(voââââla, version achevée, peut-être pas définitive en fonction de ce que vous pourrez me dire, mais en tout cas y a bien intro-thèse-conclusion avec plein de trucs au milieu)
A l’attention des jeunes parentsIl était une fois...Aujourd’hui, j’ai décidé de partager mon rôle. Je ne me sens pas de construire une histoire, un peu fatigué, la tête ailleurs, je ne sais quoi.
En fait, vous allez m’accompagner. Ensemble, nous allons inventer une belle histoire que vous pourrez raconter à vos enfants le soir avant dodo. Et comme ça y a un rapport avec le titre.
Sur ce.
Il faut avant tout un personnage. Pourquoi pas un chevalier ? Alors bien sûr, les aventures de cape et d’épée, avec des héros bodybuildés et des top models captives d’un affreux tout pas beau, c’est du déjà cuisiné, réchauffé et micro-ondé. Tant pis, on fera avec.
Tout d’abord, son nom : Leandro, Romuald, Jean-Paul… Pour ma part, je l’appellerait Jim. Pour la vôtre, c’est vous qui voyez. Mais si vous conservez Jim j’exige des droits d’auteur. Toc.
Enfin.
Adonc, Jim, par un beau matin ensoleillé comme tous les matins dans le royaume de Diergekraak – ça en jette, non ? – chevauchait gaiement dans la plaine verdoyante, son destrier fier et fringuant trottant sur un tempo jazzy. Sifflotant pour accompagner sa monture, il se rendait au château du roi, un roi plutôt sympa mais vraisemblablement peu soucieux du statut marital de sa fille : en effet le monarque avait décidé de prendre pour gendre le premier qui la délivrerait du donjon maudit dans laquelle elle avait été enfermée à cause de divers complexes dus, entre autre, à l'acné et autres troubles juvéniles qui incommodaient fortement l'entourage de la demoiselle. Bref on s’en balance.
Quoiqu’il en soit, Jim, intrépide aventurier, avait décidé de tenter sa chance, et de gagner la route du donjon.
Mais déjà, plusieurs interrogations cruciales s’imposent…
Et le temps de cogiter les réponses, une tasse de café pour moi.
§ * … * … * … * … * §
(Fin de la pause règlementaire.)
Premièrement, qu'est-ce qui peut bien garder le donjon ? Un dragon ? Une armée de trolls mutants ? Une chanteuse d'opéra à la voix tueuse d'objets en verre ? Remarquez, si Jim porte une armure en acier, ça ne sera pas bien grave, mais on ne sait jamais.
Autre interrogation – je relis parce que je ne sais déjà plus en j’en suis – est-ce que Jim voyage seul ?
Oui parce que s’il est tout seul, éventuellement il peut chanter pour se donner du courage, allumer son baladeur s’il a la voix cassée ou que ses cordes vocales ont tendance à imiter un bruit de casserole. Dans le pire des cas il peut aussi essayer de lire un bouquin, mais en chevauchant ce n’est pas très pratique. Allez, donnons-lui un camarade, histoire de placer au moins un dialogue rigolo avant la sempiternelle scène toute en roucoulade du prince et de la princesse.
Mais on n’en est pas encore là : le compère d’abord.
Il sera valet. Et autant le prince est beau, autant lui, il va être moche. Faut que ça tranche. Pour le moyen de locomotion une mule conviendra, parce que s’il est à pied le voyage sera plus long et pour tuer le temps il n’arrêtera pas de parler, et dans soixante-quinze pages on y est encore. Bien. Donc, petit, moche, voire bossu, ou peut-être pas, juste petit et moche ça suffira, mais en revanche bavard, et surtout approximativement drôle. Son nom: Trouffi. Vêtu de vieilles nippes et d’un chapeau bizarre, il aime fumer la pipe, et boit comme un trou noir. Je n’ai jamais dit que c’était un exemple à suivre.
Dialogue.
Jim et Trouffi, cheminant sur la route qui menait au donjon, faisaient la causette pour passer le temps.
« J’ai soif », disait Trouffi.
« J’ai faim », disait encore Trouffi.
« J’ai sommeil », disait toujours Trouffi.
« Si tu ne fermes pas ton immonde clapet dans la seconde, je te ligote les mollets, je trempe ton crâne dans un pot de miel et je balance le tout sur une fourmilière », répondait Jim.
Bien que tout les séparât, une grande amitié liait les deux compagnons.
- Dis, honnêtement, t’y vas pour la gloire, pour l’or, ou pour la fille?
- Aaah, coquin de valet, tu n’y connais rien en chevalerie ! L’honneur seul dicte ma conduite, mais le cœur d’une belle est un objet bien doux, et l’amour, tortueux délice, est toujours prompt à prendre le plus honnête des hommes, lorsque la plus jolie des perles se trouve au fond du filet.
- Paraît que ses problèmes d’acné sont assez épouvantables. J’ai apporté de la crème, au cas où.
- Insolent cuistre, butor sans esprit, comment oses-tu injurier ainsi ma future dulcinée ? Des excuses, ou c’est le bâton !
- Holà mon bon Monsieur ! Il ne faut point vous fâcher, je ne fais que tripatouiller piteusement mon verbiage, et comme dit si bien l’adage, mieux vaut lécher une botte que se la prendre dans le derrière.
- Il y a un adage qui dit cela ?
- Je n’en sais rien, mais à tout prendre, je jette dessus mon dévolu, et souhaite que votre pied se satisfasse de mon babillage et n’aille pas vouloir s’élancer dans mon sillage.
- Et ta langue de bois ! ne crains-je point d’écharde ?
- Votre pied est mon roi, j’ai peur qu’il me canarde.
- Me voilà rassuré, j’avais un petit doute. Taïaut piètre valet, poursuivons notre route.
- J’ai quand même pris de la crème au cas où.
Jim et Trouffi, faisant la causette pour passer le temps, cheminèrent sur la route qui menait au donjon.
Vous voyez, c’était facile.
Un cappuccino, pour fêter ça.
§ * … * … * … * … * §
Nous arrivons à présent au donjon. En revenant sur la question du gardien de l’endroit, peut-être pouvons-nous dire que moins Jim s’y attendra, plus ce sera corsé, qu’en dites-vous ? Allez, nous laisserons le hasard décider, et notre brave chevalier n’aura qu’à improviser. Je vois d’ici le tableau : Jimmy au bord du précipice, l’impitoyable sentinelle prêt à l’embrocher et Trouffi qui pendant ce temps là sauve la princesse et vient secourir son maître en lançant des noix de coco sur l’innommable cerbère. Alors celui-ci tombe dans le précipice, la princesse tombe amoureuse de Trouffi, le roi en le voyant frôle l’arrêt cardiaque, Jim pendant ce temps-là lève une armée pour se venger de son valet, et à la fin tout le monde meurt parce que c’est la vie. Ce n’est qu’une possibilité, après tout.
Mais revenons à notre histoire là où nous l’avons laissée.
- Vache, c’est ça le donjon ?
- Réfléchis Trouffi. Une immense tour hérissée de piques, entourée par un gargantuesque fossé que seule traverse une passerelle épaisse comme un fétu de paille et bancale comme un éléphant sur une pile de morceaux de sucre, ajoute à cela les trois corbeaux nichant dans les meurtrières, sans compter le fait que la seule fenêtre allumée se trouve au dernier étage, oui, effectivement, c’est le donjon.
- Ah ça, maître, on peut dire que vous avez l’œil !
- L’architecture exprime la hargne et l’orgueil.
- Oui, c’est le caractère effrayant qui ressort.
- Une tour qui respire le sang et la mort.
- Je ne serais pas contre faire volte-face.
- Et moi je t’ordonne de rester à ta place.
- Mais on va se faire ratatiner !
- Pas tant que ma main aura son épée !
- Ô sainte mère, pardonnez cet imprudent qui aura causé la perte de votre enfant !
- Cesse donc de dire des sottises, et aide-moi plutôt à enfoncer la porte !
- Il faudrait déjà traverser la passerelle…
- Allons, c’est un jeu d’enfant, de quoi as-tu peur ?
- Le fétu de paille, vous vous souvenez ?
- Et bien, quoi ?
- J’ai le rhume des foins.
Libre à vous d’épargner ou non l’enrhumé d’un bon coup dans le train, toujours est-il que malgré les plaintes du valet les deux héros parviennent au seuil du donjon, et, avec l’aide du crâne solide de Trouffi, réussissent à dégonder la porte.
- Aïe, maître ! C’est du ciboulot que je travaille, moi !
- De quoi te plains-tu ? Ta tête fut une aide précieuse.
- Précieuse, précieuse… Qui casse paie, j’attends ma solde !
- Si tu continues à parler tu n’auras rien, car nous serons morts tous les deux ! On fait le silence dans un donjon !
Mais disant cela, Jim avait haussé le ton, et il est fort possible que les deux compères aient été repéré. C’est là que les ennuis commencent…
Une tasse ?
§ * … * … * … * … * §
Comme je n’ai pas envie de faire un plan, on va dire que l’escalier est tout droit en entrant. Mais ceux qui aiment les labyrinthes peuvent prendre une feuille et faire un dessin. Disons que la montée se fit sans encombre, à part peut-être une marche glissante qui manqua d’amputer Trouffi de la jambe gauche. Enfin, après les trois cent quatre-vingt-douze marches convenues, une ultime porte close barrait la route. Une petite porte toute simple, très sobre, en chêne, avec une poignée et une grosse serrure.
- Non non non, je vois d’ici venir l’idée, mais le dévoué Trouffi va garder sa tête entre ses deux épaules et le maître va se débrouiller sans lui !
- Comment ? Tu oses discuter mes ordres ?
- Mais vous n’avez pas encore donné d’ordre…
- Justement, raison de plus pour ne pas les discuter !
- C’est que, voyez-vous, j’ai un naturel très préventif, et je sais l’affection que vous portez à cet appendice que recouvrent mes cheveux.
- Je m’en vais te les arracher un par un, si tu ne m’obéis !
- Mais maître, ce n’est pas à vous de délivrer la princesse ?
- Je ne vois pas le rapport, une porte n’a rien à voir avec un pieux baiser !
- C’est pas bientôt fini ce bordel ?
Pendant qu’ils palabraient, la porte s’était ouverte, et une jolie rousse en robe verte les toisait furieusement.
- Euh… et bien…
Suggestion de Trouffi :
- Maître, si vous voulez avoir une chance de la convaincre de nous raccompagner, laissez-moi parler. Hem. (lyrique) Belle demoiselle, je vous prie d’excuser l’emportement de ce grand benêt…
- Moi, un benêt ?
- (bas) Taisez-vous ! (haut) Nous n’avions pas songé qu’un lieu aussi sordide pouvait abriter le repos d’un ange, mais avec une hôte telle que vous, la plus sombre des tours paraîtrait éclairée de mille soleils.
- Éépargnez à votre salive ces flatteries désuètes, et dites-moi plutôt ce que vous faites ici.
- Ah. Maître, je crois que c’est à vous de répondre.
- Moi ? Ahi ! Euh… et bien… vous êtes la princesse ?
- Dans le mille.
- Ahi ! Et, euh… vous n’êtes pas blonde ?
- C’est la surprise de me voir ou la bêtise est une donnée naturelle chez lui ?
Stop, là ça ne démarre pas vraiment très bien. Si seulement Trouffi n’avait pas commencé… On va dire qu’au lieu de cela, Jim a effectué la seule chose sensée : frapper à la porte. Cette dernière s’ouvre :
- Vous désirez ?
- Vous.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
D’accord, c’est un peu rapide. Revenons sur la réplique de Jim :
- Trouffi, redescends faire le guet.
Elle n’a aucun rapport avec la princesse, mais cela permet d’éloigner le valet de la conversation, et ensuite c’est plus simple pour comprendre qui dit quoi.
- Qu’est-ce qu’une aussi adorable créature fait dans un donjon aussi abominable ?
Oui, c’est parti pour être niais. On devrait pouvoir trouver une alternative, sans pour autant que ça vire au politiquement incorrect. Essayons.
- Bonjour.
- Bonjour.
Il y a un début à tout… On n’a qu’à dire qu’il sont un peu gênés.
- Vous êtes chevalier, c’est ça ?
- Oui, c’est tout à fait cela. Et vous princesse, je suppose ?
- En effet. Je crois que, professionnellement parlant, nous sommes faits pour nous entendre, n’est-ce pas ?
- Oui… professionnellement parlant ?
- C’est vrai, moi, l’innocente princesse captive dans une tour, vous, le preux chevalier qui monte en haut de la tour, je crois que…
- Descendre !
- Hein ?
- Nous devons, descendre.
- Oui, c’est cela, professionnellement parlant, une princesse, un chevalier, en haut d’une tour, il faut, descendre.
- Oui, c’est cela, et même, si l’on peut, essayer, peut-être, d’échanger quelques propos galant, un madrigal sucré par exemple.
- Ou un sonnet flamboyant et passionné.
- Partager juste une sensation.
- Le parfum d’une rose.
- Le clapotis d’un ruisseau.
- La chaleur d’un feu de bois.
- La douceur d’un lit.
- La légèreté des draps.
- L’haleine de la nuit.
- Viens !
- Partons !
- Où tu voudras.
- Tout, n’importe où, avec toi.
- Nos voix s’emmêlent !
- Tes mains dans mes cheveux, mes yeux dans tes seins.
- Tes yeux dans mes mains, mes seins dans tes cheveux.
- Je deviens fou.
- Allons-nous en !
- Je brûle !
- Il fait chaud…
- Je me consume comme une étoile filante !
- Il fait très chaud…
- Un brasier dantesque prend possession de chaque fibre de mon corps !
- Il fait vraiment très chaud…
- Ah mon cœur, mes poumons, ma tête, mes mains, mes cheveux, mes pieds, mes hanches, tout part en flammes, tout part en fumée !
Et Trouffi hurla : « Un dragon ! »
Café.
§ * … * … * … * … * §
Le moment tant attendu, la grande scène héroïque de l’histoire, comment le chevalier Jim va triompher du dragon – oui parce que les trolls mutants, j’ai abandonné, ça ne faisait pas sérieux. Bref, comment va-t-il s’y prendre ? À vos méninges, brave lecteur, le plan de la victoire sera machiavélique ! Mais on peut sûrement donner un coup de pouce au héros : Trouffi, qui est au rez-de-chaussée depuis un bon bout de temps, a peut-être eu le temps de manigancer quelque ruse ?
Vous me direz, on est un peu passé à côté de la scène d’amour entre les deux jeunes zozos. Le madrigal, le madrigal… et bien ils l’inventeront, ils auront toute la vie pour le faire ! Pour l’instant ils sont encore tout émoustillés par leur première entrevue, et s’ils ne sont pas tout feu tout flamme, la gueule béante du dragon pourrait bien arranger cela. Chacun ses priorités, pour Jim il n’y a pas photo : sauver sa peau, et celle de ses camarades.
Heureusement, Trouffi a déjà tout prévu.
- Ah, vous voilà, c’est pas trop tôt ! Vous vouliez que je me fasse bouffer ou quoi ?
- Trouffi, la princesse est avec nous, surveille ton langage.
- Oh, mes excuses, vos seigneuries, je vous prie de me pardonner d’avoir pensé un poil plus haut que les bienséances l’exigent.
Alors là ça va être chaud, pas à cause du dragon mais parce qu’ils sont trois à dialoguer. Il va falloir mettre des « dit-elle » et des « fit-elle » et des « ajouta-t-elle » et peut-être même des « écouta-t-il ». À moins que… une idée ! Comme elle ne s’attendait pas à l’intrusion des deux loustics, elle n’a pas pris le soin de faire ses valises, et donc, pendant que Jim et Trouffi luttent vaillamment, elle range ses bijoux et ses vêtements.
- Mon valet, as-tu cogité quelque petit stratagème pour nous faire sortir d’ici ?
- Facile à dire, pendant que vous roucoulez, votre pauvre serviteur se fait attaquer !
- Mais tu as bien eu le temps de ruser un brin, sinon toi et moi nous sommes dans le pétrin !
Trouffi, paniqué, se lance dans un ballet de soubresauts et de galipettes agiles, puis glisse sur un os qui jonchait le parquet, et l’envoie tout droit dans le ventre du reptile. Furieux, le dragon crache ses flammes ardentes, mais Jim habilement esquive et rétrograde, esquisse avec courage une fente épatante, puis trois pas de côté et une estafilade.
- Bien joué maître, mais je crains fort que votre épée ne se soit contentée de chatouiller son nez.
- Ah, silence, maraud ! Il n’est point d’ennemi que je ne puis vaincre même à bras raccourci !
- Je souhaite pourtant qui soit le plus long du monde, pour écraser sans peine cette bette immonde. Ce fétide démon vomit un jet d’enfer, seuls nos corps calcinés pourront le satisfaire. Ah ! Par Sainte Nytouche, mon chapeau prend feu !
- Écarte-toi séant, que je crève ses yeux !
Jim joignant aux mots un geste désespéré, avec force et courage lança son épée. Mais le dragon d’un souffle ardent se défendit, et avant de l’atteindre la lame fondit.
- Maître, cette fois-ci, c’est fichu, on est cuit.
- Alors il n’y a qu’une chose à faire : prie.
Thé à la menthe.
§ * … * … * … * … * §