Je ne sais pas pourquoi (2)

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Je ne sais pas pourquoi (2)

Message  jeanloup le Lun 30 Mar 2015 - 9:31

Tous les petits et les grands s’agglutinent autour de moi pour voir ma nouvelle tête. Ils disent :
- « Pourquoi t’as fait ça ? » « T’es fou toi ! » « Ah ! ca fait moche ! » « Comment t’as rasé ? » « Tes parents y vont rien dire ?… »
Fabien se fraye un chemin au milieu de la nuée. Il m’attrape par la main et m’entraîne en disant : « Dépêche-toi ! On y va ! »
- «  Où ça ? » Je dis, en résistant un peu
- « Mais à la piscine. Allez ! Faut y aller ! »
-" Mais non ! Je viens pas moi. "
- " Mais si tu viens ! Grouille toi ! ». Et il part en courant
J’hésite un court instant car je ne sais trop que penser. Parce que chaque jour après le repas, nous jouons dehors ; pendant ce temps là, les adultes boivent du café et rigolent entre eux. Mais aujourd’hui, notre groupe est vite rentré car nos adultes étaient pressés d’aller à la piscine. Moi, je ne les ai pas suivi car je suis privé de sortie. Pourtant ce n’est pas le genre de Fabien que de me raconter des salades, alors je me dirige à mon tour vers le bâtiment.
Dans l’entrée, je retire mes chaussures, enfile mes chaussons en vitesse, puis entre dans l’appartement. Il y a de l’agitation. Esdef est en train de ranger tout le monde dans le couloir. Je fonce dans ma chambre. Fabien s’y trouve et me dit : «  Tiens ! » En m’envoyant, par les airs, mon slip de bain bleu blanc rouge sur lequel vogue un bateau joliment dessiné.
Je lui demande : « T’as le tiens ? »
Plutôt que de me répondre, il m’adresse un sourire, puis il dégrafe son jean et le baisse légèrement pour laisser apparaître un slip de bain tout neuf. Sa mère vient de lui en racheter un le dernier week-end parce que le rouge qu'il avait... L'élastique ne tenait plus, alors a chaque fois qu'il plongeait, on voyait ses fesses et il avait honte. Après… Il n'osait plus plonger. Celui ci est bleu marine et c'est un vrai slip d'adulte.
Il fait même un mouvement de hanche pour que je le vois mieux, puis il se reboutonne.
Je pose le mien sur mon lit puis je commence à défaire mon pantalon.
- " Pas maintenant ! Tu le mettras là-bas !" Me lance il avant de sortir.
Je pense quand même que je préfère, comme tout le monde, l’avoir déjà sur moi, alors je m’assois pour mieux retirer mon futal.
Soudain ! Conan arrive comme un boulet de canon. Il se précipite sur moi, m'attrape par l’encolure, puis me tire violemment pour me faire sortir de la chambre. Comme mon jean me lie les pieds, évidemment je tombe. Je suis traîné dans le couloir où j'apparais ventre au sol et froc aux chevilles. Tout le monde rigole. J'ai envie de pleurer mais surtout je ne pleure pas. Je me relève du plus rapidement que je peu. J'essaye de remonter mon ben, mais je n'y arrive pas car l'adulte, qui ne m'a pas lâché le col, me secoue sans interruption comme un chiffon à poussière en me parlant, lentement, mais d’une une voix très très forte :
-" Alors ça va ! T'es pas pressé ! Tu veux peut-être qu’on t’attende toute la journée ? ! Mais tu n'as donc pas fini d'emmerder le monde ? Tu ne vois pas que tous les autres t’attendent ? Regarde ! Tu les vois ? Ils sont tous là ! Et toi pendant ce temps là..."
-  " Je croyais que je venais pas  "
- " Ah ! Parce que maintenant tu ne veux pas venir ! Parce que tu as peur de montrer ta bobine! Regardez moi cette tête de... Mais bon sang ! Si on se fout de toi, tu l'auras cherché ! Allez range-toi avec les autres !  "
Je m’aligne en queue de rang. Il y a des sourires et des ricanements, des petits chuchotements. Le groupe hésite entre amusement et crispation.
Glassouille me dit : "  Tu as tes affaires ? "
Evidemment que je ne les ai pas puisque mon slip de bain est resté sur mon lit. Je tourne la tête comme pour dire « Non » mais aucun son ne sort de ma bouche.
Conan va chercher mon maillot et me le pose sur la main. Je le prends, mais n'ose pas réclamer ma serviette.
Les adultes sont en colère après moi à cause de mes sourcils. Ils ont tout découvert au moment du repas. La matinée pourtant avait été bien agréable. Nous avions tous joué à la balle aux prisonniers, puis nous étions retournés, un peu avant midi, dans notre appartement. A cette heure là, les deux autres adultes du groupe ont rejoint Esdef. C'est donc au complet, douze enfants et trois adultes que nous nous sommes rendus dans la salle à manger.
De toute la matinée, je n'avais pas dévissé la casquette de mon crâne et personne n'avait rien dit. Comme avant chaque repas, nous avons du passer par la case lavabos afin de nous laver les mains. Il y a souvent des bousculades à cette occasion mais aujourd'hui il y en eu peu. Ensuite, comme d'habitude, nous nous sommes rangés devant l'entrée de la salle. On nous a fait poireauter, je ne sais pas pourquoi, car les autres enfants, eux, étaient tous assis. Nous étions sûrement déjà en retard. Après un trop long temps d’attente, nous avons enfin gagné les deux tables réservées à notre groupe. Fabien s'est installé au milieu de la première. Je me suis assis à sa droite près du bout où s'est placé Conan. Glassouille s’est mise à l'autre bout. Aussitôt elle a dit : "  Tu ne peux pas retirer ta casquette à table ! "
Je n'ai pas répondu et je n'ai pas bougé, ce qui a agacé Conan qui brusquement a retiré mon couvre sourcil. Alors Glassouille s'est écriée : " Mon dieu ! Mon dieu ! " Puis, en s'adressant à son collègue : "Non mais regarde le !" Elle était horrifiée. A croire qu'elle avait aperçu le rouge cul d'un babouin en train de déféquer. Elle semblait écœurée. Comme si c’était écœurant de me voir sans sourcils ! Ce n'est peut-être pas très courant, mais certainement pas horrible.
Conan a mis quelques instants avant de se rendre compte et de comprendre enfin ce qui choquait à ce point la grosse femme qui lui faisait face. Il a juste sourit et m'a dit, ironique : « Tu te trouves beau comme ça ?"
Je n'ai pas répondu. J'étais un peu mal à l'aise. Je me demandais seulement ce qui allait se passer. Allais-je être puni comme Fabien l’avait prédit ?
Tous les enfants riaient, surtout Alexis qui, en face de moi, ne pouvait contrôler ses spasmes et commençait à s'enfoncer par à coups sous la table. A ses cotés, Evariste penché sur son copain tentait de le retenir. Son rire à lui était beaucoup moins hystérique mais tout aussi difficile à contenir. Je crois pourtant qu'il riait plus à cause de l’hilarité excessive mais communicative d'Alexis qu'en raison de l'apparence nouvelle de ma figure. Ces deux là sont des compères inséparables. Ils sont pourtant très différents. Un peu comme Laurel et Hardi. Alexis est dans le groupe le garçon le plus jeune. Petit et rond comme un ballon avec des cheveux courts, il n’a pas encore dix ans ; tandis qu'à treize ans passés, Evariste est bien plus grand ; mais épais et délicat comme la tige d’une fleur, il porte ses cheveux bruns, légèrement ondulés, si longs qu’ils vont jusqu’à mi dos. Quand on ne le connaît pas, on dirait même une fille. Johnny, assis près de Fabien, s’est levé de son siège et a sorti un marqueur noir d’une poche de son pantalon ; puis il a voulu me dessiner à l’encre noire sur le visage ce qui désormais tant manquait. Il disait :
- " Ne t'inquiète pas David ! C'est pas grave ! Je vais t'en refaire, moi, des sourcils. Tu les veux comment ? " Et il riait .
Johnny, grand gaillard de treize ans, est le plus fort du groupe. Il a la peau très mate, les cheveux courts et frisés. C'est le meilleur copain de Fabien mais les adultes ne veulent pas qu'ils soient dans la même chambre, je ne sais pas pourquoi. Conan a calmé tout le monde en mettant une super baffe au maquilleur en herbe, et lui a confisqué son outil de travail sans même lui demander où il l’avait trouvé.
Alors Glassouille a dit : " Mais, on ne peut pas l'emmener à la piscine comme ça !"
- " Eh bien on ne va pas l'emmener ! " A répondu Conan " On ne l'emmènera nulle part ! Il n'y a qu'à supprimer toutes les sorties jusqu'à ce que ça repousse." Puis en s’adressant directement à moi : " Hein !Ça te plaît ça comme programme ? On ne te sort plus d'ici. On te garde caché jusqu'à ce que tu aies retrouvé une tête normale. "
Je me sentis tout à coup terriblement angoissé, avec, montant rapidement, une grosse envie de pleurer. Je devais enfin aller chez moi le week-end prochain, mais à présent j'ai peur que cela ne soit plus possible. Ca va faire trois semaines que je ne suis pas rentré et je commence à penser que ce ne sera pas pour bientôt. Combien de temps ça met à repousser des sourcils ? Je n'ai pas pu, malgré mes efforts pour tenter de les retenir, empêcher quelques larmes de franchir mes paupières. Les adultes ont continué à parler, les enfants à rire, mais je n'entendais plus rien. Je ne pensais qu'à une chose, empêcher mes yeux de couler. Ensuite je n'ai rien mangé, je n'ai rien vu, rien entendu de tout ce qui s'est dit au cours de ce maudit repas. Je n’avais qu’une envie, celle de n’être pas là.


J'aime bien cette piscine. Elle est grande. Il y a trois bassins : Le petit bain, pour jouer ; le grand où l’on n’a pied nulle part, il faut savoir nager ; et enfin, un carré très profond surmonté de quatre plongeoirs dont seulement deux rebondissent, un juste au-dessus de l'eau et l’autre un peu plus haut. Au dessus, ce sont deux plates-formes rigides qui ne sont pas toujours ouvertes. La plus élevée ne l'est même jamais, je ne sais pas pourquoi. Moi, j'adore plonger. Je ne nage pas très bien mais du haut d'un plongeoir, je ne crains personne. Nous sommes entrés dans la piscine en courant. Les adultes ont crié pour qu’on s'arrête mais Jean-Philippe a déjà sauté dans le petit bain. Je m’y jette à mon tour et manque presque de lui retomber dessus. Il n'a pas eu peur mais il me prend la tête et me la plonge sous l'eau. Je n'aime pas qu'on me tienne ainsi, je crois toujours que je vais me noyer ; pourtant j'aime bien nager sous l'eau, j'y nage beaucoup mieux qu'en surface. En plongeant, je peux même traverser tout le grand bain dans la largeur sans remonter une seule fois, mais il suffit que Jean-Philippe me tienne et au bout de quelques secondes, me voilà incapable de retenir ma respiration. J'ouvre la bouche instinctivement mais une grande gorgée d'eau en profite pour pénétrer l'intérieur de mon corps. Jean-Philippe me relâche. Ma tête perce la surface et ma bouche grande ouverte tente de happer l'air… Mais je tousse, je tousse, et c'est difficile. Il me dit : "  T'as bu la tasse  ? "
Je fais oui d’un signe de tête sans cesser de tousser. J'ai bien envie de lui rendre la pareille mais je n'ai pas encore récupéré, et puis je crains d’être à nouveau moi-même totalement immergé. Cette fois là, c’est sûr que je suffoquerais.  
Je n'ai pas le temps de reprendre mon souffle que mes pieds, happés par je ne sais qui, se dérobent sous moi. Je tente... J'essaye de maintenir ma tête hors de l'eau en criant  :  " Non ! Non ! Lâche-moi !"
Comme je dois avoir l'air complètement paniqué, Jean-Philippe, qui n'est pas inhumain, me soutient pour m’empêcher de boire la tasse une seconde fois.
Guillaume, qui avait tenté de me basculer en m'attrapant par les chevilles, sans doute un peu déçu de n'être pas parvenu à me faire couler, se jette à présent sur mon sauveur. C’est dans un mélange de cris et de rires qu'ils s'enfoncent ensemble dans les profondeurs. J'en profite pour totalement récupérer mon souffle.
Je m'aperçois que maintenant, tout le monde est dans le bassin. Aldo propose de faire un chat, juste dans le petit bain. Il réunit peu d'adhésions car Fabien, Johnny et Youssef veulent aller nager dans le grand. Pourtant Guillaume et Jean-Philippe, que cette première idée enchante, parviennent rapidement à convaincre les réticents. Nous nous réunissons donc tous sur le bord, et Johnny lance avec assurance : " Le dernier au mur... C'est lui le chat ! "
Des tas de bras, des tas de jambes s’agitent en même temps. Douze enfants nagent vers le mur tout au bout du bassin, là où la profondeur est d’un mètre cinquante.
Alexis ne sait pas nager, et comme il est petit, il ne peut pas atteindre le but. C'est donc lui le chat. Il pourrait le rester longtemps car si nous allons tous là où c'est le plus profond, il est très embêté. On lui dit qu'il devrait flotter car il est un peu grassouillet... Pourtant il ne flotte pas du tout, à croire que son embonpoint n’est rempli que de plomb. Quand il n'a presque plus pied, il essaye d’agiter ses bras et de lever ses pattes, mais au lieu d’avancer, il semble attiré par le fond.

Nous avons joué pas mas mal de temps. Je n'ai été chat qu'une seule fois. C'est Guillaume qui m'avait touché. Lui, il faisait exprès de se faire prendre par Alexis car il pouvait par la suite attraper qui il voulait sans la moindre difficulté. Lorsque je fus le chat, j'ai réussi à toucher Jean-Philippe. Il est pourtant bien plus grand que moi et nage beaucoup mieux.
A présent, le jeu est terminé. Je me dirige naturellement vers le bassin aux plongeoirs.
En effet, si ceux du haut qui ne rebondissent pas étaient fermés lorsque nous sommes arrivés, je m'aperçois maintenant qu’il y en a un d’ouvert et que déjà quelques grands l'utilisent à souhait. Je monte directement. Il n'y a pas de queue. Il faut dire qu'il n'y a pas tellement de monde à la piscine pour un mercredi. Je suis au-dessus de l'eau. Ca me fait comme le vertige et j'aime bien cette sensation. Si je pouvais, j'irais sur l'autre encore plus haut.
Sans réfléchir une seule seconde, je saute en criant comme une bête et en gesticulant comme un oisillon dans le vent. Je heurte la surface de l’eau par les pieds en premier et m'enfonce dans les profondeurs. Sans même rejoindre la surface, je nage jusqu’à la parois, puis je longe le mur jusqu'à l'échelle que je gravis et me voilà sorti du bain .

J'ai déjà sauté trois fois lorsque Jean-Philippe me rejoint. Il me dit : " Putain ! T'es tout rouge !"
En réalité, j'ai peut-être une ou deux marques mais ce n'est pas grave, ça part vite. Ca le fait des fois quand je saute mais ça ne fait pas mal. Il me questionne : " T’ as sauté du cinq mètres ? "
Je le regarde mais ne sais que répondre, alors du doigt, je lui montre la plate-forme d'où j'ai pris mes appels. Il confirme :  "Oui. C'est le cinq mètre "
Je lui dis : " Viens ! "  Puis je me précipite à nouveau vers les marches qui me conduiront sur les hauteurs. Il me suit... Non sans hésitation .
Il y a, à présent six ou sept garçons qui sautent ou plongent de cet endroit à tour de rôle, mais ce ne sont que des grands, plus grand même que Jean-Philippe. Je suis le seul de onze ans qui ose et j'en suis fier. Mon camarade, bien que monté lentement, est tout de même arrivé à la même altitude que moi. Nous regardons un grand plonger, puis nous nous approchons du bord. Jean-Philippe regarde en bas et dit : " C'est vachement haut  ."
Je réponds : " Ca fait rien du tout. " Puis : " T'y vas ? "
Il fait non d’un signe de tête. Je me recule afin de prendre le plus d'élan possible. Lui, est resté sur le bord à regarder dans l'eau . Je demande : " Y a personne devant  ? "
-  « Non »
- " Pousse-toi ! "
Il s'écarte. Je cours, puis projette mon corps dans le vide en le tortillant dans tous les sens afin d'aller le plus loin possible. J'ai sauté en hurlant, comme si crier donnait à mon impulsion une plus grande puissance. Ma prise de contact violente avec l'élément liquide provoque pas mal de remous. J'ai un peu mal au bras mais j'ai l'habitude. Sous l'eau, comme toujours, je nage jusqu'à la parois pour remonter. Là , je regarde en direction de ma rampe de lancement. Mon copain s'y trouve toujours. Il dit quelque chose que je ne comprends pas car j'ai de l'eau dans les oreilles et il y a un bruit de fond en permanence dans la piscine qui résonne ; pourtant je devine, en le  voyant tourner son index sur sa tempe, la signification de ses propos.
A son tour il se jette dans le vide, mais sans aller loin, juste devant lui.
Nous remontons ensemble et, de notre position élevée, nous pouvons voir Tony assis sur le bord du bassin. Mon camarade lui fait signe de venir nous rejoindre, mais le gros ne bouge pas. Il se contente de sourire. Tony a douze ans. Il est brun et moyen grand. C’est un gros nounours joufflu pas tellement courageux, alors il préfère seulement nous regarder.
Plus tard, Aldo vient lui aussi se poser en spectateur, puis Alexis et Evariste.
Devant le public assidu qui ne fait que s’accroître, je ne peux pas faire autrement que d'innover encore et créer de nouvelles figures, ainsi de sauts vrillés en sauts périlleux, j'attire toutes les attentions. Non seulement mes copains, mais aussi les inconnus commentent admiratifs mes sauts plein de prouesse et m'encouragent parfois. Voilà encore que je m'élance pour aller cette fois, non pas très loin mais très haut au dessus du plongeoir et, basculant ma tête, je tourne sur moi même de haut en bas, frôle la plate-forme d’appel, puis tourne encore de droite à gauche et pénètre dans l'eau sur le flanc de mon corps. J'imagine déjà l'émerveillement que peut susciter, parmi les spectateurs, ce plongeon digne d'entrer dans les annales ou dans le répertoire du cirque ; puis, comme de coutume, je me rends en sous-marin jusqu'au bord où j'émerge. Là, à ma grande surprise, une main attrape mon poignet et me hisse hors de l'eau. C'est la main de l'adulte. Esdef m'entraîne sur le banc et m'assoie près de lui. Maintenant il me parle. Il moralise sur le plongeon que je viens d’accomplir. Il n'a pas du tout aimé. Il ne veut pas que j'y retourne. Il fait des gestes et des grimaces pour mieux accompagner ses mots. Je le regarde, car les adultes... Ils aiment qu'on les regarde quand ils nous parlent. Lorsqu'il se tait enfin... Je veux me relever pour retourner à l'eau, mais sa main n'a toujours pas lâché mon poignet et il me ramène en arrière pour me faire rasseoir. Je ne peux pas aller jouer. C'est énervant ! Ce n'est pas la peine de venir à la piscine si c'est pour rester assis sur le banc à regarder les autres s'amuser. Il parle encore un peu, puis se tait à nouveau. Il regarde vers le grand bassin où Guillaume, Youssef, Johnny et Fabien font un concours de sous l'eau. Dans cet exercice là, Fabien est le plus fort. Il est capable de parcourir toute la longueur du grand bain, et même un peu plus, sans remonter à la surface, mais Johnny n’est pas loin d’y arriver aussi. L'adulte ne me regarde plus. Il semble m'avoir oublié mais il me tient toujours. Je tourne légèrement mon poignet, et doucement sa main glisse. Je tente de la retirer, mais soudain, une forte pression m'indique qu'il n'est pas disposé à me laisser partir. J'abandonne et j'attends. Je m'ennuie. Je commence à avoir un peu froid. Machinalement, je colle mon corps à son corps et je pose ma tête sur son bras. Le contact des deux peaux les rend sensiblement plus chaudes ; je tremble pourtant toujours. Sans cesser de regarder les enfants s'ébattre dans l'eau, je laisse mes pensées m'emporter, et bientôt, je ne vois plus personne, je n'entends plus rien, mes yeux doucement se ferment... Je crois que j'ai sommeil .
L'adulte, que peut être mon poids sur lui dérange, m’écarte de son corps, puis, appuyant la paume de sa main sur mon dos, me pousse légèrement en disant  :  " Allez ! Va jouer maintenant !  "
C'est juste quand je commençais à me sentir très bien qu'il me renvoie à l’eau. A présent, je ne sais plus quoi faire. Je suis complètement sec et l'idée de me mouiller à nouveau me donne la chair de poule. Je pourrais retourner au cinq mètres, Jean-Philippe s’y trouve toujours et Youssef l'a rejoint, seulement je n’ai plus envie... Pas tout de suite.
- " David ! Tu joues avec nous ? "
C'est Julien qui m'appelle. Il est dans le petit bain en compagnie d'Eric. Je ne sais pas à quoi ils jouent mais je saute aussitôt dans le bassin.

Glassouille place les barres de chocolats dans les morceaux de pain que Conan a coupés. Nous sommes dans la grande salle qui fait office de salle de jeu, de salle télé ou de cuisine puisqu'il y a également une cuisinière électrique et un frigo ainsi qu'une grande table et des chaises. C'est ici que nous prenons le goûter quand ce n'est pas dehors. Mais dehors, c'est quand il fait beau. Quelques uns des garçons sont assis à la table, mais pour la plupart, nous sommes debout à virevolter tout autour. Il y a du coca et du jus d'orange qu'Esdef nous sert au choix. Les adultes nous distribuent à chacun un sandwich et nous disent de rester là. Il est interdit d'aller dans les chambres. On mange et on boit ici. Et quand on a fini ? On reste là aussi car ils ont des choses à nous dire…Et quand ils ont des choses à nous dire, ils nous font faire une réunion. Nous disposons les chaises en cercle, puis il nous faut s’asseoir et nous tenir tranquille ; moi je déteste ça. Les adultes aiment à nous dire qu’avant de commencer, il faut d’abord attendre que tout le monde soit posé. Alors nous attendons… Car il y en a toujours un qui n'est pas encore installé, ou bien qui déjà assis, s’est ensuite relevé pour aller voir ailleurs. En ce moment, Johnny est aux toilettes tandis qu'Eric est dans la chambre, je ne sais pas pourquoi. Guillaume, guilleret, me montre un soldat en plastique qu'il a trouvé je ne sais où. Je le prends dans ma main mais l'adulte s’écrie : " Range ça tout de suite ! " Alors Guillaume violemment me l'arrache des mains et le mets dans sa poche.
Nous sommes tous assis maintenant, sauf Youssef qui est retourné dans sa piaule. Il n'avait rien à y faire, c’est juste pour embêter. En général, c'est plutôt Fabien qu’on attend car il traîne souvent. Cette fois, c'est Youssef mais il a fait exprès. Conan va le chercher et le ramène à grands fracas. Glassouille hurle sur Alexis, juste parce qu'il riait. Fabien ouvre un bouquin posé sur ses genoux ; cette fois, ce n’est pas un vrai livre, c’est une bande dessinée. Nous sommes enfin tous installés, mais ça fait une heure que j'attends et j'en ai marre ! Fabien lui, il s’en fiche car il lit sa B.D., mais c’est une attitude qui irrite les adultes, alors Glassouille lui intime l'ordre de la refermer. Il prend son temps mais obéit. Il y a un moment de silence, puis l'adulte prend la parole, pour s'interrompre à nouveau et me lancer méchamment :
- " Tu veux qu'on t'amène un lit ? " Puis " Tiens-toi bien, tu veux ! "
Obéissant, je bouge un peu mon corps puisque cela lui tient à cœur. Mais je ne l’ai pas positionné comme elle l’aurait voulu, alors elle se met à hurler de me tenir mieux que ça. Il faut que je me mette tout droit comme un bâton pour qu’enfin elle se calme. C’est à nouveaux silencieux, mais au lieu d’en venir tout de suite au fait, les adultes laissent un temps mort. Ils attendent d'être sûr que tout le monde soit attentif, seulement maintenant Eric s'énerve et rouspète en s’en prenant à Alexis, je ne sais pas pourquoi. Alors évidemment, ça repart à droite et à gauche. D’un côté, Tony chahute avec Guillaume. Ils se tirent sur les vêtements. De l’autre, Julien, qui tient entre ses doigts une aiguille sortie de nulle part, pique subrepticement la fesse d'Aldo. Le grand bébé se met aussitôt à brailler et à gesticuler de manière totalement incompréhensible pour tous ceux qui ne connaissent pas la raison de cet éclat soudain, car seul moi ai tout vu ; et rien saurait trahir le stoïque petit chinois si ce n’est, à condition que l'on y prête attention, un sourire très discret modifiant à peine son visage. Glassouille pique une crise de nerf et envoie tout le monde dans sa chambre avec obligation d’aller s’allonger sur son lit. Interdiction de se lever et de faire le moindre bruit !


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Re: Je ne sais pas pourquoi (2)

Message  Frédéric Prunier le Lun 6 Avr 2015 - 19:32

l'histoire de cet internat de garçon continue sans anicroche
... vers une histoire de garçons ?

ça roule, bravo
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Re: Je ne sais pas pourquoi (2)

Message  midnightrambler le Lun 5 Oct 2015 - 14:39

Bonsoir,

Cela roule effectivement ... sans anicroches autres que quelques libertés orthographiques ou de syntaxe ...
Je ne sais pas très bien ce que peut être une histoire de garçons, mais cette histoire est surprenante car elle nous emporte sur une autoroute d'insignifiances en dédaignant, du moins pour l'instant, les chemins de traverse que l'on rêve d'emprunter (accident de plongeoir, rapprochement moniteur/jeune garçon ...)

Cordialement
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Re: Je ne sais pas pourquoi (2)

Message  jeanloup le Lun 5 Oct 2015 - 23:29

Une autoroute d’insignifiances. Tu as le sens de la formule. Cela signifie sans doute que tu t’ennuis en me lisant. Pourtant la vie n’est faite que de choses insignifiantes, ce à quoi évidemment on pourrait me répondre que le roman n’est pas la vie. Et pourtant j’ai aimé écrire ces choses insignifiantes.

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