Lundi 04 septembre 2000 3h30 du matin.
Il fait froid ; froid dehors ; froid dedans.
J’ai froid ; froid dehors ; froid dedans.
J’ai peur ! Je suis triste et j’ai peur.
J’ai peur mais, je ne sais pas ce qui me fait peur. Je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je vais mais, je ne suis pas la seule à ne pas savoir. Je ne suis pas la seule mais, je suis seule.
Seule au milieu des gens, seule au milieu de nulle part, entre ici et ailleurs.
Seule au fond de moi, au fond de la vie.
La vie qui m’oublie. La vie qui me heurte pour passer devant moi. Je tombe !
Je tombe et je me fais mal, je me fais mal et je pleure, je pleure et je me relève, je me relève et je la regarde : déjà loin devant ! Je pleure encore.
Je pleure encore parce que je ne sais plus faire que ça. Pleurer !
Je n’ai plus de sentiments, je ne ressens quasiment plus rien.
J’ai sommeil mais, je ne veux pas dormir !
Je fume mais, je ne veux pas fumer !
J’essaye de combler un vide. Je sais que je suis vide. Je ne sais pas de quoi je suis vide.
Peut-être de ces fameux sentiments ?
Je regrette de devoir écrire que je ne sais pas, je ne sais rien.
Je pleure encore. Je pleure sans verser la moindre larme. Mes larmes, je les ai données aux gens que j’aime et il n’en reste aucune pour moi.
Je suis tellement fatiguée !
Je souris !
Je ne contrôle plus grand-chose !
Je souris et ça me fait mal !
Je suis folle ! Folle !
Ce n’est pas un joli mot pour cet état.
Tant pis.
Les réveils sont rudes.
Rudes parce que fatiguée. Je me lève fatiguée. Fatiguée d’être ainsi.
Je garde le sourire pour ne pas perdre la face. La face de cette fille bien dans sa peau et dans sa tête, qui sait où elle va.
Elle sait ce qu’elle veut, moi, je ne sais pas.
Elle veut vivre seule pour être libre, moi, je n’ose pas.
Elle n’a peur de rien, moi, j’ai peur de tout.
Elle est belle et jeune et souriante et insouciante et moi non !
Cette fille c’est moi, c’est l’image que certains ont de moi et je la déteste parce qu’elle n’est pas vraie !
Elle n’existe que pour les autres.
Et s’ils n’étaient pas là les autres ?
Il ne resterait que moi.
Moi et moi seule. Seule ! Seule même avec les autres !
Quelle vie ! Quelle survie ! Quelle drôle de façon de passer son temps !
Ce temps qui devient des heures. Ce temps qui devient des semaines puis des années.
Des années qui passent vite et pas assez.
Quoi faire ? Rien, je ne sais pas. J’écris et ça me fait un peu de bien. Mais si peu.
Parler ?
Non ! Je ne sais pas dire la vérité lorsqu’il s’agit de moi. Je suis une usurpatrice. Il n’y a que mon état civil que j’avoue : mon nom, mon adresse, ma date de naissance, mon numéro de téléphone.
« Tu peux m’appeler à n’importe quel moment. Sauf le matin, car je dors. Oui je dors jusqu’à midi. Ciao ! »
Le téléphone ne sonne pas. Il ne sonnera pas. Il ne sonnera jamais.
J’ai peur de finir seule, sans amour, sans enfants.
Peur de devenir vieille sans m’en rendre compte. Je suis déjà vieille. Je suis une vieille fille pleine de vieilles habitudes.
C’est trop tard !
Tant pis.