au site vosécrits pour permettre ce partage entre écrivants et lecteurs, c'est très agréable de se savoir lu, certes il ne faut pas se faire trop influencer non plus, au risque de dénaturer l'ambition

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Re: Nouvelle d'un soir

Message  PieAir le Jeu 28 Mai 2015 - 21:16

Dans la cité, il n'y avait pas un bruit. Les lueurs oranges des lampadaires éclaboussaient partout sur les façades des pavillons propres. Deux rangées de spots lumineux longeaient le terrain de foot sur ses longueurs. Il était placé au centre des résidences, comme l'eut été un village ou les habitations se seraient progressivement installées autour d'une église, et toutes les fenêtres donnaient sur le béton peinturé et les cages d'acier. Ce faste de lumière contrastait de façon absurde avec le calme et la solitude apparente de l'endroit.
Les trois garçons arrivaient devant l'entrée de chez Vic. La porte était ouverte et la lumière déjà allumée à l'intérieur. Une vague odeur de Cannabis planait.

- Putain Vic, ça pue la Zeub chez toi !

- Marseillais t'es con ou quoi ? Si ça pue c'est parce que tu t'es grillé un joint avant qu'on parte en mission !

- Et après ton joint c'est nous que t'as grillé maintenant. Éteins les lumières Vic, dit Larosa.

- Hé ho ! C'est qui qui vous a sorti de la merde tout à l'heure j'vous rappelles ? Voilà, merci bande de bouffons.

- Ouais, ou alors c'est toi qui les a attiré avec ton allure de niqué !

- Ecoute Vic, tu sais très bien comme moi, c'est pas normal ce qu'il s'est passé. Marseillais était devenu sombre.
D'abord, le gars qu'on attendait vient pas. Ensuite, grosse embuscade. Tu vois la couille ou pas ?

- Heureusement on a toujours notre matos.

Larosa avait ouvert son manteau de chasseur, et de ses poches intérieures qui descendaient jusqu'au genou, il sortit un paquet de cellophane, grossièrement emballé, et un sac en papier.

- Comment on aurait fait pour rembourser ça ?

- Bon Vic j'temprunte tes chiottes ! Marseillais se leva et s'engouffra dans le couloir, derrière le canapé pleins de trous.

Vic le regarda, acquiesca de la tête, puis finit par se tourner vers Larosa :
-Bon on fait quoi ? On s'est fait balancé, le seul truc qu'on sait pas, c'est si ils savent qui on est ou pas.

Mais avant que Larosa puisse répondre, Marseillais avait surgi du couloir :
- Vic ! Y'a un mec chauve sur tes chiottes ! Il est tout pété ! Il s'est gerbé dessus le bâtard !

Larosa éclata de rire. Il répondit à Marseillais

- T'avais pas encore vu le père à Vic ?

Vic ne semblait pas affecté des brimades, ni inquiété par l'état de son père. Il répondit calmement :

-Chacun ses problèmes. T'a qu'a pisser dans le lavabo si tu veux.

Marseillais avait décidé d'aller pisser dehors. Il ouvrit la porte, et la lumière crue de deux phares frappa l'intérieur de la maison avec une tel intensité qu'elle pénétra jusqu'au salon.
Il ferma la porte de toute ses forces. Le crissement des roues sur le gravier restait audible de l'entrée, Marseillais en frissonna d'horreur, il sauta d'un bond dans le salon et hurla :

- Y SONT D'VANT, BOUGEZ !

Les trois garçons détalaient à nouveau, cette fois par l'arrière de la maison. La véranda de verre était fermée à clef, Larosa la brisa d'un coup de pied, puis ils s’engouffrèrent dans la nuit. Au loin, ils entendaient le bruit sourd de 5 coups frappés à la porte de chez Vic. L'ombre du père de Vic titubait sur le mur du salon, visible de la véranda brisée.





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Re: Nouvelle d'un soir

Message  Frédéric Prunier le Ven 29 Mai 2015 - 13:21

très bon début de polar
... reste à savoir comment l'auteur va se tirer de se guêpier... :-)

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Tu nous as plantés là?

Message  Polixène le Jeu 9 Juil 2015 - 16:57

Et donc, après...?
Oui, ça se lit bien, et encore mieux quand l'histoire est entière!
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Re: Nouvelle d'un soir

Message  PieAir le Jeu 9 Juil 2015 - 21:05

- Alors comme ça tu n'as rien à te reprocher. Ça explique très bien pourquoi tu t'es mis à détaler comme un lapin avec tes petits copains, dis-moi...

- Je vous l'ai dit, j'ai flipper. C'était con.

Marseillais était là depuis une heure. Il avait remarqué l'odeur de friture dans le bureau, et la poubelle pleine de papiers huileux. Sûrement qu'ils s'étaient pris des frites pour fêter leur prise toute fraîche.

- T'as flipper de quoi au juste ? Faut être vachement flipper pour courir à s'en péter la cheville non ?

- C'est comme ça. Dans le quartier, on apprend vite à pas aimer les flics. Pas besoin de raisons particulières.

- C'est ça. Tu nous prends vraiment pour des cons ma parole. T'es pas le premier branleur à qui on a affaire. C'est vrai que vous avez eu des couilles, on a pas l'habitude que ça arrive à ce point là... Mais tu vois, on arrive toujours à vous retrouver. Et ça sera bientôt le tour de tes potes, s'ils se sont pas déjà fait pécho !

- Si vous le dites...

- C'est marrant je m'attendais à ce que tu joues un peu plus le coq avec nous... Tu parles pas beaucoup en fait... Faut dire que ça doit pas être facile d'avoir la mort d'un gamin sur la conscience..

- J'ai rien à voir avec ça !!

Le regard de Marseillais s'était violemment décollé du sol pour s'abattre dans la direction du Commissaire. Ses yeux pleins de rage et de peine tranchant avec la relative amotivité dont il avait jusque-là fait preuve.

- Tiens... On dirait que j'ai touché à la bonne corde. Bon, je t'explique, là, on en a finit. Tu va aller en garde à vue, et comme on en a déjà parlé au procureur, et qu'il s'agit d'une affaire sérieuse, t'as gagné le gros lot. 4 jours avec nous mon grand ! On va bien se marrer, tu vas voir...

Le commissaire s'était levé de son fauteuil en cuir noir à roulettes. Deux agents le suivirent, et l'un deux souleva Marseillais qui se tenait maintenant debout.
Le petit cortège sortit du bureau et avança dans un étroit couloir.

....

- Fallait vraiment qu'ils prennent Marseillais. On est foutu. Vic fronçait les sourcils.
- Ecoute. Ce soir on se barre. J'ai un contact à la Gare du Nord. Il nous y attendra à 5 heure. On sortira d'ici vers 4 heure, et on arrivera un peu à l'avance pour s'assurer qu'il y a pas de problèmes.
- T'as pas plus grillé ? Si Marseillais a parlé, ils savent déjà qui on est. Ça doit grouiller de flics dans toutes les gares, les aéroports, et même les arrêts de bus !
- Marseillais dira rien.
- Ah ouais, comment tu peux savoir ça ?
- Il dira rien, c'est tout.
- Putain, t'es niqué Larosa... Faut te rappeler ce qu'il s'est passé ?
- On a rien a voir la dedans. Nous, on était derrière. C'est Pipo qui conduisait.
- Pipo, ce batard ! S'il était venu au parc comme prévu...
- Pipo est mort.
- ... QUOI ??



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